Réunir Pour l’exploitation de certains réseaux urbains, les PME adhérentes de Réunir se présentent désormais comme une alternative aux grands groupes. Rencontre avec Éric Ritter, délégué général du réseau, qui présente un savoir-faire encore peu connu des autorités organisatrices.
Éric Ritter: Réunir accompagne déjà ses adhérents exploitant de nombreux réseaux de type urbain. On en compte plus de 28 actuellement en France, tels que ceux de Montélimar, Concarneau ou du Pays voironnais, et même un service urbain dans Paris, avec des véhicules électriques. L´ensemble de ces services représente plus de 400 véhicules exploités. Pourtant, nous sommes encore peu connus en la matière. Il est donc temps de nous faire connaître sous ce jour particulier, afin de nous inscrire pleinement dans l’évolution de la loi NOTRe.
Nous estimons en effet que les transports publics ont vocation à se structurer entre la région, les intercommunalités, les agglomérations et les métropoles de plus ou moins grandes tailles. Alors, même si historiquement, et toujours de manière importante, nous exploitons des services scolaires, localement, les élus qui nous connaissent comme exploitants urbains nous font confiance. De fait, après un premier contrat, cette confiance est généralement confirmée pour un second.
É. R.: Notre marché est celui de la mobilité en général, et c’est une évolution dans laquelle nous nous inscrivons pleinement. J’ai évoqué les véhicules électriques, je pourrais aussi parler des nouvelles technologies: plateformes d’information pour les entreprises, destinées à optimiser leur exploitation, ou systèmes d’information voyageur pour lesquels nous avons réalisé ces dernières années des investissements. Les entreprises du réseau Réunir sont des acteurs locaux, attachés à leur territoire. Ils y exploitent aussi bien des transports scolaires que des lignes régulières, du TAD, des gares routières, des VLS et, bien évidement, des services urbains.
Dans le passé, le marché du transport urbain a connu une très grande concentration où ont prédominé, et prédominent encore, les grands groupes parapublics. La concurrence est devenue plus âpre. De nouveaux acteurs sont arrivés, et parfois, les élus se sont tournés vers l’autoproduction publique (régie ou SPL). Il y a quelques années, nous étions le plus souvent sous-traitants des réseaux, mais depuis, certains chefs d’entreprises ont relevé le défi, ils sont devenus exploitants de premier rang pour de petites et moyennes agglomérations, là où nous avons une pertinence économique évidente. Donc oui, le transport urbain est un marché cible de nos entreprises, et Réunir a naturellement vocation à les accompagner.
É. R.: Nous avons le savoir-faire suffisant pour exploiter la plupart des réseaux. Toutefois, nous sommes conscients de nos limites et de nos spécificités. Par exemple, nous ne nous positionnons pas comme exploitant de TCSP [transports collectifs en site propre, ndlr] lourds. La pertinence de nos adhérents se situe surtout sur les réseaux petits et moyens, en tant qu’exploitant de premier rang. Ensuite, en sous-traitance, ils peuvent répondre aux demandes sur tout type de réseau (par exemple à Lyon). En fait, le savoir-faire est lié à la compétence des personnes à l’œuvre. Pour cela, nous avons des équipes d’experts – un service stratégie et développement – avec de significatives expériences urbaines. Il est ainsi doté d’outils spécifiques à l’urbain (graphicage, marketing, etc.). Moi-même, j’ai commencé dans les transports au Gart, c’est là que j’ai tout appris des transports urbains. Notre directeur de la stratégie et du développement, Grégory Carmona, a commencé chez Keolis et travaillé chez Transdev ou pour des groupes étrangers à l´international. Son domaine de compétence est plutôt celui de l’urbain/périurbain. Enfin, j’ai recruté à ses côtés des collaborateurs issus des grands groupes (50 % de l’effectif).
É. R.: Nous avons plusieurs atouts. D’abord, l’énergie de nos chefs d’entreprises. Ils ne sont pas les seuls à l’avoir, mais leur engagement est sans commune mesure, par le fait même qu’ils sont propriétaires de leur entreprise. C’est la source de cette énergie dont ils font preuve pour évoluer constamment. Ce sont des interlocuteurs stables pour les élus et les techniciens, ils vivent au quotidien dans leur entreprise et sont ancrés dans le territoire. Pour eux, un réseau de gagné, ou perdu, ce n’est pas qu’un point sur une carte, mais une affaire de grande proximité. À ces femmes et hommes passionnés et engagés dans leur entreprise, au service de la population, nous devons ajouter les équipes internes – leurs collaborateurs directs – et les équipes pluridisciplinaires de Réunir.
Nous développons un bouquet de services et d’outils que nous perfectionnons sans cesse: études d’exploitation, analyse de réseaux, veille technologique et environnementale, prévention et sécurité, gestion sociale et formation. Nous nous renforçons dans le marketing et l’assistance au management au sens large. Donc, en tant que réseau d’entreprises indépendantes, Réunir apporte une logique de regroupement très proche des synergies qui font la force des groupes.
Cependant, nous maintenons un lien étroit avec le territoire, pour des raisons liées à l’origine et au fonctionnement spécifique de nos entreprises, le tout à taille humaine, ce qui, à mon sens, est la garantie de notre engagement d’excellence.
É. R.: Notre intérêt confirmé pour les transports urbains est en soit une adaptation aux nouveaux défis du marché, avec une intégration de plus en plus importante de différents services, comme les services périurbains, urbains et scolaires, le tout au sein de la même autorité organisatrice. La plus grande difficulté n’est d’ailleurs pas où on la croit généralement (exploitation de services urbains), mais dans l’optimisation de l’ensemble. De ce point de vue, je pense que nous y avons développé une expertise spécifique, confirmée par nos succès récents. En effet, nos entreprises, qui sont déjà très impliquées dans l´exploitation de services locaux, sont naturellement enclines à s’engager dans l´exploitation des réseaux urbains, intégrant toutes les formes de mobilité (le vélo notamment). Le savoir-faire acquis autorise un faire savoir décomplexé, et nous pensons que l’heure est venue.
52 ans, a débuté sa carrière dans les transports au Gart (Groupement des autorités responsables de transport). Après plusieurs postes en collectivité locale, il rejoint la recherche et l’enseignement à la formation continue de l’École nationale des ponts et chaussées, puis exerce les fonctions de secrétaire général de la FNTV (Fédération nationale des transports de voyageurs) jusqu’en 2014. Il prend alors la direction générale de Réunir Services (filiale de Réunir Association, près de 130 entreprises adhérentes pour 200 implantations, dont il est également le délégué général). Le 10 juin à Bordeaux, il lancera la Conférence nationale des Transports, rendez-vous métier et politique du transport sous toutes ses formes.
