Deuxième ville du Portugal après Lisbonne, Porto, la travailleuse et commerçante, s’est ouverte au tourisme ces dernières années. Une ville paisible et colorée, où le rythme se ralentit et où le temps s’est arrêté derrière les portes de son instructif musée du Tramway.
Au nord du Portugal, Porto, largement desservie par les principales compagnies aériennes à bas coût, attire de plus en plus les touristes français d’un week-end prolongé. Cette cité industrieuse et commerçante, marquée par le vin apéritif auquel elle a donné son nom, a bien plus que des caves à visiter. Les chais se situent sur la rive gauche du Douro (sur la commune de Vila Nova de Gaia), mais en traversant le fleuve par son célèbre pont d’acier Dom Luis, vous partez à la découverte d’une ville colorée, riche de ses vieux quartiers, agréable à parcourir à pied… ou en tramway.
Sur la rive droite du fleuve d’or, Porto a ainsi su préserver son centre historique et ses transports d’époque, avec encore trois lignes des plus pittoresques que l’on emprunte à bord de tramways entièrement restaurés des années 20, 30 et 40 qui circulent toutes les 30 minutes. On ne les prend pas pour gagner du temps, vraiment pas, mais plutôt pour le plaisir. Et à 3 euros le trajet unique (soit environ le double d’un ticket de tramway moderne en France), les locaux laissent bien volontiers ce transport « folklorique » aux touristes. Celui-ci privilégie d’ailleurs la desserte des principaux sites d’intérêt de la ville. À bord d’une rame d’antan, vous voilà donc comme dans un décor de film. Les banquettes tressées, l’habillage intérieur tout en bois et, pour les voyageurs debout, les poignées métalliques accrochées à des lanières de cuir font leur effet. Dans le sas d’entrée, le conducteur n’a pas de quoi s’asseoir. Il actionne sa poignée de commande, façon manivelle, à la mesure du trafic qui encombre parfois les voies. Les rails sont là depuis tellement longtemps, – 145 ans! –, que les usagers de la route prennent quelques libertés en arrêt minute. Il y a aussi les stops indispensables pour laisser passer le tram d’en face… qui circule sur la même voie. Et quand vous arrivez au terminus, le conducteur doit descendre pour inverser, à l’aide d’une corde, l’orientation du bras qui relie la rame au fil d’alimentation électrique aérien. Une autre époque, on vous dit. Et un autre rythme.
L’idée, c’est aussi et surtout d’embarquer à destination du musée du Tramway de Porto. Ce Museu do Carro Eléctrico est desservi par deux des trois lignes historiques. On le trouve à l’ouest de la ville, tout proche du centre, et évidemment au bord du Douro, en direction de l’embouchure du fleuve avec l’océan Atlantique. Ledit musée a été ouvert en 1992 (il fête donc ses 25 ans cette année), dans l’immense bâtiment de l’ancienne centrale thermoélectrique de Massarelos, achevée en 1915 et qui était dédiée à la production électrique pour les nombreux tramways de Porto. Ce lieu de mémoire propose de découvrir toute une collection de tramways et quelques autres véhicules ayant circulé dans la ville, de 1872 avec un tramway tracté par des chevaux, au début des années 50 avec le modèle n° 500 (de 1951 précisément), le plus récent du musée et le seul à disposer de places assises pour le conducteur et le poinçonneur, ou encore de portes automatiques.
L’exposition est unique et exceptionnelle. Sa visite s’effectue sur deux niveaux: à l’étage, l’ancienne salle des machines encore dotée de nombreux éléments; au rez-de-chaussée celle qui accueillait les générateurs à vapeur (jusqu’à 26 chaudières) a été entièrement vidée pour accueillir les anciens tramways désormais exposés de façon permanente au public. On y découvre 16 rames, 5 attelages et autres véhicules. On peut aussi y observer de nombreuses photographies d’époque, des plans et des dessins.
Le Museu do Carro Eléctrico de Porto s’est fixé comme mission de préserver et donner à voir au public l’histoire, le développement et l’impact socio-économique des transports urbains sur rails de la ville portuaire. Une histoire qui a donc débuté en 1872 avec le premier tramway, d’origine américaine et à traction animale, le carro americano du musée. C’est celui que l’on découvre en premier dans la grande salle d’exposition, mais notez aussi que ce modèle est apparu dès 1832 aux États-Unis. Il est le premier à circuler sur les rives du Douro et s’habille déjà de vert et blanc, les couleurs de la ville de Porto.
