Dans sa lutte sans merci contre le gouvernement de Manuel Valls, la CGT a donc fini par dégainer l’arme absolue: le blocage des transports. Utilisée comme catalyseur de toutes les revendications sectorielles, la loi El Khomri est devenue l’étendard de la contestation. Certes, chacun sait que les grévistes de la SNCF, la RATP ou EDF ont leurs propres raisons de débrayer, qui tiennent généralement au maintien du statu quo, voire à l’amélioration substantielle – ou irréaliste, c’est selon – de conditions de travail déjà hors normes. Et les porte-paroles de ce mouvement ont beau se relayer pour faire la promotion de la « grève par procuration », personne de sensé n’est vraiment dupe. Comme l’analysent certains économistes, en période de crise, alors que chacun pressent que les modifications à venir redessineront profondément l’organisation de la société, ceux dont la rente est la plus confortable ont toujours tendance à se mobiliser pour que l’on ne touche pas à leurs avantages. C’est humain.
Moins encourageantes sont les réactions du pouvoir face à la fronde de sa fonction publique. Perdu dans un imbroglio politique rare, l’exécutif, derrière un discours martial de façade, semble prêt à lâcher prise dans – presque – tous les domaines. Après tout, en pratiquement 24 heures, les routiers ont obtenu ce qu’ils voulaient, à savoir l’exemption de leur profession des retombées de la loi Travail sur la tarification des heures supplémentaires. Les cheminots se prennent donc à rêver que rien ne change jamais dans leur statut et leur organisation du travail. Les employés de la RATP attendent un coup de pouce salarial, car après tout, le corps enseignant vient de l’obtenir, avant même de se mobiliser. Quant aux grévistes d’EDF, on les exemptera certainement de l’autocritique nécessaire à la pérennité de leur entreprise.
De fait, la grande distribution pré-électorale a déjà commencé, avec un peu d’avance, conflit social et Euro 2016 obligent. Le seul problème, mais il est de taille, c’est qu’il faudra financer cette belle distribution, et que toutes ces institutions risquent, le moment venu, d’être bien dépourvues face à des réalités qui ont pour nom: concurrence et compétitivité. Quant aux autres, qui ont besoin d’un service de transport fiable et d’un marché du travail qui va de pair, eh bien! ils attendront encore. Pour eux, c’est demain que l’on rase gratis.
