La disponibilité du Scania OmniExpress fonctionnant au gaz, la présentation à Courtrai de l’Iveco Bus Crossway utilisant la même énergie et, surtout, les contraintes réglementaires locales incitent les transporteurs à s’interroger sur leur éventuel recours au gaz. Dans ce contexte, Gaz’UP vient de concrétiser un nouveau modèle de distribution qui assure contrôle et revenus aux transporteurs.
Être propriétaire des stations sans devoir les exploiter, mais en percevant une rémunération indexée au volume livré, voilà ce que propose Gaz’UP. Concrètement, un transporteur, ou un groupe de transporteurs, investit dans une station qui sera louée à Gaz’UP, chargé de l’exploitation. En tant que locataire, Gaz’UP verse un loyer qui dépend du volume de gaz vendu par la station. Celle-ci est accessible à tous, à condition d’avoir demandé une carte d’accès qui doit notamment garantir qu’une formation a bien été dispensée auprès des utilisateurs.
Conçu par Arnaud Bilek et Nicolas Julien, Gaz’UP est assimilable à une coopérative. Chaque transporteur qui crée une station du réseau Gaz’UP devient actionnaire de Gaz’UP. Ainsi, lors de l’ouverture de la cinquième station, 80 % du capital aura été transféré aux transporteurs qui seront alors décideurs. Respecteront-ils finalement l’objectif initial de Gaz’UP? Celui-ci consiste, après la phase d’amortissement des stations, à investir la marge commerciale dans la création de filières courtes de méthanisation. À terme, il serait ainsi possible de s’affranchir d’achats de gaz fossile, celui-ci étant remplacé par un biogaz obtenu par valorisation de déchets fermentescibles (déchets ménagers, agricoles, forestiers ou boues de stations d’épuration).
La première station du réseau Gaz’UP a été ouverte le 23 juin dernier à Auxerre grâce au transporteur Picq-et-Charbonnier. Elle est alimentée en méthane liquéfié par camions et distribue le gaz sous cette forme (GNL) ou sous forme compressée (GNC). Rappelons qu’obtenir du gaz compressé à 200 bars à partir de gaz liquéfié consomme cinq fois moins d’électricité que la compression du gaz issu du réseau de distribution basse pression.
En fin d’année, Gaz’UP ouvrira sa deuxième station, à Toulouse. Dans cette ville, qui favorisait jusqu’à maintenant la propulsion électrique, l’arrivée de Gaz’UP provoquera une inflexion de la réglementation locale qui accordera aux véhicules roulant au gaz les mêmes prérogatives qu’à ceux fonctionnant à l’électricité.
La station toulousaine est financée par une dizaine de transporteurs. Elle est alimentée par le réseau enterré et ne distribue que du GNC, ce qui lui vaut d’être approximativement deux fois moins chère à installer que celle d’Auxerre qui se fonde sur du matériel haut de gamme Cryostar.
Avec Gaz’UP, les transporteurs prennent le contrôle de leur approvisionnement en carburant puisque cette coopérative négocie ses achats sans exclusivité et devrait évoluer vers une valorisation vertueuse des déchets. Le modèle, s’il fait école, pourrait faire de l’ombre aux multinationales qui dominent le marché des carburants.
