La ville d’André Santini entame la troisième année de son expérience SoMobility, destinée à tester les services destinés à faciliter les déplacements en milieu urbain: fluidité du trafic, facilité de parkings, déplacements doux… Cette année, l’accent sera mis sur les services offerts par l’open-data.
SoMobility, saison 3. La ville d’Issy-les-Moulineaux a lancé fin septembre la troisième saison de son projet de smart mobilité appelé SoMobility (So pour Seine Ouest), lors d’une conférence de presse co-organisée par le pôle de compétitivité Cap Digital. Depuis deux ans, le consortium SoMobility explore différentes solutions pour contribuer à améliorer les déplacements en milieu urbain, grâce au numérique. L’enjeu est de taille pour Issy-les-Moulineaux, qui sera confrontée dès le début de l’année 2018 aux impacts des travaux des futures gares du Grand Paris express.
La ville a déjà multiplié les expériences ces derniers mois, en associant acteurs publics et privés. C’est le cas, par exemple, de l’installation de capteurs sur voirie avec Colas, qui a permis de proposer 300 places de stationnement en temps réel sur une application mobile développée par la start-up ParkingMap. Ces données ont ensuite été mises à la disposition de tous sur le portail open-data d’Issy-les-Moulineaux, afin d’être rediffusées aux éditeurs de GPS comme Here, Waze, Mappy ou ViaMichelin. La ville d’Issy-les-Moulineaux a également annoncé l’extension du service d’autopartage de scooters électriques CityScoot sur Issy-les-Moulineaux et Boulogne-Billancourt. Elle a aussi lancé un challenge interentreprises pour le covoiturage sur le mois d’octobre. Ce challenge s’inscrit dans l’initiative lancée par Île-de-France Mobilités (ex Stif) qui a décidé de promouvoir le covoiturage en l’intégrant dans son application ViaNavigo et en encourageant financièrement 17 opérateurs du covoiturage.
La saison 3 de SoMobility qui démarre à présent sera centrée sur le thème des datas. En association avec Cap Digital, la ville d’André Santini a lancé un challenge pour analyser les flux de mobilités. Deux entreprises ont été sélectionnées (Affini-Tech et Geosystemes) pour développer un POC (Proof of Concept, une sorte de prototype) d’ici fin novembre. Les données utilisées sont issues de l’open-data, mais aussi des données mises à disposition par les informations en temps réel des applications V-traffic et Zenbus, couplées à un capteur vidéo de Citylog installé sur l’axe Camille-Desmoulins. L’idée consiste à évaluer les points chauds et prévoir les incidences de travaux ou de fermetures provisoires sur la circulation globale. Et puisque 20 à 30 % de la circulation automobile en métropole serait causée par la recherche d’une place de parking, la ville testera des solutions innovantes pour le stationnement à travers un cas concret: que se passe-t-il lorsque des travaux entraînent la fermeture d’un parking public de plusieurs centaines de places? La start-up OPnGo et Bouygues Immobilier vont tester un projet de partage de parkings entre entreprises.
Enfin, Cisco et Valeo vont aller un cran plus loin en expérimentant le « cyber valet services ». Il s’agit de permettre aux véhicules équipés de la technologie Park4U de se garer automatiquement, sans conducteur à bord, dans des parkings connectés. Le dispositif prend en main le véhicule et le pilote jusqu’à une place de parking, puis le ramène à l’entrée du parking lorsque son propriétaire envoie un ordre pour le récupérer. Ce prototype a été installé au parking Indigo de la rue Camille-Desmoulins, à Issy, et dans le parking du siège social de Cisco, situé en face.
Une douzaine de start-up ont présenté leurs innovations lors du lancement de la saison 3 de SoMobility. Voici quatre entreprises dont les services sont destinés à faciliter les déplacements, en voiture, en transport en commun ou à vélo.
Atsukè délivre un ticket de transport par simple envoi de SMS, sans avoir besoin de créer de compte. Le SMS devient à la fois le canal de commande à distance, de paiement et de réception du billet dématérialisé. En cas de contrôle, le voyageur a simplement besoin de montrer son code au contrôleur (à condition d’avoir acheté son billet avant que le contrôleur ne monte dans le wagon ou le bus). Le paiement s’effectue par le biais de la facturation des opérateurs de téléphonie mobile. Le système est déployé depuis début 2017 à Rouen avec 1 500 achats par mois. À Genève, Lausanne et Zurich, premières villes à avoir mis en place ce système dès 2014, le ticket par SMS s’est imposé. Près d’un tiers des voyageurs l’utilise et la moitié y a recours quatre fois par mois. Une solution pertinente sachant que chaque distributeur automatique de billets coûte 50 000 euros sans compter la maintenance, alors que le prix d’installation de la plate-forme d’Atsukè se situe entre 20 000 et 40 000 euros, plus un abonnement de quelques milliers d’euros au Saas de la start-up. En France, les villes d’Ajaccio et Toulouse sont intéressées.
