Un chéquier ne fait pas une politique industrielle. L’achat, directement par l’État, sans passer par la case SNCF, de 15 rames de TGV pour donner du travail aux ouvriers du site Alstom de Belfort résonne comme une aberration aux oreilles de tous ceux qui militent depuis des années pour que la France se dote enfin d’une stratégie industrielle digne de ce nom, et mette en œuvre une véritable politique de développement des transports.
De reculades en faux-semblants, on en arrive finalement aujourd’hui à cette situation ubuesque qui va voir rouler à petits pas le fleuron de notre technologie ferroviaire nationale sur des lignes qui n’en ont pas besoin.
Si l’objectif poursuivi par ce gouvernement – comme tant d’autres malheureusement – était de paraître proactif dans un dossier de cette ampleur, disons-le tout net, c’est raté! S’il s’agissait de récupérer quelques voix en prévision d’échéances électorales à venir, le processus s’avère quelque peu onéreux, puisque l’on parle d’une enveloppe de l’ordre de 500 M€ payés, plus tard, par le contribuable. Une vraie politique industrielle aurait consisté, en son temps, à bien mesurer l’impact des processus de recours aux appels d’offres européens dans certains domaines précis, à cesser de jouer les perdreaux de l’année lorsqu’il s’agit de dresser des barrières protectionnistes sur des secteurs stratégiques, à investir les sommes nécessaires dans l’ensemble du processus de recherche et développement français, à favoriser fiscalement – et selon des processus simples et compréhensibles de tous – les entreprises créatrices de véritables innovations. Il eut s’agi aussi de mettre en œuvre des politiques simples, claires et ambitieuses en matière de transport collectif, de transport de marchandise, de transition énergétique, de développement numérique, etc.
La liste des occasions perdues est si longue que Prévert lui-même aurait jeté l’éponge. Mais plutôt que de développer ce que l’on pourrait appeler une vision industrielle pour le pays, voilà donc que l’on colmate à la va-vite, au fil de l’apparition des fissures dans l’édifice déjà vacillant. Il est vrai que d’autres jeux autrement plus amusants occupent tout l’espace de pensée de nos édiles: l’organisation de primaires en tout genre et la future distribution des prix au grand bonneteau politique qui suivra.
