Newsletter S'inscrire à notre newsletter

Magazine

Polémique

LGV Limoges–Poitiers versus POLT

Image

LGV Limoges–Poitiers versus POLT

Crédit photo Olivier Jacquinot

L’annulation de la DUP du barreau LGV Limoges–Poitiers va-t-elle enterrer définitivement le projet? Et permettre enfin de réellement moderniser la ligne Paris–Orléans–Limoges–Toulouse (POLT)?

Jamais sans doute un train à grande vitesse n’aura engendré un tel retard: 15 ans, au moins. Quinze années passées à évoquer l’aménagement d’une LGV Limoges–Poitiers, plutôt que de moderniser la ligne historique du POLT (Paris–Orléans–Limoges–Toulouse), selon un scénario minutieusement étudié dans les années quatre-vingt-dix, qui faisait l’unanimité et dont le financement était bouclé (voir encadré). La déclaration d’utilité publique (DUP) du projet vient d’être annulée par le Conseil d’État. Quinze ans… et peut-être plus, puisque les partisans du barreau LGV ont été reçus le 3 mai par Alain Vidalies, secrétaire d’État aux Transports, afin d’obtenir que leur ami François Hollande, qui a bâti sa carrière politique en Limousin, ressuscite le dossier. Alain Vidalies, qui recevra le 2 juin les opposants au projet LGV, s’est engagé à ce que le gouvernement tranche – enfin! – d’ici l’été.

Financement et rentabilité

La saga barreau LGV Limoges–Poitiers/POLT a débuté en 2003, lorsqu’une étude de la Datar (Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale) a remis en question le projet de TGV pendulaire circulant sur la ligne historique, préconisant plutôt « des services TGV via Poitiers ». La modernisation du POLT a été stoppée avant d’avoir commencé, et des études pour un barreau LGV Limoges–Poitiers ont débuté. Depuis, les limousins se déchirent entre les pro-LGV – essentiellement quelques chefs d’entreprise et des élus de Limoges et de la Haute-Vienne – et les défenseurs de la ligne historique à qui le Conseil d’État vient de donner satisfaction.

Celui-ci a retenu deux motifs d’illégalité de la DUP: le dossier soumis à enquête publique ne contenait aucune information précise quant au mode de financement et à la répartition envisagée (coût estimé à 1,6 Md€ en valeur actualisée 2011). Une insuffisance de l’évaluation économique et sociale qui, selon l’institution, a nui à l’information complète de la population et a pu exercer une influence sur la décision de déclarer l’utilité publique. Le Conseil d’État a donc estimé que cette décision a été prise irrégulièrement. Par ailleurs, s’il a jugé que le projet de barreau LGV entre Poitiers et Limoges présentait un intérêt public, qu’il était justifié par des considérations d’aménagement du territoire et devait permettre de réduire les temps de trajet entre Limoges et Paris, il a également estimé que l’opération présentait un bilan négatif: coût de construction de la ligne, temps de parcours affichés incertains, évaluation de la rentabilité économique et sociale du projet inférieure au niveau habituellement retenu, et enfin, essentiel, le Conseil d’État souligne que la mise en œuvre du projet aurait pour effet un report massif de voyageurs de la ligne POLT vers la LGV, ce qui impliquerait une dégradation de la desserte des territoires situés entre Orléans et Limoges. De fait, l’aménagement du barreau LGV – 113 km à voie unique – condamnerait à court terme la ligne historique POLT. Or, si le premier est utile à Limoges et à Brive, permettant, selon l’association de promotion de la LGV, d’une part de gagner jusqu’à 50 minutes de trajet entre Limoges et Paris (de 2 h 50 à 2 heures), et d’autre part d’être connecté au réseau TGV européen, la seconde, le POLT, dessert 32 départements sur ses 713 km.

L’impossibilité de voir coexister les deux liaisons LGV Limoges–Poitiers et POLT a toujours été niée par les partisans de la LGV, même après qu’a fuité un courrier de la direction générale des infrastructures, confirmant que pour améliorer le taux de rentabilité de la LGV, le nombre de dessertes POLT devrait être ramené de 7 à 4. Selon les promoteurs de la ligne POLT, l’amélioration des temps de trajet entre Limoges et Paris peut être obtenue par la modernisation de la ligne historique. C’est ce que confirme une étude commandée par la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut) à l’expert ferroviaire Gérard Mathieu: le temps de parcours Limoges–Poitiers peut être réduit à 2 h 35 « pour un coût très inférieur à celui de la LGV Poitiers–Limoges, en portant la vitesse maximale à 200 km/h entre Vierzon et Argenton, ainsi qu’entre Saint-Sulpice-Laurière et Limoges, et en rectifiant quelques courbes. La durée du trajet pourrait même être encore nettement réduite par utilisation de la future LGV Paris–Orléans–Clermont–Lyon (POCL) entre Paris et Orléans ».

