Honnêtement, je ne sais pas si la France va réellement mieux, disons qu’elle semble, au mieux, très agitée. Cependant, à quelques semaines d’un Euro de football qui mobilisera tous les services de l’État, et devrait, en toute logique, montrer l’Hexagone sous son meilleur jour, les organisateurs doivent être bien loin de la sérénité affichée aux plus hauts sommets du pays.
En effet, un rapide tour d’horizon des mouvements sociaux en cours laisse entrevoir quelques lendemains fort peu chantants. Certes, les manifestations « nationales », ou « citoyennes », contre la loi Travail semblent bien s’essouffler, nonobstant le quarteron de zadistes et d’extrémistes qui rêvent de plus en plus violemment du Grand Soir. Moins engageant, les centrales syndicales contestataires – ou non – commencent à sortir de leur chapeau diverses revendications catégorielles issues de leurs fiefs les moins contestés. Ainsi, les transporteurs routiers se mobilisent-ils contre la baisse du tarif de leurs heures supplémentaires, tel que possible dans la loi El Khomri. On s’agite aussi chez EDF, en pleine crise de gouvernance, et de rentabilité… Dans l’aérien, les contrôleurs se rappellent aux bons souvenirs du gouvernement, quand les pilotes d’Air France digèrent mal l’idée de travailler autant pour gagner moins. Cerise sur le gâteau, comme de bien entendu, l’ensemble des syndicats de la SNCF mobilise désormais clairement contre le projet « d’harmonisation » des statuts en vue de la future ouverture à la concurrence. Cela n’a pas grand-chose à voir avec les autres mouvements, mais cela ajoutera à l’ambiance, paralysera le pays sous les yeux du monde entier, et permettra de grossir les cortèges de militants rompus à l’exercice. Tous ces braves gens voudraient faire tomber le gouvernement du moment pour crime de lèse-foot, qu’ils ne s’y prendraient pas autrement.
En fait, pour un dernier acte digne de cette tragi-comédie, il nous faudrait en finale une petite grève « solidaire » de l’équipe de France, refusant de sortir d’un autocar englué dans les embouteillages, faute de transports en commun… Un tableau épique, digne du Napoléon Ier sur le champ de bataille d’Eylau d’Antoine-Jean Gros… Au fond, les seules à sourire sont sans doute les chaînes de télé. Avec les grévistes, les audiences vont exploser!
