Le neuvième Forum international des transports témoigne de l’influence grandissante de cet organisme intergouvernemental, lié à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Ses ramifications à travers plus d’une cinquantaine de pays démontrent l’intérêt des pouvoirs politiques pour les domaines de l’énergie et des transports.
L’OCDE est une organisation intergouvernementale née en 1960, à l’initiative de 18 pays européens, des États-Unis et du Canada. Aujourd’hui, elle compte 34 pays membres adhérents. Le Forum international des transports (FIT), l’une de ses émanations, vient de fêter son dixième anniversaire. Il est hébergé au siège de l’Organisation, c’est-à-dire à Paris. À l’origine, il comprenait tous les pays membres de l’OCDE, faisant suite en quelque sorte à la Conférence européenne des ministres des Transports (CEMT). Mais depuis, de nombreux autres États l’on rejoint, et aujourd’hui, ce sont plus de cinquante pays qui y adhèrent, un chiffre en constante évolution, bien plus que celui de l’OCDE. Cette croissance lui confère une audience mondiale bien plus importante que celle de sa maison mère.
La vocation du FIT est de prendre toutes mesures destinées à réaliser, dans un cadre général ou régional, la meilleure utilisation et le développement le plus rationnel des transports intérieurs d’importance internationale, de coordonner et de promouvoir les travaux d’organisations internationales s’y intéressant, compte tenu de l’activité des autorités supranationales dans ce domaine. Le Forum est aussi un laboratoire d’idées qui s’intéresse à l’ensemble des modes de transports, les traditionnels, définis sous le triptyque terre, mer et air, mais aussi les nouvelles pratiques, les modes doux, la consommation collaborative, etc. Les recommandations apportées en vue des relations entre les entreprises de VTC (voitures de tourisme avec chauffeur) et les taxis illustrent le souci du FIT de s’impliquer dans les nouveaux comportements.
C’est sous la présidence du Danemark que le neuvième sommet s’est déroulé, du 18 au 20 mai à Leipzig, sur le thème « Le transport vert et inclusif ». Ce dernier terme doit être pris dans le sens « d’accessible à tous, partagé et équitable ». Voilà qui est bien dans l’optique de la COP21 de décembre 2015 et de la signature de l’accord de Paris visant à limiter le réchauffement climatique de la planète, signé par 177 pays.
Le secrétaire général du FIT, le Portugais José Viegas, s’est félicité d’enregistrer la présence de 1 077 participants en provenance de 71 pays et des ministres en nombre. Alain Vidalies, secrétaire d’État en charge des Transports de la France s’était excusé, retenu par des affaires intérieures et représenté par un haut fonctionnaire du ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie. Son homologue allemand, Norbert Barthle, n’a pas hésité à oser la comparaison: « Leipzig est, en matière de transport, ce que Davos est en matière économique ». Le thème transport vert et inclusif donne du sens à l’action du Canada. Lors de la cérémonie d’ouverture, Marc Garneau, son ministre des Transports, ancien astronaute, a ainsi déclaré: « Lorsque j’ai contemplé la beauté et la fragilité de notre planète, cela a beaucoup impacté mon action politique ».
L’organisation du FIT implique également le milieu industriel, avec notamment les deux principaux sponsors de ce sommet, Bombardier et Siemens. Lors de sa prise de parole en séance plénière, Laurent Troger, président de Bombardier, en a profité pour exprimer sa vision: « Nous sommes dans une industrie qui nécessite des investissements très lourds. Donc, nos marchés doivent être d’une longue durée. Mais nous sommes favorables au respect des exigences supplémentaires dans les appels d’offres, en faveur de transports écologiques et inclusifs, alors qu’aujourd’hui même, les nouvelles règles d’avril 2016 ne sont appliquées que dans peu de pays ».
