Mise en service le 2 juillet 2017, la Virgule de Sablé permet de révolutionner les temps de parcours sur l’axe Nantes-Angers-Sablé-Laval-Rennes. Cette première d’un train TER circulant à 200 km/h sur une ligne à grande vitesse pourrait en appeler d’autres si la fréquentation est au rendez-vous.
La région Pays de la Loire est une terre d’innovations au plan ferroviaire. Elle avait été la première à lancer une desserte par tram-train sur une infrastructure entièrement dédiée (Nantes-Châteaubriant) dès fin février 2014. Elle récidive aujourd’hui en étant la première à mettre en œuvre des TER spécialement adaptés pour circuler à 200 km/h sur la nouvelle ligne à grande vitesse (LGV) BretagnePays-de-la-Loire (BPL). Il s’agit là d’une première en France, voire même en Europe, selon ses promoteurs. Et c’est par l’intermédiaire de la Virgule de Sablé que les automotrices électriques dédiées à ce nouveau service peuvent accéder à la nouvelle LGV.
Une grande partie du mérite de la création de la Virgule de Sablé en revient, toutefois, à la FNAUT (Fédération nationale des associations des usagers des transports). La Fédération a, en effet, proposé dès 1999 de créer une liaison supplémentaire au niveau de Sablé-sur-Sarthe, permettant de relier directement la ligne classique Nantes-Angers-Sablé à la future ligne à grande vitesse BPL en direction de Laval et de Rennes. Ce qui donna naissance à la future liaison rapide Angers-Laval-Rennes.
Il convenait également de remettre en place du lien ferroviaire entre la Mayenne et sa préfecture et la métropole régionale qu’est Nantes tout en créant des liaisons directes entre Rennes et Angers. Le feu vert en fut finalement donné en 2011 lorsque le projet de construction de ce tronçon de 3,6 km donnant accès depuis la sortie de la gare de Sablé à la LGV BPL fut déclaré d’utilité publique.
Cette infrastructure à voie unique peut être parcourue à la vitesse de 160 km/h. Elle a constitué un investissement a minima puisque le budget de l’opération s’est établi à 36,3 millions d’euros répartis entre la région Pays de la Loire (25 %), l’État (23 %), SNCF Réseau (22 %), la région Bretagne (10 %), l’Agglomération d’Angers (10 %), le département de la Mayenne (5 %) et l’Agglomération de Laval (5 %).
Au plan du matériel moteur, la région Pays de la Loire a, là encore, strictement limité ses investissements en faisant transformer huit de ses dix-neuf ZTER livrées en 2004. Il en a résulté une opération contenue à 15,8 millions d’euros.
La principale modification a porté sur l’installation d’un système d’affichage de la signalisation directement en cabine de conduite. L’installation de nouvelles armoires contenant les nouveaux équipements a réduit la capacité des rames à 208 places assises.
La desserte TER GV (comme Grande Vitesse), comprend cinq allers-retours quotidiens pour commencer. Le premier départ de Nantes vers Rennes est à 5 h 47 et le dernier à 17 h 47. Dans le sens retour, le premier est à 6 h 55 et le dernier à 19 h 01. Tous les trains s’arrêtent à Ancenis, Angers-Saint-Laud, Sablé, Laval et Vitré. Le meilleur temps de parcours s’établit à 2 h 12 dans le sens Nantes-Rennes et à 2 h 19 au retour. La meilleure vitesse moyenne commerciale s’établit donc à 118,2 km/h.
Les gains de temps obtenus grâce à l’entrée en service de la Virgule de Sablé sont considérables si l’on prend pour exemple les 72 mn gagnées par le voyageur pour effectuer le trajet Nantes-Laval ou encore les 40 minutes économisées entre Angers et Rennes.
La desserte initiale sera renforcée par trois allers-retours supplémentaires à compter du 15 décembre 2017. En fonction des résultats de fréquentation, des unités multiples de ZTER, portant ainsi la capacité à 416 places assises, pourraient être mises en place lors des périodes les plus chargées ultérieurement.
Nul doute que ce nouveau service pourrait essaimer à l’avenir tant la seule ligne BPL est largement alimentée en raccordements, un tous les 45 km en moyenne. C’est vrai également pour d’autres régions qui pourraient renforcer leurs services TER sous réserve d’un investissement, somme toute, limité là encore.
Il n’est pas inutile, ici, de rappeler que l’ex-région Nord-Pas-de-Calais a été précurseur dans ce domaine en mettant en place des services TER ultra-rapides (300 km/h) sur son territoire grâce à l’utilisation de rames à grande vitesse. Ce service TER GV permet, par exemple, de faire un Lille-Europe-Arras en 19 minutes seulement.
Le cadencement des trains introduit en Pays de la Loire depuis le 2 juillet 2017 constitue, certes, une bonne nouvelle pour les voyageurs avec une augmentation de l’offre TER de 8,5 % mais accroît, parallèlement, la saturation de l’axe phare de la région, à savoir Nantes-Angers. Bruno Retailleau, président de la région Pays de la Loire, a donc surpris la presse invitée à l’inauguration du nouveau service à 200 km/h sur la nouvelle ligne en annonçant le lancement des études d’une ligne entre Nantes et Angers. Elle pourrait voir le jour d’ici vingt ans. Toutes les options vont donc être considérées pour limiter les effets de cette saturation qui entraînent des retards de plus en plus fréquents.
Cette ligne pourrait, très vraisemblablement, être nouvelle car le relief des bords de Loire ne permet pas d’inscrire de nouvelles voies comme sur le modèle de la Côte d’Azur. Surtout, elle permettrait de rétablir l’équilibre entre les deux capitales régionales qui n’ont pas profité de la même manière de la mise en service de la LGV BPL. Si Rennes est la grande gagnante avec des temps de parcours inférieurs de 40 minutes en moyenne, Nantes est beaucoup moins bien loti avec des gains limités à 8 minutes seulement. « Cela permet seulement de revenir aux temps de parcours d’il y a trente ans », observe sous forme de regret non déguisé, Bruno Retailleau.
Aujourd’hui unies par un TER innovant, les deux régions n’en restent pas moins concurrentes lorsqu’il s’agit d’accueillir de nouvelles activités sur leurs territoires respectifs.