Promesses d’infrastructure et de matériel

S’ils sont naturellement satisfaits de la décision du Conseil d’État, les opposants à la LGV regrettent que les sommes engagées par les collectivités locales limousines pour le barreau Limoges–Poitiers, estimées à 125 M€, n’aient pas été utilisées à la modernisation du POLT. Ils soulignent que l’engagement des collectivités locales pour le tronçon SEA (Sud Europe Atlantique) Tours–Bordeaux est de 52,55 M€, dont 26,27 M€ pour l’ancienne région Limousin qui a déjà versé 13 M€, mais que, selon l’article 4 de la délibération du conseil régional d’avril 2011, « dans l’hypothèse où des circonstances exceptionnelles conduiraient à l’ajournement sine die du barreau Limoges–Poitiers, quelle qu’en soit la raison, la région Limousin interrompra ses règlements et engagera tous les moyens nécessaires au remboursement des sommes versées au titre du financement sur le tronçon central Tours–Bordeaux ».

L’association Urgence POLT espère quant à elle que l’annulation de la DUP accélèrera la modernisation du POLT, tant en termes de matériel que d’infrastructure. « Concernant le matériel, explique Jean-Claude Sandrier, le président de l’association, le ministre a cité la date de 2022 comme échéance des premières livraisons, mais il a ajouté que dès 2020, il serait possible de disposer des premiers trains neufs. Nous demandons que ces premiers trains soient affectés au POLT ». Des trains neufs dès 2020? Le calendrier semble très optimiste. « L’essentiel, c’est que conformément au rapport Duron, il y ait une véritable ambition pour le POLT et que cette liaison soit la première des lignes TET (trains d’équilibre du territoire) à être équipée de trains neufs et rapides ». Concernant l’infrastructure, l’État a annoncé vouloir y consacrer un milliard d’euros sur la période 2015-2025. « Nous sommes conscients de l’effort, mais cela ne permettra qu’une remise à niveau. Il faut augmenter cette enveloppe de 500 M€ à un milliard, afin de vraiment moderniser l’infrastructure et ainsi gagner sur le temps de parcours ».

L’idée, confirmée par l’étude de la Fnaut, est de supprimer des passages à niveau, renforcer la voie, rectifier les courbes, modifier la signalisation et les dévers, essentiellement entre Orléans et Limoges, ce qui permettrait un gain de 20 minutes entre Limoges et Paris et « plus, lorsque le POLT se connectera à la LGV POCL (Paris–Lyon via Clermont) pour laquelle la question n’est pas de savoir si elle se fera mais quand elle se fera! » De fait, avec un gain de plus de 30 minutes et une interconnexion au réseau LGV européen, les partisans du barreau LGV Limoges–Poitiers ne pourraient qu’être satisfaits, de même que les promoteurs du POCL, notamment dans son tracé ouest pour lequel les études n’ont jamais pleinement pris en compte le potentiel de voyageurs qu’apporterait la connexion du POLT. « Mais attention! Il faut absolument préserver l’intégralité de la ligne », souligne Jean-Claude Sandrier, faisant référence au souhait de la SNCF d’en établir le terminus à Brive. Avec sans doute l’idée, à terme, de tronçonner d’avantage cette ligne afin qu’elle ne soit plus TET mais TER. Et que les régions la financent…

POLT/LGV: la saga

Juin 2000

« Le POLT doit être rattaché au réseau TGV. » Michel Sapin, ministre de la Fonction publique, rassure les élus: Lionel Jospin, Premier ministre, va débloquer 1,5 milliard de francs afin de moderniser le POLT. C’est toutefois l’incertitude pour le matériel: pendulaire italien ou TGV pendularisé?

2002

Bernadette Chirac, conseillère générale en Corrèze, évoque une liaison TGV entre Limoges et Poitiers.

Avril 2003

Dans un rapport, la Datar préconise l’abandon du projet de TGV pendulaire POLT au profit d’une amélioration de la qualité de la ligne qui « pourrait être complétée » par la mise en place de services TGV via Poitiers.

Janvier 2004

Lors de ses vœux aux Corréziens, le Président Jacques Chirac s’engage à ce que la liaison TGV Limoges–Poitiers « soit définitivement inscrite au schéma national des grandes infrastructures ferroviaires ».

Janvier 2015

Déclaration d’utilité publique de la LGV Limoges–Poitiers.

Avril 2016

Annulation par le Conseil d’État de cette DUP.

Retour au sommaire

Auteur

  • Olivier Jacquinot
Div qui contient le message d'alerte

Envoyer l'article par mail

Mauvais format Mauvais format

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format

Div qui contient le message d'alerte

Contacter la rédaction

Mauvais format Texte obligatoire

Nombre de caractères restant à saisir :

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format