C’est au nord de la ligne A que se situe le centre névralgique d’exploitation du réseau Fil Bleu. Et que sont entretenues les rames du tramway.
Chaque nuit, les 21 rames du tramway de l’agglomération tourangelle se retrouvent ici, au nord-est de Tours, dans un centre de remisage et de maintenance pouvant accueillir jusqu’à… 45 rames. À la ligne A du tramway s’ajoutera donc un jour la ligne B. C’était prévu dès le début du projet et c’est désormais validé, mais le tracé prévisionnel ne sera néanmoins dévoilé qu’à l’approche de l’été prochain. Et de là à voir rouler cette future ligne B, entre concertations, ajustements et travaux, il faudra sans doute attendre 2023.
Le centre de remisage et de maintenance intègre le cœur du système d’exploitation du réseau Fil Bleu Bus + Tram. Il accueille donc le PCC (poste de commandement centralisé) qui permet le suivi et la régulation de l’ensemble du réseau de transports en commun via des informations en temps réel, relayées sur un impressionnant mur d’images. Plusieurs personnes opèrent dans cette salle dédiée aux commandes du réseau, dont une spécifiquement pour les bus et l’autre pour le tramway. Tout se décide devant les moniteurs, les deux régulateurs Bus et Tram étant en contact radio direct avec les différents conducteurs. Au total, 14 régulateurs sont amenés à travailler ici quotidiennement entre 4 h 15 et 1 h 30 pour faire en sorte que les horaires soient respectés, qu’il s’agisse du tramway bien sûr, mais aussi des bus qui sillonnent l’agglomération au travers de 28 lignes distinctes. Le mur d’images (de 12 m2!), qu’ont sous leurs yeux les régulateurs, est relié à près de 140 caméras. Rien n’échappe aux « aiguilleurs » Fil Bleu. C’est également de cette salle que sont envoyées, en temps réel, toutes les informations utiles destinées aux voyageurs tourangeaux. Ce service est assuré du lundi au vendredi de 6 à 20 heures, et le samedi de 10 à 20 heures.
Ouvert dès 2012 pour préparer l’arrivée des rames sur le réseau un an plus tard, le centre de maintenance de 90 400 m2, dont 60 500 m2 couverts, est un bâtiment voulu vertueux sur le plan du développement durable. Pour exemple, sur son toit ont été posés 1 500 m2 de panneaux photovoltaïques (l’électricité produite n’est pas utilisée, mais revendue à ERDF), tandis que les locaux administratifs répondent aux normes des bâtiments basse consommation (BBC) avec un système de chauffage par géothermie (une cinquantaine de poteaux maintiennent le bâtiment à 13 °C en permanence), une ventilation naturelle et une gestion d’éclairage modulé selon les besoins de chaque local. De plus, les eaux de lavage des rames du tramway sont retraitées à 70 % et une partie provient directement des eaux de pluie.
En matière d’interventions techniques et mécaniques, dans ce bâtiment, tout est possible. On y trouve notamment l’équivalent d’une rame complète, disponible en pièces détachées. Le travail de contrôle est permanent, aucune rame ne devant sortir du dépôt avec un siège lacéré, un équipement qui ne fonctionne pas ou tout autre dégradation. Un tag repéré sur la carrosserie? Si le nettoyage ne suffit pas, c’est la partie du pelliculage concerné, recouvrant la rame, qu’il faut changer. Pour chaque rame, la maintenance impose un reprofilage des roues tous les 20 000 km (l’équivalent de quatre mois d’utilisation), ou encore une révision intégrale tous les 25 000 km (cinq mois). Globalement, poste de commande centralisé compris, c’est une cinquantaine de personnes qui œuvrent sur ce site. Ils font partie des 700 salariés (dont 490 chauffeurs de bus et/ou tram) rattachés à Fil Bleu, sous contrat privé avec Keolis, la société en charge d’exploiter le réseau (par DSP) pour l’agglomération de Tours, désormais élue Métropole.
Rame type Citadis 402 à plancher bas intégral, fabriquée par Alstom
21 rames pouvant accueillir jusqu’à 291 personnes sont utilisées sur le réseau
Chaque rame mesure 43,7 m de long par 2,40 m de large et est composée de 7 modules
La vitesse moyenne du tramway est de 18,5 km/h
L’alimentation par le sol (APS) est réservée à la partie hyper-centre (sur 1,8 km entre la place Choiseul et la gare TGV de Tours), et c’est une des spécificités de ce tramway: sur cette partie, un troisième rail central encastré dans le sol fournit l’électricité à la rame. Pour le reste de la ligne, l’alimentation électrique s’effectue par caténaires.
Bus & Car/Connexion: Qu’est-ce que votre société a apporté à Fil Bleu dans l’exploitation du tramway?
Antoine Fins: Keolis a notamment apporté son expérience en matière d’exploitation de ligne de tramway pour la mise en œuvre opérationnelle et l’organisation des moyens, notamment sur les aspects de sécurité. Le partage de bonnes pratiques et le benchmark avec d’autres réseaux du groupe ont permis de gagner un temps précieux dans la recherche de l’efficience des moyens. Cela a par exemple amélioré les modes opératoires en matière de conduite et de réglages pour approcher la vitesse commerciale prévue. Nous nous appuyons sur des expériences réussies en regard d’autres réseaux comparables comme ceux d’Angers, Orléans ou Le Mans. En France, toutes activités confondues, le groupe Keolis est composé d’environ 150 filiales, dont une vingtaine sur de grands réseaux comme Lyon, Bordeaux, Lille, Rennes, Dijon…Nous avons donc une expertise forte en matière d’exploitation de modes lourds tels que le tramway.
BCC: L’appel d’offres pour renouveler votre DSP avec Tours Métropole s’ouvrira avant l’été, redoutez-vous la concurrence?
A. F.: Dans un appel d’offres, la concurrence fait partie du jeu. Tout cela est logique, et elle est souvent synonyme d’évolutions et d’améliorations pour le client. Le réseau Fil Bleu est un réseau attractif, avec des projets. Tours devient métropole et a l’ambition d’en avoir le rayonnement dans ses transports. L’idée de créer une deuxième ligne de tramway est séduisante, car la première ligne connaît un véritable succès commercial et opérationnel avec un taux de fréquentation supérieur aux objectifs.
BCC: Une grande polyvalence des métiers existe chez Keolis Tours pour environ 28 % de vos salariés. Quels sont les bénéfices pour le réseau FIl Bleu?
A. F.: Globalement, 200 personnes sont ici en polyvalence. À Tours, cette démarche vient d’assez loin. Depuis longtemps, nous avons des conducteurs qui partagent leur temps de travail entre des missions de conduite et d’autres de vérifications de titres. Si ce n’est pas toujours simple à mettre en place, c’est vertueux. En matière de lutte contre la fraude, pour exemple, on a ainsi pu atteindre un niveau de fraude inférieur à 5 %, soit 2 points de moins qu’il y a deux ans. Nous sommes parmi les réseaux les plus performants en la matière. Aujourd’hui, ce sont plus de 95 % des voyageurs qui valident leur billet. Une des raisons de ce succès c’est que l’ensemble des conducteurs est incité à être attentif sur ce sujet, car une partie d’entre eux joue aussi bien un rôle de conducteur que de vérificateur.