Par ailleurs, le FIT dispose d’un portefeuille conséquent de grandes entreprises réunies au sein du Corporate Partnership Board (CPB). On compte parmi elles quelques fleurons de notre économie nationale: SNCF, Total, Michelin, dont certaines se déplacent à l’occasion du Forum. On relevait ainsi pêle-mêle la présence de la Deutsche Bundesbahn, l’Union internationale des chemins de fer (UIC), des entreprises opportunistes comme la compagnie aérienne Turkish Airlines, sans doute séduite par sa présence dans l’événement phare d’un pays stratégique pour son marché, la start-up villeurbannaise Navya Sas qui, depuis l’année dernière, teste à Lyon un véhicule autonome électrique pour transporter une dizaine de personnes. Dans l’optique de la déclaration solennelle des ministres du 20 mai concernant les transports décarbonés, l’électromobilité, les techniques hybrides ou l’hydrogène figurent en effet parmi les développements d’avenir. Ont aussi assisté au FIT certaines structures influentes du domaine des transports, comme la Fédération internationale de l’automobile (FIA), dont le président Jean Todt est venu présenter la toute nouvelle compétition mondiale de Formule E. La première édition vient d’avoir lieu à Paris, elle devrait promouvoir les vertus de l’électromobilité dans la plupart des capitales mondiales.
L’année prochaine, l’édition du FIT 2017 devrait se tenir au même endroit, du 31 mai au 2 juin. Leipzig fait partie de ces villes allemandes qui disposent d’un solide potentiel d’accueil, avec le Leipziger Messe, une infrastructure hôtelière à la fois qualitative et quantitative et des prestataires de service qualifiés. Elle est située au cœur de la Saxe, solide région économique, avec notamment l’usine modèle de BMW où sont assemblés les modèles hybrides et électriques BMW i8 et BMW i3.
Quant à l’avenir du Forum au-delà de 2017, rien ne semble gravé dans le marbre. Ce sommet s’est toujours déroulé en Allemagne, mais rien ne s’oppose à une organisation dans un autre pays. Il semblerait que les jeux soient ouverts.
Ses batteries peuvent lui donner jusqu’à 13 heures d’autonomie À l’heure où les projets et les technologies sans conducteur se multiplient, la pertinence des véhicules électriques et autonomes n’est plus à prouver. À l’aube d’une nouvelle ère du transport de personnes et de biens, Navya s’est donné pour mission de participer à la transformation durable des modes de vie en réinventant la mobilité. Ses concepteurs promoteurs comptent sur la prochaine évolution du cadre légal pour la libre circulation de ses navettes sur la route et dans les centres urbains.
Pour cette édition 2016, la présentation du rapport du FIT sur l’essor des applications de transport de personnes contre rémunération, comme Uber, était l’une des plus attendues. Elle plaide sans réserve en faveur d’une réforme de la réglementation des services de voiture de transport avec chauffeur (VTC). « Ces plateformes échappent aux règlementations en place, et les pouvoirs publics réagissent le plus souvent en cherchant à les bloquer ou à les faire entrer dans le champ d’application des règlements régissant le fonctionnement des taxis ou d’autres professions de transport », peut-on lire. L’exemple français, avec l’Urssaf poursuivant Uber pour qu’il requalifie ses chauffeurs en salariés, est à ce titre significatif.
Le rapport a été élaboré sur la base d’ateliers réunissant des représentants des sociétés de VTC, des sociétés de taxi, des organismes de réglementation, des universitaires, etc. Il relève, en outre, que ces applications s’appuient sur les possibilités offertes par de nouvelles technologies. Si elles se sont imposées, c’est qu’elles proposent un service simple, cohérent et universel, à tous ceux qui peuvent y accéder. « Ces nouveaux services de mobilité apparaissent plus rassurants et plus transparents que les solutions de recherche classique de taxi dans la rue ou via une centrale de radio-taxi. De plus, elles contribuent à améliorer la répartition des capacités disponibles, ce qui est profitable pour les consommateurs, les professionnels, les villes et l’environnement. Et le volet emploi est aussi à prendre en compte », est-il précisé.
En conclusion, le FIT préconise plusieurs principes qui doivent guider la réforme de la réglementation actuelle du transport de personnes contre rémunération. Il stipule que l’accent doit être mis sur les besoins des consommateurs, « le maintien d’un cadre simple et uniforme, la mise en place d’une stratégie de réglementation flexible et novatrice, et enfin, celle-ci doit être modulée en fonction des données fournies au bénéfice de la collectivité ».
