À l’image de l’extension de la desserte de l’aéroport Lyon-Saint Exupéry assurée sous franchise Ouibus depuis le 31 mars, le groupe familial Faure relève chaque année de nouveaux défis. Une culture du risque engagée depuis cent soixante-neuf ans avec succès!
Raymond Faure, désormais âgé de 89 ans, n’est jamais bien loin. Depuis soixante et onze ans, et toujours président du conseil de surveillance de la holding familiale (G.RAY.FF), il veille à la bonne marche de l’entreprise iséroise créée par son arrière-grand-père en 1848. Et c’est d’ailleurs lui qui, le 14 mars dernier, a présenté à la presse la toute nouvelle desserte de Lyon-Saint Exupéry assurée à 70 % sous franchise Ouibus par le groupe Faure dès le 31 mars. Et ce très charismatique dirigeant d’expliquer: « En 1960, quand l’aéroport de Lyon a été transféré de Bron à Satolas, j’étais là. En 1981, suite au rachat des Cars Ricou, alors que mes collègues criaient au fou, j’ai créé la toute première desserte aéroportuaire depuis Grenoble avec deux allers et retours au départ. Les cars ont été vite remplis. Nous avons renforcé la ligne pour atteindre 46 trajets par jour et plus de 330 000 passagers transportés en 2016. Après trente-neuf ans d’activité, une nouvelle page d’histoire se tourne avec désormais six lignes de desserte régulières depuis Grenoble, Aix-les-Bains, Voiron, Valence, Saint-Étienne et Mâcon ».
Ces six lignes Ouibus opérées par le groupe Faure permettent de relier aujourd’hui douze villes d’Auvergne-Rhône Alpes à l’aéroport de Lyon. « À cela s’ajoutent deux lignes sous contrat de franchise Starshipper pour un total, au final, de dix-huit villes desservies dans la région », détaille Roland de Barbentane, directeur général de Ouibus. Si Faure a signé ainsi le troisième contrat de franchise Ouibus, après ceux engagés d’abord avec Starshipper puis avec Verbus, l’entreprise iséroise peut se targuer aujourd’hui de participer à la mise en place du premier véritable maillage aéroportuaire de Ouibus (lire encadré page 17). D’autres aéroports pourraient être tentés par une telle offre de mobilité très dense à l’échelle de leur territoire. « Nous avons des contacts », souffle le directeur général de Ouibus, qui escompte devenir « le leader français de la desserte aéroportuaire ». Mais il n’en dira pas plus, préférant insister sur le solide partenariat liant l’enseigne au groupe de Raymond Faure. « Nous travaillons avec ce fleuron rhônalpin du transport de passagers depuis le lancement de Ouibus », rappelle Roland de Barbentane. Le groupe Faure avait en effet signé avec cette filiale de la SNCF un contrat de sous-traitance le 1er juillet 2015 pour assurer d’autres lignes, comme Paris-Lyon-Grenoble, Paris-Lyon-Marseille-Nice ou Lyon-Genève. Avec ce deuxième contrat – de franchise cette fois – signé le 2 mars 2017 à Vitry, l’entreprise familiale montre une fois encore qu’elle sait prendre des risques. Elle a en effet déjà recruté 17 nouveaux chauffeurs et devrait doubler son parc d’autocars dédié à cette desserte aéroportuaire en achetant une petite dizaine de véhicules, des Euro 6 tout confort. Montant de l’investissement? Raymond Faure refuse de répondre mais avance, fidèle à la devise d’Antoine de Saint-Exupéry: « Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir mais de le rendre possible. »
C’est d’ailleurs cet état d’esprit qu’il insuffle dans l’entreprise depuis maintenant soixante et onze ans. Il a fait de la prise de risque sa marque de fabrique. Et sa marche en avant est phénoménale. Pensez. Lorsqu’il reprend au sortir de la Seconde Guerre mondiale les rênes de cette petite entreprise de transport créée en 1848 par son arrière-grand-père Alexandre dans le nord-Isère, elle ne compte que dix véhicules. Vingt ans plus tard, le parc a été déjà multiplié par vingt. Devenu le troisième transporteur en France, il en totalise aujourd’hui cent fois plus!
