Les services numériques des réseaux de transport étaient à l’honneur pour la Journée du transport public. Calcul d’itinéraire, info temps réel, wifi, etc. Les applis de transport se multiplient en France, mais l’hétérogénéité des niveaux de qualité et des systèmes freine leur utilisation. Un enjeu pourtant crucial face au risque de voir les Gafa s’accaparer le voyageur, et plus encore…
Connectez-vous! C’est le message lancé aux voyageurs à l’occasion de la 10e Journée du transport public. Elle s’est déroulée le 17 septembre dans les réseaux de transport qui participaient à cette opération de promotion du transport public.
Organisé par le GIE Objectif transport public, qui réunit le Gart (Groupement des autorités responsables de transport) et l’UTP (Union des transports publics et ferroviaires), cet événement a été placé sous le signe d’une meilleure présentation des outils numériques mis en place par les réseaux en France. « Nous souhaitons agiter les consciences et faire comprendre que les déplacements, ce sont les transports publics. Un message qui s’adresse plus particulièrement aux voyageurs occasionnels pour qu’ils testent et adoptent leur réseau de transport public à l’occasion de cette journée », a expliqué Jean-Luc Rigaut, président du GIE. Et pour attirer ce public, un nouveau sésame pourrait servir d’appât: « Le smartphone est un outil de lien devenu privilégié avec nos services, capable de faciliter la vie du voyageur et le report modal. ».
Selon le GIE, 95 % des réseaux proposent « des services liés aux nouvelles technologies »: un chiffre en trompe l’œil qui ne reflète pas la grande hétérogénéité des niveaux de service, de modernité et de qualité des équipements utilisés dans les réseaux, ni même leur niveau de disponibilité technique réelle qui est le gage d’une utilisation confiante et régulière par les voyageurs, réguliers ou occasionnels. « Nous devons encourager leur développement et mieux les coordonner, les outils numériques doivent absolument être développés pour faciliter le report modal, reconnaît Jean-Luc Rigaut, mais ce n’est pas encore suffisant pour faciliter le voyage de porte à porte multimodal ».
Pour Jean-Pierre Farandou, président de l’UTP et du groupe Keolis, la transformation est en cours. « Le numérique permet la personnalisation de l’usage des transports publics, et tout cela change nos métiers: un opérateur de transport public ne se limite plus à faire rouler des autobus ou des métros, il doit en complément être capable d’animer des services digitaux pour permettre un voyage plus fluide et personnalisé ». Et sur le terrain, le travail de création et de mise à jour des services numériques est donc en voie de réalisation, selon que « les grands groupes et les fédérations professionnelles lancent des outils numériques maison destinés à être packagés dans les offres pour les autorités organisatrices ».
Un point également mis en avant par Louis Nègre, président du Gart. « Nous sommes engagés dans le soutien au développement de nouveaux systèmes billettiques et d’information voyageurs, même si la normalisation n’est pas encore suffisante, et c’est pourquoi nous y travaillons activement ». Le Gart souhaite également se placer comme « force de proposition pour réunir les meilleures conditions qui aideront les AOM [autorités organisatrices de mobilité, ndlr] à faire émerger de nouvelles solutions flexibles et innovantes qui apporteront des outils plus simples et multiservices, comme la carte Korrigo Services en Bretagne. »
Car les enjeux de la transition numérique dans les transports publics sont nombreux. À commencer par celui, déjà là avant l’avènement de l’ère digitale, du report modal: apporter au public une information fiable sur les conditions de circulation tous modes de transport confondus lui permettra de faire le meilleur choix d’itinéraire et de moyen utilisé: voiture particulière, marche, vélo, bus ou métro, sans oublier bien entendu le déplacement combiné de différents modes.
