Coventry: un tramway portatif qui laisse dubitatif

CVLR Coventry WMG (Université de Warwick), le groupe Ingérop et sa filiale britannique Rendel Ltd travaillent avec le conseil municipal de Coventry pour développer une voie légère et posée sur la chaussée. Elle accueillera un véhicule électrique sur batteries qui ne transportera pas plus qu’un bus. Le système semble donc dépourvu d’intérêt.  
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Loïc FIEUX

Decauville le faisait déjà dès 1875. L’idée d’un chemin de fer portatif, dont les voies sont démontables et sommairement posées au sol, a été développée en France par Decauville jusqu’au milieu du XXe siècle. Le bureau d’ingénierie Ingérop recycle l’idée afin de proposer un tramway très léger à la ville de Coventry (CVLR, Coventry Very Light Rail) où demeurent 330.000 habitants. Cette ville ne semble pas vouloir dépenser plus de dix millions de livres par kilomètre. Or ce prix semble exorbitant quand on se penche sur le projet. La voie en cours de conception semble simplement posée sur la voirie existante sans nécessiter son éventrement et cela, contrairement à la pose d’une voie noyée dans la chaussée. L’absence d’intervention sur les sols limite les charges admissibles par la voie. Le système se prive donc du principal intérêt du ferroviaire qui consiste à utiliser des véhicules lourds et durables pour transporter de nombreux passagers pendant longtemps.

Et un bus? Vous y avez pensé? Le CVLR n’a pas l’intention de voir circuler des véhicules lourds, au contraire. Il est destiné à des véhicules offrant 50 places, c’est-à-dire la capacité d’un bus de 10 m. Contrairement au tramway classique, le CVLR ne dispose d’aucune alimentation en ligne (ni ligne de contact aérienne, ni alimentation par le sol). Son véhicule électrique est alimenté par batteries. Là encore, le rapprochement avec un bus électrique à batteries (BEV) est évident. Quant à la conduite autonome, les navettes déjà en service montrent qu’elle n’est aujourd’hui raisonnablement possible en ville que sur site propre. Il semble donc que le besoin de Coventry puisse être satisfait par des bus électriques circulant sur site propre (BHNS) et profitant d’un guidage automatique. Pour cela, il existe quantité de systèmes d’AGV (automated guided vehicle) largement utilisés dans l’industrie. Le CVLR apparaît comme une demande de tramway émise par une collectivité dont le trafic ne le justifie pas et qui n’a pas les moyens de s’offrir la solution conventionnelle et validée dans ce domaine. En suscitant la création d’un nouveau système, cette collectivité fera certes travailler des concepteurs, mais elle subira les problèmes de mise au point. Enfin, les systèmes ferroviaires s’accommodent mal d’une conception légère, peu propice à leur longévité et à leur fiabilité.

L. F.

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