La start-up TwoOnPark entend rendre lucratif l’échange de places de parkings, en créant une communauté virtuelle auprès des automobilistes. En téléchargeant cette « première application de co-stationnement », les utilisateurs indiquent leur destination et, lorsqu’ils arrivent à proximité, sont automatiquement dirigés vers une place de parking qu’un autre utilisateur s’apprête à libérer. Comment s’assurer que l’échange de place aura bien lieu? En le monétisant. Celui qui libère la place touchera 1 euro, et celui qui la recherche déboursera 1,50 euro, la différence étant empochée au passage par TwoOnPark. La start-up a démarré en septembre 2016 à Lyon, où elle revendique 15 000 téléchargements avec 7 800 comptes actifs. Elle procède à une levée de fonds pour se déployer partout en France d’ici la fin 2017. À terme, elle compte intégrer les paiements de l’horodateur.
Green On propose aux collectivités et entreprises l’installation de flottes de vélo en libre-service (électriques ou classiques). L’entreprise va ainsi installer une quarantaine de vélos électriques à Châtellerault courant octobre, avec quatre emplacements notamment à la gare routière et près d’un IUT. Plus original, l’entreprise va déployer ses services à Saint-Nazaire, avec un accès en libre-service et un autre tout particulièrement conçu pour les usagers « pendulaires » du TER. Ces derniers vont pouvoir emprunter les vélos, avec un tarif privilégié, et les garder toute la journée sur leur lieu de travail avant de les rendre sur le chemin du retour.
Nextérité a lancé le service NextAlert qui informe des perturbations sur le réseau des transports publics (sur un fil Twitter). En l’espèce, l’entreprise repère et qualifie les messages émis sur Twitter et ne retient que les informations véritablement utiles (environ un message sur mille). Les messages utiles ne sont répétés que s’ils sont complétés d’une nouvelle information, ou si la perturbation dure assez longtemps. Le service se targue d’avoir 40 % d’informations en plus que les opérateurs, avec vingt minutes d’avance, en signalant également les incidents non signalés. NextAlert sera intégré au mois d’octobre dans l’application de la SNCF, en Île-de-France dans un premier temps (cf. interview).
Nextérité filtre, avec son service NextAlert, les messages de perturbations relevés sur Twitter pour informer les usagers des transports en commun sur le réseau ferré, avec 20 minutes d’avance sur les informations officielles. Le point avec sa présidente et co-cofondatrice, Edith Nuss.
Bus&Car Connexion: De quelle manière votre service va-t-il être déployé sur l’application SNCF?
Edith Nuss: L’application va être déployée début octobre avec un test sur l’Île-de-France dans un premier temps. Nous sommes en discussion pour un déploiement sur toute la France.
BCC: Des extensions sont-elles prévues pour les réseaux de bus?
E.N.: Bien sûr, notamment en relation avec le portail open-data d’Île-de-France Mobilités (ex-Stif), sachant que les données en temps réel ne sont pas encore disponibles. En dehors de l’Île-de-France, nous avons été contactés par le département du Loiret qui entend mener un projet pilote sur la couverture en milieu rural sous l’égide de Rémi, le Réseau de mobilité interurbaine de la région Centre-Val de Loire. Une application comme Waze est très performante en ville, et beaucoup moins dans les zones moins densément peuplées. Nous avons montré la pertinence de notre modèle en utilisant les données de l’open-data, conjuguées aux informations en provenance des réseaux sociaux et des travaux sur les infrastructures à venir. Nous pouvons ainsi renseigner les usagers sur l’heure de passage de leur autocar et quelles sont les alternatives en cas de problème, comme les offres de co-voiturage en temps réel. Le syndicat de transport de Clermont-Ferrand est également intéressé par notre système NextAlert pour la remontée d’informations. Savoir que tel guichet ne marche pas, que telle voie est sale par exemple. Notre algorithme est capable de gérer la plausibilité des informations recueillies.
BCC: Votre fil information est, pour l’instant, disponible uniquement sur Twitter, prévoyez-vous d’autres modes de diffusions?
E.N.: Avec la SNCF, nous envisageons de diffuser les informations sur les quais à travers le réseau d’affichage, avec des filtres un peu plus renforcés, ne serait-ce que pour enlever les injures. La problématique est différente en région, pour les usagers des bus et cars. Ce sont souvent des personnes âgées ou des scolaires – une population qui ne dispose pas forcément de smartphone mais souvent de téléphones plus basiques –, nous prévoyons ainsi de diffuser ces informations sous la forme de SMS, ou en utilisant les panneaux d’affichages situés à l’intérieur des véhicules.
