Deuxième ville de Haute-Garonne, après sa voisine Toulouse, Colomiers a conservé huit lignes municipales de bus gratuites, malgré le transfert en 2001 de sa compétence transport à la communauté urbaine, devenue depuis Toulouse Métropole. Le 29 août, Tisséo prendra le relais avec un réseau repensé en profondeur et des tarifs réduits pour certains publics.
Colomiers, commune de 39 000 habitants à l’urbanisme planifié reconnaissable à ses ronds-points, s’est longtemps accrochée à ses lignes de bus gratuites, symboles de son socialisme municipal, malgré les régulières injonctions de la préfecture.
« Avec son maire Alex Raymond, Colomiers a été l’une des premières villes de France à mettre en place des lignes de bus gratuites en 1971, raconte Fabrice Costes, directeur général des services de la ville. Son successeur, Bernard Sicard, a souhaité garder ces lignes gratuites, notamment parce qu’au moment du transfert de compétences, l’offre de Tisséo était quasi inexistante à Colomiers. » L’opérateur des transports de la métropole y a amélioré progressivement son offre, générant certaines redondances entre les lignes traversant la ville et les bus municipaux. « La situation a perduré jusqu’à ce que le préfet nous fasse l’injonction de régulariser la situation en 2010. »
Il faudra attendre le changement d’équipe municipale en 2014 pour que la nouvelle maire, Karine Traval-Michelet, et ses équipes commencent vraiment à travailler avec celles de Tisséo pour amorcer la démarche de reprise. Il y avait urgence, car l’autorisation d’exploitation arrivait à échéance et risquait de ne pas être renouvelée. De plus, une partie du parc de véhicules était en fin de vie. La fréquence avait même dû être réduite sur certaines lignes faute de matériel.
« Nos objectifs étaient de maintenir une qualité d’offre de service, la gratuité qui a toujours été un marqueur fort de Colomiers, dans un cadre acceptable juridiquement, financièrement et en matière de ressources humaines, explique Fabrice Costes. Au départ, ce n’était pas forcément simple, mais nous sommes arrivés à tomber d’accord sur un consensus », au bout d’un processus entamé à l’été 2014. « Le temps était venu que le réseau de Colomiers intègre Tisséo, mais nous avons souhaité prendre le temps », a déclaré Karine Traval-Michelet lors de sa présentation du nouveau réseau qui entrera en service le 29 août.
L’élue a évoqué le dynamisme démographique (+800 habitants par an depuis 2008) et économique de la ville (23 000 emplois dont certains dans les usines de fabrication de l’A350 d’Airbus) pour affirmer l’importance d’une desserte à la hauteur des enjeux, incluant la zone aéronautique et les autres zones économiques, les habitations et les zones d’études en interconnexion avec le TER C.
Pour repenser le réseau, les services de Tisséo-SMTC ont commencé par un diagnostic du territoire, afin de repérer les coupures urbaines et les pôles générateurs de trafic à l’aide de cartographies et d’enquêtes sur le terrain. Ensuite, ils ont effectué une étude Origine-Destination auprès des passagers des navettes gratuites, soit 2 500 montées par jour contre 14 000 pour le réseau Tisséo à Colomiers. « Nous avons essayé de proposer un réseau qui reprenne le maximum des flux observés, indique Mylène Delplanque, assistante d’études chez Tisséo. Cela nous a permis de mailler le territoire, en reliant les quartiers nord au centre-ville et à la gare où se trouvent Linéo 2 et la ligne C du TER, ainsi que le quartier prioritaire d’En Jacca qui n’était pas desservi par Tisséo jusqu’à présent et la zone commerciale du Perget. » Pendant une année, à partir des propositions de tracés faites par Tisséo, les équipes du SMTC et de Colomiers se sont réunies chaque mois pour aboutir au réseau qui entrera en fonctionnement le 29 août.
La transformation de la ligne 64 en Linéo 2 est un élément central du nouveau réseau: cet axe structurant permettra de relier le lycée international de Colomiers à la gare multimodale (métro-tram) des Arènes à Toulouse, en connectant la nouvelle ligne circulaire 150 et la gare de TER de Colomiers. Le concept Linéo (10 lignes dans les différents quadrants de Toulouse d’ici 2020) propose des bus articulés à grande capacité, des fréquences renforcées à 8-10 minutes, une amplitude horaire très large (5 h 30-0 h 30) permettant d’envisager des sorties en soirée à Toulouse sans sa voiture, et une meilleure régularité grâce à un traitement des points noirs.
