La région veut d’abord réussir le transfert de compétence. Le développement du transport se fera ensuite sur les recettes voyageurs, pas sur l’argent public.
Pas de grand soir! Les évolutions induites par la réforme des collectivités et la loi Macron seront progressivement négociées avec les autocaristes. Début de « défloutage », explique Gildas Lagadec, président de la FNTV Bretagne, après la journée professionnelle du 20 avril à Ploemel (Morbihan) qui a réuni la région et les acteurs du transport.
La Bretagne a déjà pris deux décisions. Les transferts des lignes régulières et des services scolaires, prévus par la loi aux 1er janvier et 1er septembre 2017, se feront en une seule fois, le 1er septembre. Les agents départementaux des transports n’auront pas à déménager. Transférés à la région le 1er janvier 2018, ils resteront sur place. « Vous conserverez les mêmes interlocuteurs », ajoute Fabrice Girard, directeur transport. Pour le reste, la région observe, recense.
Quatre départements lui cèdent 1 000 contrats pour, entre autres, transporter 150 000 élèves tous les jours. Ils ont chacun leur façon de faire. Le prix du transport scolaire varie de 1 à 2 pour les familles. « Nos propres choix ne sont pas encore faits, explique le directeur. Nous voulons d’abord assurer la continuité du service. La compétence transport était plutôt bien gérée par les départements. L’harmonisation prendra par la suite au moins quelques mois. Les régions redessinées, ce qui n’est pas notre cas, disposent bien de cinq ans. »
Yvon Luchaire, professeur d’études politiques à l’université d’Aix, détaille les défis posés par l’organisation administrative désormais transversale de notre territoire: régions et intercommunalités (pôles métropolitains, pôles d’équilibre territorial et rural) montent en puissance, mais elles doivent aussi s’entendre avec les autres collectivités sur qui fait quoi, et selon les endroits. La production collective est à l’honneur. « Je m’inquiète moins du transfert à la région que des nombreuses intercommunalités pouvant revendiquer l’organisation du transport de milliers d’enfants. Cette compétence technique ne s’acquiert pas simplement en embauchant un spécialiste », glisse Michel L’Higuiner, figure du transport collectif breton en tant que directeur transport du Morbihan.
Comment seront relancés les appels d’offres? « À quelle sauce serons-nous mangés? », demande Gildas Lagadec. Clauses sociales ou environnementales? s’inquiètent les autocaristes. « Bien sûr que nous respecterons les lois et la réglementation et que nous irons dans le sens de l’histoire. Il est trop tôt pour parler de mode d’allotissement. Mais nous sommes très attentifs à vos équilibres économiques. De même qu’à vos travaux sur une charte sociale au profit de vos salariés », répond Fabrice Girard, récusant toute priorité donnée aux économies. Simplement, il prévient: « le seul développement possible des transports ne repose plus que sur l’augmentation des recettes voyageurs. Il n’y a plus d’argent public supplémentaire à trouver. »
Michel Seyt, président de la FNTV, rassure en aparté: « les collectivités iront vers les solutions les plus intelligentes ». La Bretagne a beaucoup investi dans le ferroviaire avec l’arrivée de la ligne TGV à Rennes, en décembre 2017, et la rénovation des lignes TER vers Quimper et Brest. Pour longtemps, l’autocar ne devra pas porter atteinte au fer. « Nous réfléchirons ensemble à cet équilibre », promet Fabrice Girard. Gildas Lagadec répond en plaidant avec vigueur devant le futur donneur d’ordres: « nous pouvons faire moins cher et de meilleurs produits. Rien n’est figé. Notre profession a à cœur d’élever le niveau de sa performance collective et de montrer la connaissance qu’elle a de l’évolution de son métier. Nous devons donc tous développer, avec la région, cette indispensable pratique d’échange d’informations ».