Raymond Faure, chef d’entreprise tenace, indépendant et visionnaire, a certes transmis les manettes de l’entreprise depuis 2008 à ses descendants, mais son envie d’entreprendre reste et encourage ses proches à poursuivre le développement du groupe. Depuis le rachat des Cars Ricou en 1978, le groupe a multiplié les acquisitions. « Nous avons repris plus de trente sociétés », avance son gendre, Antoine Cataldo, directeur général du groupe Faure, convaincu que ce secteur très concurrentiel et réglementé ne laisse guère de place aux petites structures. Le tout dernier rachat, celui des Cars Garnier à la Côte-Saint-André date de juillet 2016. Cela porte aujourd’hui le nombre de ses filiales 100 % Faure à treize. Elles se situent en Auvergne Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Languedoc-Roussillon Midi Pyrénées et même en Île-de-France, où le groupe ouvre d’ailleurs un nouveau centre à Argenteuil cet été. « Celui des Autocars SLAB à Bezons, société que nous avons rachetée en 2008, est devenu trop exigu », explique Antoine Cataldo. À cela s’ajoutent quatre filiales partenaires: Finand Faure à Roussillon, Autocars Guignier à Champ-sur-Drac, Voyages Clunysois à Cluny, et VIP Limousine, société de transport haut de gamme créée à Megève en 2009 par l’un de ses anciens salariés. Mais l’entreprise toujours 100 % familiale a aussi très vite parié sur la diversification verticale en créant des entités de services qui travaillent pour les filiales transport du groupe. Dès 1975, elle fonde Fauronal pour l’entretien du parc d’autocars. Mais il y aura aussi, en 1985, Gelti pour l’informatique et les systèmes embarqués et le groupement d’employeurs CERA pour pallier les difficultés de recrutement de conducteurs. Puis cela sera Faurinvest en 2008 pour l’achat des véhicules et Géni Pluri, second groupement d’employeurs créé à l’initiative d’Antoine Cataldo. Pas étonnant qu’un tel déploiement oblige le groupe Faure à doubler la surface de son siège social en mars 2015!
Aujourd’hui encore l’essentiel de l’activité du groupe Faure reste le transport de voyageurs, et plus particulièrement les lignes interurbaines régulières et les services scolaires assurés pour plus d’une centaine de collectivités, de départements, d’agglomérations ou des villes comme Lyon, Bron, Saint-Priest, Grenoble… Fin 2015, sur les 83,2 millions d’euros de chiffre d’affaires générés par le transport de quelque 25 millions de passagers par an, le premier segment en totalisait 44 % et le second 28 %. « Nous continuons à assurer aussi un tout petit peu de transport de personnel d’usine », indique Antoine Cataldo. Cela représentait 4 % des 83,2 millions d’euros en 2015, le solde (24 %) étant généré par du transport sec pour les excursions, dont une partie pour la production touristique maison.
Car le groupe Faure s’est aussi naturellement tourné vers le tourisme. Dès 1980, Raymond Faure a créé, avec un salarié, une agence de voyages à Villefontaine chargée de vendre des voyages autocars clés en main. Une deuxième ouvre à Saint-Priest, puis une troisième à Grenoble. « Nous détenions alors 35 % des agences Tourisme et confort, mais nous avons fini par les acquérir totalement », indique le patriarche. Il saisit d’ailleurs rapidement d’autres opportunités: le rachat des agences Gonnet Voyages à Bellegarde, Belley et Aix-les-Bains, mais aussi de Nally Voyages à Lyon Gambetta, de Voyages Passion à Tournon et Romans…
Entre les rachats, les créations et quelques fermetures, comme Lyon Gambetta en 2015 et Tournon en 2017, la filiale Faure Tourisme totalise aujourd’hui douze agences de voyages en propre, en Isère (Grenoble, La Tour-du-Pin, Vienne, Villefontaine), mais aussi dans le Rhône (Saint-Priest, Lyon), l’Ain (Bellegarde-sur-Valserine, Belley), la Haute-Savoie (Annecy), la Savoie (Aix-les-Bains, Albertville) et la Drome (Portes-les-Valence). Toutes sont sous franchise Havas depuis 2009. « Nous sommes également partenaires des agences lyonnaises OL Voyages et Skimania », ajoute Antoine Cataldo. Transporteur officiel de l’Olympic lyonnais depuis trente ans, le groupe Faure est en effet naturellement entré dans le capital de l’agence de voyages de l’OL. Transporteur d’une quarantaine de clubs sportifs, la société Faure a été aussi tout naturellement l’un des membres fondateurs de Skimania, opérateur qui propose des journées et week-ends ski avec transport. Aujourd’hui 40 personnes travaillent dans la filiale Faure Tourisme du groupe, qui propose chaque année sa propre production de voyages. En 2017, sa brochure, tirée à 30 000 exemplaires, décline 142 offres de voyages, dont une partie toujours en autocar. « Faure Tourisme veut se positionner comme un vrai producteur de voyages autocars, notre cœur de métier » souligne Renée Gadoud, adjointe à la direction générale. Et, grande satisfaction, c’est d’ailleurs cette production Autocars Faure que le groupe Voyamar Marietton reprend et diffuse dans tout le réseau Havas! « Et l’accord passé avec Ouibus ouvre aussi des perspectives pour les agences de voyages Faure Tourisme, avec des ouvertures de lignes sur Lyon-Saint Exupéry », se félicite la responsable.
