Depuis le 1er juillet, l’espagnol Moventia exploite le réseau du Pays de Montbéliard dans le cadre d’une délégation de service public remportée au détriment de Keolis. Comment cette entreprise familiale originaire de Catalogne a-t-elle convaincu les élus francs-comtois?
L’Espagnol Moventia a remporté la délégation de service public du réseau de Montbéliard, détenue depuis quarante ans par Keolis. Le contrat de six ans représente un chiffre d’affaires de 112 millions d’euros. Moventia, le nouvel exploitant de Montbéliard, entend démontrer son savoir-faire en France, avec la reprise de ce premier réseau dans notre pays. Moventia est la filiale dédiée aux transports urbains de la société Moventis, entreprise familiale basée en Catalogne, positionnée sur l’offre de mobilité au sens large, puisqu’elle propose également des services automobiles via sa filiale Movento, et s’est engagée dans le vélo en libre-service en rejoignant le consortium Smoovengo (qui reprend à partir de janvier prochain la concession du Vélib’ parisien). En quatre-vingt-dix ans d’existence, Moventia s’est imposée en Catalogne, où elle opère sur le périurbain et l’interurbain, notamment à Barcelone, où elle exploite également le tram, les 140 bus touristiques de la ville, et les navettes qui desservent l’aéroport. En Navarre, elle gère le réseau de Pampelune.
Moventia est aux commandes du réseau de Montbéliard depuis le 1er juillet. « Nous avons beaucoup travaillé pour assurer la transition dans les meilleures conditions, déclare Grégory Carmona, directeur de Moventis. Nous nous recentrons sur les fondamentaux: la propreté des véhicules, la qualité et la fiabilité de l’offre. Cela peut sembler basique, mais rien ne pourra évoluer sans renforcer ce socle. » Et le réseau doit évoluer pour répondre aux besoins des habitants de la communauté de communes du Pays de Montbéliard. Passé de 29 à 72 communes, le territoire desservi mixe urbain, périurbain et rural. Et c’est justement la qualité de l’offre présentée par Moventia et son adaptation aux attentes qui a convaincu les élus. Toutefois, la nouvelle offre n’a pas entraîné l’élimination des sous-traitants, puisque cinq lots leur ont été attribués. Un certain nombre de chantiers sont en cours, dont le passage au ticket à 1 euro, voulu comme un signal déclencheur pour accroître l’attractivité des transports urbains dans une ville qui reste très praticable en voiture. Le contrat prévoit aussi du vélo en libre-service et de l’autopartage en option. L’intégration des transports scolaires au réseau urbain a été mise en place dès cette rentrée et sera consolidée à la rentrée 2018.
De plus, Montbéliard fait partie d’un pôle métropolitain associant cinq collectivités locales, dont Belfort. Une des polarités de ce territoire est l’hôpital, auparavant situé sur la commune de Montbéliard, mais qui vient de déménager à mi-chemin des deux villes. En sortant des limites de Montbéliard, l’hôpital a amputé de 800 000,00 euros les ressources de la communauté de communes. Mais pour les habitants de ce bassin d’habitation et d’emploi, ce qui compte, c’est la qualité des services publics. Comme le souligne Charles Demouge, président de la Communauté de communes du Pays de Montbéliard, la collectivité est donc confrontée à la fois à une baisse de ses ressources et à la nécessité de permettre l’accès à l’hôpital. Sur cette ligne de bus, le nombre de navettes va passer de 19 à 32 avec la nouvelle DSP.
Le rôle des transports publics pour contribuer à concrétiser le lien entre les différents pôles du territoire est d’autant plus important que les réseaux ont évolué jusqu’ici de façon séparée. Le pôle métropolitain devrait jouer le rôle de coordinateur en la matière. « Tout est calibré pour fonctionner avec le réseau de Belfort, si les élus le décident. Par exemple, le VLS belfortain étant géré par Smoove, cela facilitera la mise en place et l’interopérabilité », précise Grégory Carmona.