Le tramway électrique, lui, est lancé en 1895. Porto est alors la première ville portugaise à adopter ce mode de transport. Parmi les autres modèles visibles dans le musée, citons encore le tramway n° 100, apparu en 1910 et entièrement ouvert, car il véhiculait les passagers jusqu’à la plage. Le n° 288 s’en distingue nettement: il est le plus grand de tous (11,65 m de long, doté de 40 sièges et fabriqué en Belgique), et est également le plus élégant de la collection.
Mais d’autres originalités attirent l’attention du visiteur: l’atrelado de 1932, une sorte de remorque de tramway servant à déplacer les bourriches de poissons du port vers les commerces, sans incommoder les voyageurs à bord; le n° 49 qui servait à entretenir et réparer les lignes électriques; la plate-forme zorra n° 66, qui n’avait d’autres missions que d’acheminer le charbon vers la centrale thermoélectrique pour alimenter les chaudières, car six tonnes de charbon étaient brûlées chaque heure pour chauffer l’eau… L’eau en question était pluviale (elle devait être pure), récupérée dans un réservoir pouvant contenir jusqu’à 400 m3, tandis que l’eau de refroidissement du système était directement puisée dans le Douro.
Le réseau de tramway de Porto va connaître son apogée en 1958 avec, alors, 33 lignes en fonctionnement. Il perdra ensuite de son intensité, le réseau des bus devenant plus important sur Porto à partir de 1963.
La bascule est opérée. Une dizaine d’années plus tard environ, le tramway est même réduit à une toute petite poignée de lignes. Réduit mais pas supprimé, ce qui a permis de garder les rails dans le sol, comme en témoignent aujourd’hui les trois circuits historiques proposés. Dans le Museu do Carro Eléctrico on trouve aussi d’ailleurs un trolleybus datant de 1959, alimenté par son bras télescopique électrique (comme le tramway), mais doté d’un train roulant à pneumatiques classiques.
Le bus se dévoloppe à partir des années 60, puis le métro à partir de 2002. Ces quinze dernières années, celui-ci s’est développé, couvrant désormais la ville et ses banlieues proches (sur 67 km), avec six lignes fonctionnant de 6 heures à 1 heure du matin. Reste que c’est beaucoup moins que la soixantaine de lignes de bus qui sillonnent le Grand Porto afin d’assurer les voyages quotidiens d’environ 1,7 million d’habitants de cette métropole, dont plus de 230 000 sur Porto. Les transports publics et le musée du tramway sont gérés par la STCP (Sociedade de Transportes Colectivos do Porto).
Datant de la fin du 19e siècle, mais fermé pendant plus d’un siècle, le funiculaire « dos Guindais » de Porto a rouvert en 2004. Il relie le quartier de Bathala aux rives du Douro, sur un parcours de 280 m environ, avec un dénivelé supérieur à 60 m. Chacune de ses cabines peut accueillir jusqu’à 25 personnes.
Le téléphérique, quant à lui, a été mis en place en 2011. Il se situe du côté des caves de Porto et relie la ville de Gaia et le Jardin de Morro (où se trouve l’accès piéton du pont Dom Luis I, au-dessus du fleuve Douro) et le mirador du Couvent de Serra do Pilar. Il parcourt ainsi 600 m, sur un dénivelé à peine supérieur à 9 %. Le téléphérique de Porto, dont chaque cabine accueille 8 personnes assises, peut acheminer jusqu’à 900 personnes/heure, dans les deux sens.
Non seulement ils circulent dans la ville et sont exposés au musée, mais en plus, vous pouvez les louer et les privatiser! Le Museu do Carro Eléctrico de Porto dispose en effet d’une flotte de huit vieux tramways restaurés, le plus ancien étant de 1910 et le plus récent de 1942. Parfaits pour des voyages en groupe, ils peuvent accueillir, selon les modèles, de 23 à 28 personnes, ou de 32 à 40 personnes. Et selon les parcours (courts, moyens ou longs), ils se louent de 160 € pour le forfait de base, à 440 € pour le tramway le plus spacieux et le trajet le plus important (90 minutes environ). Une façon originale de rentabiliser le patrimoine conservé par la STCP, et d’envisager une visite inédite de Porto.
Dans la capitale portugaise, les vieux tramways des années 30 circulent aussi. Ils sont même les seuls à pouvoir traverser certains quartiers de la ville – Bairro Alto, Alfama et Graça –, où les rues étroites et escarpées ne pourraient pas être parcourues par un tramway moderne. Les petites rames jaunes baptisées Remodelo participent ainsi au charme pittoresque de la belle Lisboa.