Décidément, le groupe Faure trace toujours son chemin sans peur des virages! En 2015, il s’engouffrait dans le marché des lignes longue distance ouvert par la loi Macron. En 2017, il joue la carte du maillage aéroportuaire. Sans jamais renoncer ni a son indépendance ni à sa forte culture d’entreprise. D’ailleurs, aujourd’hui encore, tous les salariés sont tenus de passer leur permis bus et assurent même des services de transport à minima matin et soir!
• 118,8 M€ de chiffres d’affaires au 31/12/2015, dont 83,2 M€ en transport.
• 25 millions de passagers par an.
• 13 filiales et 25 sites.
• 1 113 véhicules dont 887 de transport en commun.
• 12 agences de voyages sous franchise Havas.
• 3 000 voyageurs individuels partis avec la production maison.
• 1 137 salariés dont 796 chauffeurs.
1848: création de la maison Faure et Cie, « société de déménagement et de voitures à volonté » dans la Vienne par Alexandre Faure, ancien postillon pour la Malle des Indes. Il ouvrira la première ligne régulière de voyageurs (en diligence) entre Chaponnais et Lyon-Genève.
1888: Auguste, le fils d’Alexandre, s’installe à Valencin, d’où il fait partir la ligne créée par son père. Il fera l’acquisition du premier véhicule à moteur des Cars Faure en 1919, un Baron Vialle. Il ouvrira de nombreuses lignes en correspondances avec le Paris-Lyon-Marseille et organisera les premières sorties au ski.
1936: Antonin, troisième génération, fonde la première SARL Entreprise Faure avec 12 véhicules à moteur, le garage de Valencin et le café Chez Tonin.
1950: Raymond et Robert, les fils d’Antonin, créent une seconde SARL Entreprise Faure, qu’ils fusionneront en 1955 avec la SARL paternelle. Ils bénéficient d’un coup de pouce déterminant, celui du carrossier Joseph Besset qui leur remet deux Isoblocs neufs construits à Annonay en leur permettant de les régler une fois les recettes encaissées!
1971: création du GIE Intercars avec des collègues transporteurs de toute la France.
1978: rachat des Cars Ricou qui exploitaient la ligne Grenoble-Lyon par la route nationale.
1980: création de la première agence de voyages à Villefontaine.
1981: création de la première ligne directe sur l’aéroport alors appelé Lyon-Satolas.
1992: Raymond Faure, 64 ans, rachète les 50 % du capital du groupe construit avec son frère qui, à 67 ans, décide de partir à la retraite.
1998: Raymond Faure prend sa « retraite » de PDG de la holding G.RAY.FF et devient président du conseil de surveillance de la SA; ses filles, Rachel et Régine, sont nommées présidentes du directoire du groupe. Dans les faits, Raymond Faure reste sur le pont 365 jours/an.
2008: implantation en Île-de-France grâce au rachat des Autocars SLAB (95) et création de la société Resat en Languedoc-Roussillon.
2009: les trois petits-fils de Raymond Faure – Richard, Guillaume et Raymond – sont désormais tous les trois aussi dans l’entreprise.
2015: création de Faure-Express pour exploiter les lignes longue distance Ouibus en Irizar de 57 places à triples essieux.
2016: le groupe Faure fête les 168 ans de l’entreprise familiale et les soixante et onze ans d’activité de Raymond Faure et édite, pour l’occasion, avec le concours des dessinateurs Michel Janvier et Michel Rodrigue, une BD sur cette saga!
