Newsletter S'inscrire à notre newsletter

Magazine

Interview d’Yves Crozet, économiste des transports, professeur émérite à Sciences Po Lyon et membre du laboratoire LAET (Laboratoire aménagement économie transports)

Bus&Car | Connexion: Quelle est votre opinion sur la gratuité des transports publics?

Yves Crozet: Les tarifications sociales règlent le problème de la pauvreté et des risques d’exclusion. Il n’y a pas de raison pour que les transports soient gratuits pour ceux qui peuvent payer. C’est comme si vous disiez que les pauvres n’ont pas accès au champagne et qu’en conséquence on va donner du champagne gratuit à tout le monde. Le fait d’annoncer les transports publics gratuits, c’est une mesure qui laisse croire qu’on a trop d’argent public. Ma vision est de dire que l’argent public est plutôt rare et qu’il vaut mieux sensibiliser les citoyens au fait que les choses ont un coût. Le problème de fond est de trouver de l’argent pour financer les transports collectifs, pas de perdre des ressources.

BCC: À quelles conditions estimez-vous que la gratuité a du sens?

Y. C.: Dans les petits territoires où les utilisateurs des transports collectifs sont des captifs plutôt peu nombreux: des scolaires, des personnes âgées, des personnes sans permis de conduire, etc. À ce moment-là, pourquoi ne pas en faire un service gratuit puisque la tarification et le contrôle vont coûter très cher? On peut dire alors que le transport est financé par l’impôt local et chacun, quand il paye sa taxe d’habitation, paie le transport. Autrement dit, quand vous êtes dans une situation où il n’y a pas de risque de sur-utilisation des transports en commun comme à Châteauroux, vous pouvez faire des transports en commun gratuits. Dès que vous êtes dans des zones où les transports en commun sont très utilisés – je pense à Paris ou aux grandes villes – il y a des risques de sur-utilisation et des problèmes de financement et d’investissement. Si vous mettez la gratuité, des impôts complémentaires seront nécessaires.

BCC: Que préconisez-vous pour ces territoires?

Y. C.: Je pense qu’il faut mettre des systèmes intelligents de tarification, comme on en a actuellement sur l’électricité, sur l’eau ou sur les ordures ménagères. Pour l’eau, j’ai un abonnement et je paie en fonction des mètres cubes consommés. Pour les ordures ménagères, j’ai aussi un abonnement et je paie en fonction du nombre de ramassages. C’est ce qu’on appelle un tarif binôme.

BCC: Que pensez-vous de la capitale estonienne Tallinn, qui démontre que la gratuité des transports publics a favorisé le développement local de la ville?

Y. C.: Je ne sais pas comment on crée de l’attractivité en augmentant le coût du travail et les impôts. Si on faisait ça en France, on supprimerait la tarification et on augmenterait le VT. Ce serait donc les entreprises qui financeraient la gratuité. En économie, il y a ce qu’on appelle un coût d’opportunité des fonds publics. Quand vous avez besoin d’argent, vous allez nécessairement le chercher quelque part, donc vous augmentez les impôts et vous réduisez l’activité privée. Il y a toujours un seuil à éviter. Quand on vous dit: « On met tout gratuit et ça ne va pas vous coûter cher », il faut regarder ce que ça coûte vraiment.

Retour au sommaire
Div qui contient le message d'alerte

Envoyer l'article par mail

Mauvais format Mauvais format

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format

Div qui contient le message d'alerte

Contacter la rédaction

Mauvais format Texte obligatoire

Nombre de caractères restant à saisir :

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format