Reste aux réseaux et exploitants à disposer de sources d’informations fiables et facilement communicables sur les supports d’information, ceux des particuliers comme les siens propres. C’est précisément dans ce créneau que se loge un autre enjeu de la transition numérique dans les transports. Un enjeu taille XXL comme le rappellent les responsables des organisations professionnelles, en soulignant leur unité sur le sujet des données. « Nous n’avons aucun problème sur l’open data dès lors que les données sont utilisées par des start-up locales pour apporter de nouveaux services, comme ce qui est prévu dans le cadre de la loi Macron », explique Jean-Pierre Farandou, « mais nous sommes plus circonspects sur ce qui est proposé dans la loi numérique Lemaire qui offre un accès aux codes sources en les rendant publics, cette disposition met en cause nos investissements en les rendant accessibles aux grands groupes technologiques mondiaux comme les Gafa [Google, Apple, Facebook et Amazon, ndlr], et plus encore avec le développement du big data, car qui sont les mieux placés pour exploiter ces gigantesques volumes de données sinon les Gafa? »
Une analyse partagée par Louis Nègre qui rappelle que « les autorités organisatrices de la mobilité sont à l’origine de ces données qui fournissent l’essentiel des services de mobilité connectée, et je considère dès lors que si celui qui maîtrise la plateforme, comme les Gafa, peut écrire les règles, celui qui créé les données, créé le jeu ». Autrement dit, les Gafa n’ont pas à imposer leurs règles concernant l’utilisation et l’exploitation des données de transport, notamment à des fins commerciales, mais pas uniquement. « Ces groupes mondiaux comme Google vont plus loin et ambitionnent de se positionner pour devenir patron des transports grâce à la collecte des données qu’ils proposent de faire gratuitement auprès des villes, comme c’est le cas à Columbus, aux États-Unis », avertit Jean-Pierre Farandou. En proposant des services wifi gratuits aux villes, et à partir cette utilisation du wifi par le public qui y connecte ses appareils mobiles, Google est en mesure de récolter de multiples données et d’en déduire des tendances de flux de circulation géolocalisés, de durée de parcours, de comportement des utilisateurs en fonction des commerces ou des infrastructures municipales, etc. De quoi menacer le rôle des opérateurs de transport en tant que conseil, mais aussi celui des AOM en tant qu’analystes et organisatrices de leurs propres services de transport. « Le couple AOM et opérateur est en danger face à ces initiatives et il doit se protéger au nom même de la démocratie », argumente Jean-Pierre Farandou, avant d’être rejoint par Louis Nègre qui parle « de problème de gouvernance politique ».
Pour les professionnels et les élus, encourager l’utilisation des applis de leurs réseaux de transport recouvre un enjeu bien plus vaste que le report modal. Il vise à maintenir les acteurs actuels comme référents numériques du grand public dans le domaine des transports, alors que les applis et les services de grands groupes numériques comme les Gafa, aux allures de chevaux de Troie, se multiplient dans les usages et les smartphones des voyageurs. Un combat politique et numérique qui ne pourra être gagné qu’en trouvant des soutiens dans le monde politique, au-delà du seul cercle des responsables des fédérations et groupes de transport. Seul problème: tous les secteurs économiques sont concernés, et personne n’a encore trouvé de réponses adaptées aux révolutions numériques en cours.
Comme chaque année, la Journée du transport public est aussi l’occasion pour ses organisateurs de remettre des prix: les Challenges de la Journée du transport public. Pour l’édition 2016, une quatrième catégorie, Voyageur connecté, est venue s’ajouter aux trois autres déjà présentes: Information sur le réseau, Services aux voyageurs et Changement de comportement.
Pour chacune d’elles, deux prix sont décernés: le premier vise à récompenser les « meilleurs outils, actions et campagnes de communication », le second cible les « meilleures initiatives de transport ».
Autre nouveauté pour cette édition, tous les réseaux de transport peuvent participer, et non plus seulement ceux ayant organisé une manifestation à l’occasion de la Journée du transport public. En pratique, le dossier de candidature est à télécharger sur le site:
www.journeedutransportpublic.fr.
Pour rappel, voici les lauréats de l’édition 2015, récompensés lors d’une cérémonie au salon des transports publics de Paris au mois de juin. Composé du ministère de l’Écologie, du Comité 21 pour le développement durable, de Cap’Com, de la Fnaut, du GIE Objectif transport public, du Gart et de l’UTP, le jury a désigné les trois lauréats de la communication, le Gart et l’UTP s’étant concentrés sur la sélection des meilleures initiatives de transport.
> Meilleure campagne de communication: le département du Maine-et-Loire et MOVEO, pour le « Ticket Découverte ».
> Meilleure initiative de transport: SMTC de l’agglomération clermontoise, pour l’opération « À la découverte des nouvelles stations C.vélo! »
> Meilleure campagne de communication: le département des Alpes-Maritimes pour la campagne « Bus Connect’06 ».
> Meilleure initiative de transport: la région Haute-Normandie pour le dispositif Atoumod.
> Meilleure campagne de communication: communauté d’agglomération du Beauvaisis pour la campagne « Les petits + pour bien vivre le bus ».
> Meilleure initiative de transport: la communauté du Pays d’Aix, pour l’opération « Les ambassadeurs de la mobilité ».