En revanche, pas de raccourcissement du temps de trajet. « Avec Linéo, l’objectif n’est pas le temps de parcours, sinon il faudrait du site propre intégral, plus coûteux et délicat à mettre en œuvre avec des voies plus larges, des expropriations à prévoir et beaucoup de grogne sur le tracé », reconnaît Alexandre Blaquière, directeur général de Tisséo en charge des investissements et du patrimoine. Tisséo espère passer rapidement de 8 000 à 10 000 passagers par jour sur Linéo 2, voire plus, à l’instar de Linéo 1 passé en quelques mois de 16 000 à 22 000 passagers quotidiens.
Trois autres lignes connaîtront des évolutions avec des simplifications de tracé, une meilleure régularité et des fréquences augmentées. La nouvelle ligne 150, grâce à un tracé circulaire, reprendra une partie des itinéraires des anciens bus gratuits, mais dans les deux sens, contrairement aux navettes municipales qui n’avaient qu’un seul sens de circulation!
Le passage de la gratuité des huit lignes columérines, sans titre de transport ni inscription, aux billettique et tarification Tisséo classique a également demandé beaucoup de préparation.
Une question de l’enquête Origine-Destination a permis de repérer que 40 % des passagers des navettes gratuites possédaient déjà une carte Pastel (support unique d’abonnement aux transports en commun urbains, départementaux et régionaux). « Nous avons mené un travail pour estimer les modalités d’une prise en charge de la gratuité par des systèmes de compensation organisés par la commune, indique Nelly Ayffre, chargée d’études sur l’organisation du réseau chez Tisséo. Colomiers est un laboratoire de test pour un principe qui pourrait être déployé à l’avenir par Tisséo. Une partie de la gratuité pourrait être mise en œuvre par les communes qui alloueront un certain budget à certains publics, sous conditions de ressources. »
Il s’agissait d’éviter d’offrir une gratuité totale à des gens préalablement abonnés des transports en commun. « Nous voulons créer du report modal, mais pas un appel d’air », souligne la maire Karine Traval-Michelet. Pour cela, quatre cibles ont été identifiées: les moins de 26 ans et les parents, avec un passe mobilité jeunes et un passe familles sous condition de ressources à 4 € par mois pour 10 déplacements; les seniors, pour qui la commune paiera les 10 € par an leur octroyant la gratuité totale sur tout le réseau; les salariés vivant et travaillant à Colomiers avec un abondement mensuel de 8,40 €. Ces mesures coûteront 300 000 € par an à Colomiers, auxquels s’ajouteront les 70 000 € de la carte Pastel pour tous les habitants qui en font la demande. Auparavant, le coût de l’exploitation en régie des huit lignes (carburant et salaires) se montait à 1,6 M€ par an.
Dernier volet de la reprise des lignes municipales, moins visibles des usagers mais importante pour la réussite du projet: le sort des 40 agents de la régie des transports columérins. La moitié des chauffeurs, soit 18 personnes, sont en train de rejoindre Tisséo, tandis qu’une vingtaine d’agents sera réintégrée au sein de la collectivité ou partiront à la retraite. « La plupart, chauffeurs depuis des dizaines d’années, avaient la volonté de continuer à exercer leur métier, témoigne Fabrice Costes. Ceux qui étaient proches de la retraite n’ont pas été confortés dans le choix d’aller chez Tisséo. Les autres ont été accompagnés de manière à ce que les conditions de recrutement-intégration soient les plus favorables pour eux. Ils passent d’un statut de fonctionnaire à un CDI sous convention collective Tisséo, une mise en disponibilité pour convenances personnelles, dans un 1er temps d’un an reconductible ensuite jusqu’à 10 ans. » Douze chauffeurs intégreront Tisséo et ses 2 800 salariés dès septembre, tandis que les six autres arriveront d’ici mars 2017. « La DRH de la régie a mis en place un dispositif d’accueil spécifique, avec des tests conducteur et des rendez-vous pour apporter des précisions sur la rémunération », détaille Jean-Michel Evin, directeur général des services de Tisséo. Le troisième dépôt de bus de l’agglomération ayant ouvert à Colomiers en janvier 2015, il y a de grandes chances que les personnels transférés y soient affectés.
Mais le 29 août 2016 n’est qu’une étape. Au milieu de la prochaine décennie, Colomiers sera à la jonction de deux arcs majeurs des transports métropolitains, avec la mise en service vers 2024-2026 de Toulouse Aerospace Express, la troisième ligne de métro qui desservira 50 % des emplois de l’agglomération, et la connexion à la ceinture Sud qui reliera Colomiers à Basso-Cambo (métro ligne A) et à l’Oncopole (téléphérique vers l’université Paul-Sabatier). « Si nous travaillons dans la continuité, nous allons aussi provoquer à terme un bouleversement complet des dessertes columérines », a prévenu Jean-Michel Lattes, le président de Tisséo-SMTC.
