Le plan 1 000 bus de la campagne électorale de la présidente de l’Ile-de-France s’est concrétisé le mois dernier par le Grand Paris des bus. De Paris intra-muros à la grande banlieue en passant par la petite couronne, toute la région capitale est concernée. Une vaste consultation générale sur Internet est en cours.
La révolution des transports annoncée par Valérie Pécresse durant sa campagne électorale pour la région Ile-de-France se met en marche. C’est ainsi que le plan 1 000 bus, au programme de la candidate LR devenue présidente, s’est transformé en Grand Paris des bus au dernier conseil du Stif. Les 12 millions de Franciliens, qui sont actuellement invités à exprimer leurs avis et leurs attentes dans le cadre de consultations publiques, devraient en voir les premiers effets dès 2017, après que le conseil du Stif, qui doit se réunir le 6 décembre, aura arbitré sur les grandes orientations et le financement.
Présenté comme un « projet d’une ampleur inédite », le Grand Paris des bus a un double objectif: remettre au goût du jour le réseau de bus parisien – qui n’a pas connu d’évolution significative depuis… 70 ans! – et poursuivre le rééquilibrage de l’offre en faveur de la grande couronne. Outre des bus supplémentaires, la présidente du Stif veut augmenter les fréquences de passage, créer de nouvelles lignes, adapter les lignes existantes, remettre à plat l’offre de transport à la demande. Elle mise aussi sur la qualité de service. « 100 % des bus seront équipés de vidéo-protection d’ici fin 2017, et il faudra que l’on travaille sur le wifi comme on le fait déjà sur le réseau ferré ».
Si le détail du projet ne sera dévoilé que début 2017, ses grands principes sont déjà connus. Quatre territoires de banlieue ont été identifiés comme prioritaires. Il s’agit de Chelles, Versailles, Poissy et Étampes. Dans ces zones cibles comme ailleurs, l’idée de Valérie Pécresse est de faire du rabattement sur les gares et sur des lignes de bus express. Sans attendre le plan bus, le Stif a déjà renouvelé le contrat de deux lignes: l’A14 Express entre Mantes-la-Jolie et La Défense et la ligne entre Torcy et Créteil. En outre, deux projets de nouvelles lignes de bus, les T Zen 4 entre Viry et Corbeil-Essonnes et T Zen 5 entre Paris et Choisy-le-Roi, ont déjà été validés à l’issue d’enquêtes publiques. Leur mise en service est prévue en 2019.
Pour inciter les habitants à prendre le bus (actuellement seuls 29 % l’utilisent), la présidente de l’Ile-de-France souhaite également développer des voies réservées aux bus sur les routes, et même, en période de pointe, faire circuler des bus express sur la bande d’arrêt d’urgence des autoroutes. Cela concernera certains tronçons des A1, A6, A10, A3 et de l’A13 entre Mantes-la-Jolie et Poissy. « Le travail de régénération du réseau ferré va nous prendre des années et des années. Par exemple, l’ouverture du RER E Éole entre La Défense et Mantes-la-Jolie n’est pas prévue avant 2024. En attendant, nous avons besoin de solutions alternatives rapidement opérationnelles et fiables pour fluidifier la circulation. Le bus, c’est souple, ce n’est pas cher, ça utilise une infrastructure existante et c’est facile à mettre en œuvre! », a déclaré Valérie Pécresse le 5 octobre au Congrès de la FNTV.
S’il est critiqué par les élus Front de gauche qui dénoncent un « Grand Paris des bus fantômes » et regrettent l’absence de financements supplémentaires, le plan Pécresse a plutôt bonne presse du côté de la mairie de Paris: « Cela va être un big bang pour le bus à Paris », assure Christophe Najdovski, adjoint au transport. Les usagers s’en félicitent également. « Cela fait plusieurs années qu’on le demandait. La mairie, le Stif et la RATP se sont enfin mis d’accord », se réjouit Jean Macheras, délégué parisien de l’Association des usagers de transport.
Le succès de la consultation publique en ligne sur le site internet grand-paris-des-bus.fr, laquelle a déjà recueilli plus d’un millier de témoignages, montre l’attachement des Parisiens à leur réseau de bus. Il révèle aussi leurs inquiétudes et leurs souhaits quant à la configuration du nouveau réseau (voir les témoignages page suivante). Sur Internet, le Stif rassure ses clients. « Il s’agit d’une évolution d’ampleur, mais pas d’une révolution. Ainsi, une trentaine de lignes parisiennes (soit la moitié du réseau) serait concernée par des réorganisations, le reste des itinéraires demeurant identique ».
Parmi les optimisations envisagées figurent des suppressions ou des ajouts d’arrêts, des fusions, des raccourcissements ou des allongements de ligne. Deux principes sous-tendent ces ajustements: l’adaptation aux mouvements de la population parisienne qui a tendance à migrer du centre-ville vers les arrondissements périphériques ou les communes de la proche banlieue, et la coordination des réseaux de transport en commun actuels et futurs (métro, RER et Grand Paris Express), grâce à des arrêts qui assurent des correspondances. L’exemple de la ligne 76, qui assure actuellement la liaison entre Louvre-Rivoli et Bagnolet, mais qui pourrait, dans un avenir proche, relier Châtelet à l’hôpital de Montreuil, une des futures stations de la ligne 11 du Grand Paris Express, illustre bien la façon dont travaillent les différents acteurs pour construire le réseau de bus parisien du xxie siècle.
Valérie Pécresse a l’intention d’inscrire son action dans la transition énergétique entamée par le Stif en décembre 2013 et dans le plan Bus de la RATP qui prévoit, d’ici 2025, de passer 80 % de ses 4 500 bus circulant dans Paris et en petite couronne en électrique, 20 % en biogaz. La nouvelle présidente de l’Ile-de-France réfléchit aussi à des « bus décarbonés » pour la banlieue, mais s’oppose au monochoix technologique. « Je ne suis pas pour le tout électrique. Sur la grande distance, l’hybride rechargeable est une solution plus fiable. On a également un plan de méthanisation qui va se déployer. Il y a un vrai potentiel dans ce domaine en Ile-de-France ». La sortie totale et définitive du diesel dans la flotte de bus francilienne n’est toutefois pas pour demain, car selon le Stif, elle se heurte encore à des questions de coûts.
6 décembre: conseil du Stif. Délibération des élus du Stif sur le Grand Paris des bus.
Janvier 2017: bilan de la concertation « Un nouveau réseau pour Paris ».
2017-2018: préparation de la mise en service. Réalisation des travaux de voirie nécessaires aux évolutions des lignes par la ville de Paris. Préparation par la RATP de l’exploitation du nouveau réseau: études de dimensionnement de l’offre, réalisation des grilles horaires, adaptation de la signalétique en gare routière, à bord des bus et depuis les autres modes de transport, adaptation des espaces de terminus pour les voyageurs et l’exploitation, fiabilisation des solutions de remisage, acquisition des véhicules nécessaires, formation des agents, adaptation de la régulation des lignes, communication envers les voyageurs.
Septembre 2018: mise en service à Paris.
