Après l’information voyageur et Scoop, la centrale s’attaque à la billettique dématérialisée. Un chantier de premier plan qui pourrait changer la donne dans le secteur…
Il s’agit d’un système ouvert et conçu pour faciliter la vente de titres de transports dématérialisés de manière indépendante, transparente et adaptable à chaque réseau », résume Marc Delayer, président de la CATP (centrale d’achat du transport public), devant une audience attentive et impatiente de connaître les détails du nouveau projet ambitieux de la centrale créée par Agir. Publiquement annoncé mi-septembre, le projet de billettique universelle de la CATP a été présenté aux parties prenantes avant l’été. À l’occasion des Journées Agir organisées à Troyes, il a suscité beaucoup d’intérêt et de curiosité de la part des adhérents.
Rappelons les grandes lignes de ce projet, aujourd’hui baptisé « ticket virtuel » et décliné de Scoop, l’appli d’information voyageur: il s’agit d’un système de billettique dématérialisée multiréseaux, servie par une appli clients permettant la vente unitaire et le contrôle de titres virtuels, gratuite pour les collectivités et les réseaux. Des fonctionnalités supplémentaires payantes sont proposées en option (boutique en ligne, géolocalisation, récupération des données dans un back-office, génération de titres au format QR Code, module d’info voyageur, etc.).
Plus que les fonctionnalités pratiques du système, c’est bien le modèle économique du projet, gratuit pour les fonctionnalités de base, payant pour des options plus élaborées, qui a suscité les questions des auditeurs.
Complémentaire des systèmes billettiques en place, le ticket virtuel représente « un pari et un risque que prend la CATP et qui mise sur la volonté des réseaux de vendre davantage de titres et de proposer de nouveaux services à leurs voyageurs, et ce, gratuitement », a expliqué Marc Delayer lors de la présentation. « Les seuls coûts sont les frais bancaires liés à l’achat des titres par les clients », précise Julie Brunier, directrice du développement de la CATP, « ensuite, les recettes sont directement versées au réseau, sans frais ou chambre de compensation, et peuvent être suivies au jour le jour sur un portail ».
Soutenu par la Fnaut et le Gart, le projet réunit deux partenaires techniques déjà connus de la CATP, Airweb (appli, webservices, design) et Ubi Transports (billettique, back-office) et assume tranquillement son ambition: « nous visons une utilisation universelle de notre système en France mais aussi à l’international, des contacts intéressants ont déjà été pris », déclare Marc Delayer. En France, une première expérimentation est annoncée en Ile-de-France avec le Stif. Une ambition crédible, qui s’appuie d’une part sur l’expérience réussie des développements précédents de la CATP avec Airweb et Ubi Transports, et d’autre part sur une conception ingénieuse et fonctionnelle pour le ticket virtuel. Solide techniquement, le projet a toutes les chances d’aboutir. Mais les réseaux parviendront-ils à dépasser leur conception ancienne de projets technologiques, forcément coûteux, complexes et basés sur des systèmes fermés? Le principal chantier de la CATP et de ses partenaires pourrait être politico-culturel plutôt que technico-économique.
