Transporteurs contre constructeurs automobiles : la guerre des mots Politique et réglementations Stratégie Territoires

Le tram dans les rues de Vienne où s'est tenue l'UITP   © © P. Cossard
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Pierre Cossard

Pour sauver la planète, les transports publics savent le rôle qu’ils peuvent jouer. Mais l’industrie automobile veut plus simplement sauver sa peau et « verdit » son langage. Au congrès de l’UITP à Vienne, les ténors du transport public ont plaidé pour une communication plus agressive.

Les industriels du transport collectif ont bien conscience du rôle majeur qu’ils ont à jouer dans la protection de l’environnement. La difficulté consiste à faire valoir leurs arguments auprès d’une clientèle qui n’est pas encore désintoxiquée de la voiture individuelle. Les efforts de pédagogie entrepris se heurtent aujourd’hui au nouveau langage marketing des constructeurs automobiles.

Acculées par la crise économique, toutes les marques se découvrent des vertus écologiques, coupant l’herbe sous le pied du transport collectif, qui en fait depuis longtemps son cheval de bataille. « En Europe, un constructeur automobile dépense environ 1 000 euros de publicité par voiture vendue, explique ainsi Patrick Vautier, responsable du marketing à la RATP. Nous sommes loin du compte du côté des transports collectifs, puisque nous dépensons en moyenne deux euros par voyageur. Il faut faire attention de ne pas perdre cette bataille de la communication ».

Le temps des compromis est révolu

Selon une enquête de l’UITP présentée lors au congrès de Vienne, les transports publics devraient connaître une croissance de 12 à 15% dans les 20 ans à venir. Dans le même temps, les besoins de mobilité bondiront de 50%. Le décalage est évident. Si rien ne change, la voiture remportera la partie.

« Arrêtons d’être gentils avec elle, renchérit Patrick Vautier. Cessons de nous présenter comme complémentaires de la voiture, nous sommes en concurrence directe. Il ne s’agit pas de renforcer les transports publics, il s’agit de gagner une bataille de mots, d’image et de marketing ». Une prise de position partagée par Joël Gauthier, président de l’Agence métropolitaine de transport de Montréal. « Le défi est effectivement de l’ordre du marketing, et il faudra être beaucoup plus agressif, explique-t-il. Pour autant, la voiture est là et c’est son abus que nous devons contrecarrer. Il faut profiter de la prise de conscience écologique des citoyens et des politiques, et de l’argent qui est mis sur la table pour nous donner tous les atouts de la réussite ».

Quels atouts dans la manche ?

Puisque le discours environnemental ne suffit plus, quels arguments faudra-t-il mettre en avant ? Dick Flemming, responsable de la planification technique des transports publics en Australie, fournit quelques éléments de réponse. « Nous devons nous positionner en tant qu’alternative à la voiture. Pour bien faire, il faut que le transport public soit agréable, économique, intégré dans l’environnement et plus rapide que sa concurrente, égrène-t-il. Il n’y a donc pas à hésiter sur les moyens. Les voies réservées deviennent obligatoires, la conception des gares et des points d’arrêts doit être soignée et fournir des services multiples aux usagers. Enfin, ils doivent être dotés de parkings pour que les passagers puissent justement y laisser leur voiture ».

Plus radical encore, il préconise de systématiser la suppression de l’automobile sur certains axes routiers au profit des transports collectifs. Un vaste programme qui réclamera un vrai courage de la part des politiques, absents des débats.

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