Une époque se termine. Le 19 juillet, Pierre Cardo a rendu les clés de son beau bureau du 48e étage de la tour Montparnasse, avec vue vertigineuse sur toutes les institutions parisiennes. Après six ans de bons et loyaux services à la tête de l’Araf (Arafer depuis 2015), l’ancien maire UMP de Chanteloup-les-Vignes retourne à la vie civile. Il quitte pour de bon le transport et la politique pour se consacrer à ses passions de toujours, la moto, la musique (il joue de l’harmonica dans un groupe de rock) et… les cailloux! « Je vais reprendre les rênes de ma petite entreprise familiale spécialisée dans les pierres, les minéraux et les bijoux », a-t-il confié aux journalistes lors d’une dernière conférence de presse, quelques jours avant la fin de son mandat.
Ce généraliste de la politique, touche-à-tout assumé, qui en 2010 s’est retrouvé à la tête de l’Araf, « par hasard », sur les recommandations de Jean-François Carenco, directeur de cabinet de Jean-Louis Borloo alors ministre de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement et de l’Aménagement durables, ne regrette pas son passage à l’Autorité. Son bilan est d’ailleurs salué par tous. « Partant d’une coquille vide, Pierre Cardo a fait de l’Arafer un régulateur respecté », a rappelé Louis Nègre, président du Gart.
Pour autant, l’ancien patron de l’Arafer ne minimise pas les difficultés qu’il a rencontrées durant l’exercice de son mandat. « Ce qui m’a sidéré dès le départ, c’est la complexité du système ferroviaire, son côté obscur, son langage particulier. J’ai passé la première année en immersion, à essayer de comprendre les dossiers. Pendant un an, je ne me suis quasiment pas exprimé, partant du principe que c’était dangereux ». Il compare l’exercice de ces fonctions d’État à un « marathon solitaire ». « On a des relations, on vous respecte, mais on n’a pas d’amis. Il faut chercher des alliés objectifs. »
Avec le temps, il a appris à être stratège, en l’occurrence à « savoir résister aux charmes de Guillaume Pepy », le président de la SNCF, et à se méfier de ses doubles discours. « Il est très bon en face, mais ce n’est pas un industriel. C’est un communicant, un manager charismatique. Le vrai politique, c’est lui! », glisse Pierre Cardo, au détour d’une conversation. À l’adresse de son successeur, le message est clair: s’il veut obtenir des choses, le relationnel et l’entêtement seront les deux leviers indispensables à activer. Sans oublier les qualités humaines pour favoriser la cohésion des équipes au sein même de l’Arafer. « Je pars du principe qu’on ne réussit jamais seul », a-t-il confié lors de sa dernière conférence de presse.
