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Déplacements urbains

Les engins de déplacements personnels entrent dans le paysage urbain

Mono-roues, hoverboards, trottinettes… tout piéton urbain a déjà aperçu ce genre d’engins électriques filer à toute vitesse sur nos trottoirs. Enthousiasme, mécontentement, incivilités, réduction de l’empreinte carbone, quoi qu’on en dise, ces engins suscitent de nombreuses réactions. À quand un permis pour trottinettes électriques?

Une nouvelle forme de mobilité est en train d’émerger dans les villes: hoverboards, mono-roues, trottinettes, gyropodes, Segways… Ces engins de déplacement personnel (EDP) motorisés sont de plus en plus nombreux sur nos trottoirs. Et ce, pour des raisons bien compréhensibles: d’une part, les citadins sont de plus en plus sensibles à la question de l’empreinte carbone, d’autant que l’hiver dernier a été marqué par de forts épisodes de pollution et de contraignantes restrictions de l’usage de l’automobile en ville. D’autre part, l’usage de ces engins est devenu plus attractif à mesure qu’ils sont devenus plus faciles à manier. Surtout, ils roulent plus vite: 25 km/h et même jusqu’à 50 km/h pour certains! Si la micromobilité bénéficie d’un engouement certain, il est aujourd’hui difficile de connaître les chiffres de ventes précis des EDP. Dans une étude publiée récemment, le cabinet américain TechSci estimait ainsi que le marché mondial des seuls hoverboards dépasserait 1,8 milliard de dollars d’ici 2021!

Faciliter le dernier km

Quoi qu’il en soit, de nombreux fabricants ont succombé à la tendance. Parmi les leaders du marché, retenons l’Américain Segway, inventeur du fameux gyropode, mais aussi le Suisse Micro spécialisé dans la fabrication de trottinettes électriques qui a notamment noué un partenariat avec Peugeot afin de mettre une machine dans le coffre de chaque modèle 3008. Objectif: faciliter le dernier kilomètre en complétant les déplacements du conducteur une fois la voiture garée. Dans le même sillage, Hyundai présentait en janvier dernier, à l’occasion du CES de Las Vegas, un prototype de sa Ioniq pliable, qui pourra être rechargée à même la voiture.

Le mécontentement des piétons

« À l’origine, le Segway a été conçu pour faciliter les déplacements des personnes handicapées, notamment les victimes de sclérose en plaque », indique Éric Saporta, directeur commercial chez Segway. Aujourd’hui, l’usage de ces gyropodes, capables de rouler jusqu’à 30 km/h, s’est démocratisé. Au point que certaines personnes en ont fait leur principal moyen de déplacement pour aller au travail. « Notre engin séduit de nombreux professionnels, notamment les agents immobiliers qui y voient une raison de remplacer leur scooter par un moyen plus sécurisé. »

Mais ce fleurissement d’engins sur le trottoir soulève également de vifs mécontentements. En témoigne Jean-Paul Lechevalier, président de l’association Les Droits du piéton: « Nous considérons les personnes se déplaçant avec ces engins comme des intrus. Au même titre que les scooters, ils n’ont pas leur place sur nos trottoirs. » Arguant que ces engins sont des véhicules quoi qu’on en dise, ce fervent défenseur des piétons met en garde contre les nombreuses incivilités qui en découlent. Les premières victimes potentielles à se faire renverser étant les personnes âgées et les enfants. « C’est un sujet accidentogène. D’autant que, d’après la Sécurité routière le nombre de piétons morts a crû de 19 % entre 2015 et 2016, soit plus de 500 morts en 2016 », déplore le président de l’association des piétons. Or, en ce qui concerne les EDP, il est aujourd’hui très difficile de comptabiliser le nombre d’accidents qui ont lieu chaque jour. « La Sécurité routière ne dispose pas, pour le moment, de chiffres sur l’accidentalité des EDP », indique le ministère de l’Intérieur. Pour expliquer ce fait, Jean-Paul Lechevalier remarque que « lorsqu’un cycliste renverse une vieille dame, généralement il ne s’arrête pas. Il prend la fuite et l’accident ne sera donc pas répertorié par la police ». Il ne sera donc pas comptabilisé par la Préfecture…

Le point avec l’IBSR

Face à ces divergences d’opinion, une étude de grande ampleur a récemment été effectuée par l’Institut belge de la sécurité routière (IBSR) afin de faire le point sur la question, en revenant notamment sur les risques liés à ces engins. Particulièrement en ce qui concerne les hoverboards. « C’est un gadget avec lequel il est très difficile de se déplacer. Les roues sont trop rigides pour monter des obstacles », explique Benoît Godart, porte-parole de l’IBSR. Hormis les hoverboards, les mono-roues, gyropodes ou trottinettes électriques présentent un niveau de risque peu élevé. « On voit apparaître à foison des trottinettes et mono-roues dans le train car ces engins sont munis d’un bras leur permettant de les manipuler plus facilement, indique Jean-Paul Lechevalier. Le mono roue est destiné à remplacer le métro car son pneu permet de monter des bordures de trottoir ou encore de se faufiler dans la circulation avec agilité. » Quant au gyropode, c’est l’intermédiaire. « Cet engin est très lourd à porter [environ 45 kg NDLR] lorsqu’il s’agit de prendre le train ou les transports en commun. » Ce qui fait que le Segway intéresse surtout les usages professionnels notamment les sociétés de gardiennage, de sécurité, de logistique ou encore le secteur du tourisme.

Flou sur la législation

Un problème de taille demeure: les EDP bénéficient d’un vide réglementaire. Sur les trottoirs, les machines ne peuvent dépasser la vitesse du piéton, c’est-à-dire 6 km/h. Du côté de la chaussée et sur les pistes cyclables, une assurance spéciale et un brevet de sécurité routière sont requis en ce qui concerne les vélos électriques ou les cyclomoteurs, lesquels peuvent atteindre les 50 km/h! On est donc très loin des 20 ou 30 km/h d’un Segway… La question se pose donc de savoir si, au vu de la puissance de ces nouveaux engins et de la multiplication des accidents avec des piétons, le Code de la route devrait réglementer ces nouveaux modes de déplacement. Toujours est-il que du côté du ministère de l’Écologie solidaire, un groupe de travail se penche actuellement sur la question dans le cadre du plan mobilité active. Silence radio, pour l’heure, au ministère de l’Intérieur.

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Auteur

  • Segolene Kahn
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