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Interview de Cédric Ghesquières, directeur général Ville et Environnement de la Communauté urbaine de Dunkerque

Bus&Car | Connexion: Pouvez-vous raconter la genèse de la gratuité des transports publics dans la Communauté Urbaine de Dunkerque (CUD)?

Cédric Ghesquières: La gratuité des transports était un marqueur politique de la campagne du président de la CUD et maire de Dunkerque, M. Patrice Vergriete, en 2014. Pour lui, la gratuité devait être un moyen de doubler la fréquentation des bus, qui est aujourd’hui d’environ 5 % sur notre territoire. Mais on prenait le risque de renforcer des écarts d’accès à la mobilité en mettant immédiatement la gratuité en place, car des zones sont mieux desservies que d’autres. On a donc couplé le sujet de la gratuité avec une refonte du réseau et des aménagements du territoire. C’est pourquoi la gratuité ne sera totale qu’en septembre 2018.

BCC: Concrètement, qu’avez-vous défini?

C. G.: Les élus étaient d’accord pour que la gratuité soit mise en place sur l’ensemble du territoire. Mais si on peut faire une gratuité sur tout le secteur, on ne pourra jamais proposer une qualité de service identique dans toutes les communes. Les moyens sont surtout renforcés en zone urbaine dense (bus à haut niveau de service, notamment, avec une fréquence de 10 minutes) et des bus gratuits sont ajoutés en périphérie. Le TAD (Transport À la Demande) reste payant. La gratuité se fait sans carte pour l’usager afin de faciliter son voyage au maximum. Un système optique est installé dans les bus pour mesurer les fréquentations.

Comme nous avions des craintes sur la montée des incivilités, nous avons instauré la gratuité les samedis et dimanches pour faire des tests, depuis septembre 2015. Nous constatons des effets sur la fréquentation (une augmentation de 29 % le samedi et de 78 % le dimanche). Les incivilités ont été divisées par deux, car plus de monde dans les bus amène à plus de contrôle social. À ce jour, nous ne constatons pas d’effet négatif, au contraire.

BCC: Comment financez-vous le système?

C. G.: Nous avons une réserve de VT qui permet de couvrir l’intégralité de la perte des recettes, autour de 5 millions sur 20 au total. Le VT était en effet passé de 1,05 % à 1,55 % il y a quelques années. Nous constatons cependant des effets connexes à la gratuité. Il n’y a pas que le coût de la perte des recettes et il nous faut trouver des astuces. Par exemple, nous n’avons plus d’exonération de la TVA sur les dépenses et nous devons payer des taxes sur les salaires en raison du changement de statut d’une régie intéressée à une concession de type affermage. Je n’ai pas les chiffres détaillés mais nous gagnons aussi sur le poste de l’agence commerciale, les contrôleurs et sur le contrôle des recettes. Nous avons cependant maintenu une présence dans les bus mais sans contrôle, et il y a toujours une fonction d’accueil en gare pour donner des conseils aux voyageurs.

BCC: Pensez-vous atteindre les 10 % de fréquentation escomptés?

C. G.: Aujourd’hui, le transport à Dunkerque, c’est le transport du pauvre. Ce sont les scolaires et les personnes âgées. Ceux qui ont le permis ou la possibilité de faire du covoiturage font moins de 1 % de leurs trajets en bus. Si on veut augmenter la fréquentation, la cible n’est pas les populations précaires mais les autres. Or, l’image du bus est une image qui s’entretient elle-même. Il faut la changer, d’où la gratuité et l’amélioration de l’offre. Les élus veulent donner envie de prendre le transport en commun plutôt que de contraindre à abandonner la voiture. S’ils prévoient des parkings de rabattement automobile pour se rendre au centre-ville, ils ne sont pas sur des optiques radicales. L’objectif est de montrer que le bus est une alternative crédible.

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