En remettant en cause le passe Navigo à tarif unique pour son incapacité à financer les transports d’Île-de-France et les investissements pharaoniques de la rénovation et de l’agrandissement du réseau des transports franciliens, le Stif a replacé au cœur du débat l’exigence commerciale, mais aussi son niveau de service et, peut-être même, son monopole.
C’est à un débat aux conclusions prédéterminées, mais aux incidences imprévues que, le 7 mars, la présidente de la Région Île-de-France et du Stif Valérie Pécresse a convié sept personnalités du transport urbain de voyageurs et quatre experts économiques au Centre Paris Victoire, à Paris. Autour de la présidente et de son vice-président Stéphane Beaudet se trouvaient ainsi réunis Yves Ramette, ancien directeur régional SNCF Réseau, Jean-Paul Bailly, ancien PDG de La Poste et de la RATP, Yasmine Camara, présidente de la commission économique et tarifaire du Stif, Marc Pélissier, président de l’Association des usagers du transport Île-de-France, Didier Kling, président de la CCI Paris–Île-de-France, Yves Crozet, professeur à l’université de Lyon, Jacques Mellon, du cabinet d’études 2b2p, un représentant du cabinet Ernst & Young et Olivier Nallin, ingénieur informatique du Stif. Objectif de cette table ronde: entériner la suppression du passe Navigo à tarif unique pour le remplacer par une tarification des usagers plus élevée afin qu’elle finance l’activité transport du Stif, mais également contribue à rembourser les investissements du Grand Paris des Bus, du Grand Paris Express et du renouvellement des trains et des tramways parisiens.
Il suffit de quelques arguments pour que l’affaire soit entendue. Tandis que Valérie Pécresse mettait en avant la perte annuelle de 150 millions d’euros que le tarif unique à 70 euros faisait supporter au Stif pour n’avoir pas attiré suffisamment de voyageurs, Yves Ramette rappelait que tout renouvellement de matériel avait un coût et Yves Crozet faisait remarquer que l’équivalent londonien du Navigo s’élevait à 415 euros par mois pour un nombre équivalent d’habitants. Didier Kling, affirmant que les entreprises ne pourraient payer davantage, tant en versement transport qu’en remboursement de transport aux salariés, il était donc admis que les usagers paieraient davantage, eux qui ne financent jusqu’à présent que 28 % du billet. Président du l’AUT, Marc Pélissier rompait le charme en remarquant que les voyageurs ne se plaindraient pas d’une augmentation s’ils en avaient pour leur argent. Or, avec un taux de qualité de service plafonnant à 85 %, les transports publics franciliens sont loin de susciter la satisfaction espérée.
Le Stif brandissait alors deux promesses: la première serait d’obtenir l’abaissement de TVA à 5,5 % sur le prix du billet de transport et la seconde de digitaliser le passe Navigo pour développer, dès 2019, le post-paiement et le paiement à l’usage (Pay as You Go). Les usagers paieraient, mais apparemment moins cher. Apparemment car, amputée de près de 15 %, la participation publique pourrait bien s’amoindrir en même temps que les entreprises pourraient ne plus s’impliquer dans le remboursement de transports dont le montant varierait chaque mois et ne serait connu qu’après-coup. Dans cette hypothèse, l’usager reviendrait non seulement à l’utilisation de la voiture, mais il deviendrait aussi une cible de choix pour les autocaristes périurbains privés capables de créer des lignes régulières entre les grands centres urbains franciliens. Et quand on voit l’impact des cars Macron sur le trafic ferroviaire, on ne peut que douter que le réseau francilien trouverait encore assez de voyageurs pour s’autofinancer. Ironie du sort, le Stif aurait alors perdu sa clientèle pour avoir surestimé le prix de sa prestation. Le grand rêve de transport en commun francilien de Valérie Pécresse tournerait alors au cauchemar financier. Sombre perspective que la Région ferait bien de ne pas ignorer.