Cela n’est certes pas la première desserte aéroportuaire assurée par Ouibus. Des lignes ont déjà été mises en place vers les aéroports de Paris (CDG et Orly), Beauvais et Nice, et le seront à compter du 1er mai vers celui de Bâle-Mulhouse. « Mais, à Lyon, il s’agit de notre première offre de mobilité très dense à l’échelle d’un territoire », se félicite Roland de Barbentane, son directeur général. Avec déjà 9,8 millions de passagers accueillis en 2016, soit une croissance de 9,8 % en un an et une capacité d’accueil de 15 millions de voyageurs grâce au nouveau Terminal 1 mis en service cette année, Lyon-Saint Exupéry offre, il est vrai, un potentiel très attractif. « 1,6 million de passagers y viennent déjà en transport en commun, un nombre en constante augmentation depuis dix ans », précise Philippe Bernand, président du directoire des Aéroports de Lyon. À cela s’ajoute le potentiel de la gare TGV, avec un nombre de passagers lui aussi en forte augmentation (plus d’un million aujourd’hui). Depuis le 31 mars, le réseau de navettes aéroportuaires est passé de quatre lignes, dont deux régulières (Grenoble et Annecy/Aix-les-bains/Chambéry) et deux sur réservation (Voiron et Bourg-en-Bresse) à huit lignes toutes régulières: Grenoble, Aix-les-bains/Chambéry/Villefontaine, Voiron/Les Abrets/La Tour-du-Pin/Bourgoin-Jallieu, Macon/Bourg-en-Bresse, Saint-Étienne/Givors, Valence/Chanas/Vienne, Chamonix/Annecy, Clermont-Ferrand. Les six premières sont opérées sous franchise par le groupe Faure, les deux autres sous franchise avec Starshipper (par Bertholet/Borini pour la cinquième et les Courriers Rhodaniens pour la sixième). Avec un total de 475 allers et retours hebdomadaires programmés, le réseau gagne en régularité et en nombre de villes desservies (18) avec une à neuf rotations par jour (et même vingt-trois allers-retours pour Grenoble). Enfin, le groupe Faure assure toujours 70 % de toutes ces rotations. « Comme dans tous les bus Ouibus, les passagers voyagent dans des autocars neufs, dotés de toilettes, de prises électriques et de Wi-Fi gratuit, et ce à partir de 15 € le billet. Nos process s’inspirent de l’aérien et aujourd’hui 90 % de nos ventes se font sur Internet, 80 % sur notre site et 10 % via les comparateurs », détaille le DG de Ouibus. Au-delà de cette montée en puissance autour de Lyon-Saint Exupéry, l’opérateur annonce 21 nouvelles destinations à travers la France et l’Europe ce printemps, ce qui porte son nombre total à 140. Pour mémoire, 3 millions de personnes ont voyagé avec Ouibus en 2016.
Le groupe Faure a fait de la préservation de l’environnement un axe fort de progrès. « Nous avons mis en œuvre un plan global et volontaire destiné à limiter notre impact sur l’environnement et à diminuer notre consommation des ressources naturelles », confirme Antoine Cataldo, le directeur général. Pour preuve, un système de récupération d’eaux de pluie et des stations de lavage à l’eau claire (sans additif) permettent désormais de laver quotidiennement les véhicules sans toucher à la nappe phréatique. « À titre d’exemple, les 2 000 m2 de la toiture du hangar du siège social récupèrent 1 000 000 litres d’eaux de pluie qui alimentent ce système avec une capacité de lavage en continu de plus de 2 000 véhicules. Ce système a été décliné sur tous les sites investis par l’entreprise depuis les années 2000 », détaille le gendre de Raymond Faure. Le groupe a également adopté une démarche « Garage propre » pour améliorer la gestion des déchets dangereux dans les activités de réparation mécanique et de carrosserie. Pour ce tri sélectif, elle fait appel à la société Veolia Propreté, qui reprend ses déchets sur tous les sites: filtres à huiles, batteries, aérosols, emballages souillés, benne DIB, solides imprégnés, ferrailles, boues de peinture… Les déchets sous forme boueuse sont traités par la société Delsol Environnement. Et une société a été créée, Faure Collecte d’huiles, pour s’occuper des huiles usagées et du liquide de refroidissement.