Installée dans les réseaux de Lyon et Montpellier, SmartMoov’ est une appli multimodale. Ce calculateur d’itinéraire apporte une information en temps réel et prédictive sur smartphone. Il intègre dans ses propositions plusieurs modes de transport, comme par exemple ceux de Montpellier Métropole, qu’ils soient collectifs (tramway, autobus) ou individuels (vélo, parking, voiture). De plus, des prévisions de trafic et de disponibilité sont ajoutées aux informations.
Plusieurs profils ont été réunis pour couvrir les pratiques multimodales des voyageurs du réseau: actifs et étudiants effectuant des trajets quotidiens (domicile/travail ou domicile/études) au sein et au-delà du territoire métropolitain, voyageurs occasionnels, personnes à mobilité réduite, etc. « L’application permet de choisir le moyen le plus adapté pour effectuer son trajet en fonction de ses priorités: plus rapide, plus proche, plus économique », expliquait Cityway (filiale de Transdev) lors du lancement de l’appli à l’automne 2015 à Montpellier.
Présentée début 2016, Scoop est l’offre numérique développée par la centrale d’achat du transport public (CATP) et le groupement Agir. Lancée pour la première fois par la TCAT (transports en commun de l’agglomération troyenne) de Troyes, l’appli reprend le schéma de conception habituelle de la centrale: un produit standardisé puis personnalisé.
Scoop est une offre à la carte, mutualisée et personnalisable d’information voyageur mobile reprenant les fonctionnalités d’une appli mobile type de transport en commun: versions iOS et Android, site web responsive adapté à une consultation depuis un mobile, informations horaires temps réel et prochains passages, fiches horaires, calcul d’itinéraires par adresse, arrêt ou position par géolocalisation, plan des arrêts et des services à partir de la géolocalisation, plans des réseaux et des lignes, fil info trafic, offre tarifaire, informations push en option, etc. Tout le développement du package produit standardisé a été confié au prestataire Airweb avant que l’appli mobile ne soit personnalisée, notamment dans le choix des services et de l’identité visuelle selon les souhaits de chaque réseau client de la solution, solution qui restera ensuite hébergée chez Airweb.
Ouverte, évolutive, adaptable selon les besoins, l’offre Scoop cherche à démocratiser les services mobiles auprès des réseaux de transport urbains ou interurbains de toutes dimensions, grâce à un tarif « inférieur de 50 à 70 % comparé aux prix habituels » des SSII (société de services en ingénierie informatique) spécialisées dans le transport ou généralistes. En option, le ticket virtuel mobile, développé par les réseaux STGA d’Angoulême et Vitalis de Poitiers avec le soutien d’Agir, peut également être déployé avec Scoop.
Après Troyes, Cahors et Saint-Brieuc dont les applis sont d’ores et déjà en activité, cinq autres réseaux ont adopté la solution mobile mutualisée pour une mise en ligne à la rentrée de septembre. D’autres fonctionnalités pourraient progressivement apparaître, comme un volet multimodal et non plus uniquement consacré au bus.
Présenté en septembre 2015 par Keolis, PlanBookTicket est la solution complète du groupe qui réunit sous une seule interface les trois étapes pour créer un trajet à partir de son smartphone. PlanBookTicket intègre trois applications existantes dans une seule appli mobile, qui sera commercialisée en marque blanche auprès des réseaux de transport français et internationaux.
Premier volet, l’appli Plan permet la recherche d’itinéraires sur tous les modes de transport, informe en temps réel sur les horaires de passage et alerte en cas de perturbations. Vient ensuite Book, c’est le module d’achat en ligne (web, mobile) de titres de transport et d’abonnement qui a été développé en partenariat avec Voyages-sncf.com. Enfin, l’application Ticket, dernier volet du tryptique. Ce module de validation de titres dématérialisés utilisera deux technologies sans contact fonctionnant à partir des smartphones. La première est celle des tags NFC, développée par le réseau CTS de Strasbourg et opérationnelle depuis deux ans sous le nom « U’GO ». Elle a été rachetée par Keolis pour être commercialisée à échelle industrielle. La seconde technologie est celle des codes à barres 2D, développée par l’anglais Masabi, déjà en place à Londres et Athènes, et qui présente l’avantage d’ouvrir la validation sans contact aux portables qui ne disposent pas de la fonction NFC. PlanBookTicket est utilisée dans plusieurs réseaux Keolis (Lille, Bordeaux, Brest, Amiens et Saint-Malo), mais Orléans et Montargis seront les premières à disposer de toutes les fonctionnalités, y compris le module Ticket.
