Il semble désormais de bon ton dans certains milieux de démolir point par point le bilan d’Emmanuel Macron en tant que ministre de l’Économie. Il est vrai que son nouveau statut de présidentiable fait de l’ombre à quelques grandes pointures du petit Landerneau politique, et vient troubler nombre des non moins petits arrangements entre amis qui caractérisent toujours les périodes pré-électorales. Deux mesures phares sont généralement mises en avant avec ironie par les commentateurs: le travail du dimanche et la libéralisation du transport en autocar. Soyons honnêtes, aux yeux des observateurs les plus blasés, la première paraissait de toute façon vouée à l’échec, au vu du paysage syndical français et de sa capacité d’évolution idéologique somme toute limitée. En revanche, les critiques prononcées aujourd’hui à l’encontre de la seconde font souvent montre d’une mauvaise foi et d’une méconnaissance du secteur qui confinent presque au ridicule. Passons sur l’argumentaire écologique (autocar = diesel = pollution), en rappelant qu’un véhicule (Euro 6 de surcroit) transportant 50 personnes chasse de la route entre 20 et 30 automobiles.
Autre argument souvent entendu, celui – généralement condescendant – de la mise en œuvre d’un mode de transport « pour les pauvres ». Outre le fait que les typologies de voyageurs tentées par l’autocar s’avèrent être plus ouvertes que prévu, en quoi le développement d’un transport bon marché doit-il être cyniquement critiqué? Dans un pays qui compte désormais très officiellement 8,8 millions de pauvres, répondre du mieux possible aux besoins de transport des plus démunis n’est rien moins qu’un service public. Et ce, même si, n’en déplaise généralement aux mêmes gloseurs, ces services sont effectués dans un but commercial (très vilain mot, évidemment) par des entreprises en grande partie privées (même punition). Enfin, les donneurs de leçon pointent du doigt les quelque 1 500 emplois créés autour du développement des cars Macron, histoire surtout de mettre en lumière la faiblesse de ce résultat. Là encore, à peine un an après le déblocage du système, et tandis que le pays supporte toujours – quoi qu’on en dise – un chômage de masse, remettre ainsi en question l’intérêt d’un secteur qui embauche confine cette fois à l’aveuglement idéologique, ou au tout petit calcul politique.