Fondée en 1923, Moventia est une entreprise familiale basée à Sadabell, en Catalogne. À ses débuts, Moventia se concentre sur le transport de voyageurs. Après treize ans d’existence, le transporteur a déjà des activités à Barcelone, et compte 15 bus et 50 salariés. À partir des années 1950, Moventia quitte sa région pour exploiter les transports publics de Saragosse et de Cordoue, et se diversifie dans la distribution automobile, avec une concession Renault. Après un creux d’activité dans les années 1980, l’entreprise retrouve la croissance à partir de 1990. La branche transport de voyageurs devient opérateur du tramway de Barcelone et assure l’exploitation des bus touristiques de la capitale catalane. Les activités de transport de voyageurs sont regroupées sous la bannière Moventis, tandis que la branche automobile, dénommée Movento, propose neuf marques différentes, de la gestion de flotte et des services d’assurance. Moventia est également engagée dans le groupement Smoovengo, spécialiste du vélo en libre-service et nouvel exploitant du Vélib’ parisien. Ses partenaires dans ce groupement sont Mobivia (ex Norauto), et Indigo (groupe Vinci).
Bus&Car Connexion: Quelles sont les raisons qui vous ont fait choisir l’offre de Moventia?
Charles Demouge: Notre décision a été motivée avant tout par la qualité de l’offre présentée par Moventia et son adaptation au territoire, notamment la cohérence entre le service urbain et les transports scolaires. L’organisation des services nous a semblé réaliste et optimisée, avec la suppression des doublons sur certaines lignes qui auraient pu tourner à vide, tout en préservant les contrats des sous-traitants. Aujourd’hui, nous sommes très satisfaits du taux d’occupation de nos lignes de bus, tant sur le réseau dépendant de la compagnie des transports du Pays de Montbéliard que sur les lignes opérées par des sous-traitants.
BCC: Concernant les équilibres financiers, quelles sont vos priorités pour les années à venir?
C. D.: Avec l’élargissement de la communauté de communes, nous accueillons 43 communes supplémentaires et devons apporter des services plus complets. Nous avons décidé d’appliquer un taux de versement transport à 0,2 pour commencer. La loi nous donne douze ans pour nous mettre à niveau, sachant que le versement transport appliqué aux communes les plus anciennes de l’intercommunalité est au maximum autorisé, soit à 1,8. Cela nous permet d’offrir la gratuité des transports scolaires sur le ressort territorial, sans avoir à augmenter la subvention d’équilibre. Nous avons également dû faire face à la perte de 800 000 euros de VT annuel, du fait du déménagement de l’hôpital, qui relève maintenant de la communauté d’agglomération belfortaine.
BCC: Quels sont vos principaux projets?
C. D.: Nous allons finaliser la montée en qualité de la ligne de transport à haut niveau de service (THNS) EvolitY, qui dessert le Pays de Montbéliard du nord au sud en passant par l’hôpital et la gare TGV. Mise en service en 2006, cette ligne fonctionne en partie comme un BHNS sur sa partie sud, mais sans véritable matériel adapté. Elle sera entièrement opérationnelle fin 2019, avec des bus hybrides. D’autre part, nous travaillons dans la perspective d’harmoniser l’offre de transport sur l’ensemble du pôle métropolitain. Cela passe aussi par des rééquilibrages budgétaires entre les différentes collectivités concernées.
Pour préparer sa réponse à l’appel d’offres de la Communauté de communes du Pays de Montbéliard, Moventia a pu s’appuyer sur le groupement Réunir. « Notre cellule Développement a apporté ses capacités d’expertise à Moventia, mais nous ne sommes pas intervenus sur les aspects financiers de la négociation », précise Alain-Jean Berthelet, président de Réunir. Au passage, Réunir a ainsi pu démontrer la qualité de ses compétences en matière de transport urbain. « Les élus attendent des solutions adaptées quand ils lancent un appel d’offres. Sur un plan technique, les services de Réunir participent à cette démarche. Nous nous efforçons d’épauler nos adhérents avec, évidemment, des niveaux d’intervention variés selon les moyens propres de chacun », commente Éric Ritter, directeur général de Réunir.
Cette coopération avec Moventia a pu susciter un certain émoi ici et là: était-ce bien le rôle d’un groupement de transporteurs indépendants? Fallait-il apporter de l’aide à une entreprise étrangère? Partisan de la libre entreprise, Alain-Jean Berthelet se félicite au contraire que la concurrence ait pu jouer pleinement à Montbéliard. « En matière de transport routier de voyageurs, les Espagnols sont en avance. Ils ont sans doute des choses à nous apprendre, lâche-t-il. De plus, Moventis est une entreprise familiale, comme la mienne [les cars Berthelet, NDLR], ou celle de beaucoup d’adhérents de Réunir. » Moventia vient d’ailleurs de rejoindre Réunir, ce qui permettra de favoriser le partage des bonnes pratiques, et de renforcer l’expertise du groupement.
