En 2011, Irizar s’affranchissait de ses fournisseurs de soubassements en lançant ses propres caisses autoportantes. Ainsi naissait la gamme Integral grâce à laquelle Irizar est passé du statut de carrossier à celui de constructeur. Vaisseau amiral de la gamme positionné sur le segment grand tourisme, l’Irizar i8 a été élu Car de l’année 2018. Bravo!
Devenir une référence en matière de service, de design, d’innovation, de technologie et de durabilité tout en marquant une différence en matière de sécurité, de fiabilité, de confort et de profitabilité pour les exploitants et les passagers, telles sont les ambitions d’Irizar. Au cours de cette conquête, l’i8 travaillera favorablement à l’image de la marque. Toutefois, limité à 12,40 m sur deux essieux, l’i8 passe à côté du marché français qui favorise les cars de 13 m, voire 13,50 m, sur deux essieux. Hissé en haut de gamme, l’i8 souhaite clairement concurrencer les modèles les plus prestigieux. Pour cela, il dispose d’un design extérieur séduisant et original, ainsi que d’un aménagement intérieur de bon niveau. Fort de sa tradition de carrossier, Irizar est en mesure de réaliser des cars personnalisés, destinés à des équipes sportives ou aux transports VIP.
L’i8 accueille ses passagers par le déploiement d’une marche rétractable au niveau de la porte centrale. Par cet équipement inhabituel, l’i8 profite de la présence au sein du groupe Irizar de l’équipementier Masats, spécialiste des portes et des rampes.
Comme l’éclairage extérieur, l’éclairage intérieur fait appel à des LED. C’est bien, mais l’i8 n’est pas encore au niveau de la très belle ambiance lumineuse qu’offre le dernier Neoplan Tourliner. Chez Irizar, les sièges participent activement à structurer la gamme. L’i8 dispose donc de sièges exclusifs, réalisés par Vogelsitze à partir d’un dessin Irizar. Assis, le voyageur apprécie leur confort enveloppant. Globalement, la qualité perçue est satisfaisante. Les matériaux qui habillent les parois ont un bel aspect et sont agréables au toucher. À propos de toucher, il y a des contacts dont je me passerais bien, notamment lorsque ma tête heurte l’écran situé au niveau de la porte centrale. D’autres membres du jury du Car de l’année ont également fait la même rencontre malheureuse.
Le pare-brise ne monte pas jusqu’au niveau du toit, ce qui peut se justifier si l’on souhaite protéger l’habitacle du soleil. La vue des passagers vers l’avant est ainsi bouchée sur une hauteur qui correspond à celle de l’écran intégré à la pièce qui raccorde le pare-brise au pavillon. Une caméra dirigée vers la route peut transmettre aux écrans la « vue vers l’avant », maigre consolation.
Le plancher plat de l’i8, dû à l’absence de rehausse au niveau des parties latérales du plancher sur lesquelles reposent les sièges, rend possible les aménagements avec 2+2 sièges en largeur, ou 1+2, voire 1+1. Il est également possible d’installer une table centrale.
Ni les passagers de l’i8, ni son conducteur n’auront à se plaindre de bruits aérodynamiques venus de l’extérieur. En revanche, la climatisation se montre assez bruyante. Mesuré à l’arrière, le bruit oscille entre 63 et 68 dB, avec des pics entre 70 et 73 dB lors des accélérations en montée.
La caisse autoportante de l’i8 ne transmet pas de bruits de craquement. Cependant, il semble que des vibrations à basses fréquences soient transmises depuis la chaussée. Elles provoquent un tremblement visible des sièges inoccupés. D’autres vibrations, provenant du moteur, sont nettement ressenties à certains régimes, notamment à ceux proches du ralenti, à faible allure ou à l’arrêt. On note également une petite marge de progression au niveau des suspensions.
Tous ces phénomènes vibratoires sont extrêmement courants à bord d’un autocar. Je les signale ici car l’i8 vise l’excellence, le confort absolu, et cela incite à ne rien laisser passer. Malgré ses respectables efforts, Irizar ne peut raisonnablement pas avoir percé tous les secrets des caisses autoportantes depuis 2011, mais c’est très bien quand même!
Pour le conducteur, l’i8 de 14 m sur 3 essieux est un véhicule agréable. Il se montre particulièrement dynamique sur le relief prononcé du Pays basque grâce aux 510 ch de son moteur MX13. La boîte automatisée ZF AS-Tronic à 12 rapports ne fait pas parler d’elle – c’est une qualité! – tandis que le ralentisseur hydraulique ZF Intarder se montre efficace. Bref, c’est puissant, ça tient le cap sur autoroute et ça vire correctement. Précisons que la rétrovision est correcte et complétée par une caméra de recul. Le recours à cette dernière n’est pas évident lorsque son écran est noyé par le soleil de juillet. L’encombrement du véhicule ne permet pas toujours de s’arrêter à un stop avec un placement permettant d’observer les usagers arrivant à droite. L’i8 n’est bien sûr pas seul à faire subir cette « zone d’incertitude » à son chauffeur. Il serait toutefois souhaitable que le législateur impose l’ajout d’un miroir adapté à ce dangereux angle mort subi par tous les poids lourds. Autre problème, à la fois habituel et retrouvé sur l’i8, son volant masque le tachymètre selon sa position. C’est embarrassant pour qui veut éviter les photos-souvenirs. À propos du tableau de bord, Irizar prépare une révolution et introduira en 2018 un nouveau tableau de bord constitué d’un écran de 31 cm. Fourni par VDO-Continental, cet Irizar virtual cockpit sera commandé par les boutons du volant. L’i8 abaisse ses suspensions pneumatiques de 5 cm au-delà de 70 km/h afin d’améliorer son aérodynamisme tandis que Daimler limite l’abaissement à 2 cm. En charge, l’i8 consomme 26 l/100 km sur autoroute à profil facile, selon son constructeur.
En Espagne, Irizar joue à domicile et est leader. L’entreprise y organise donc directement ses services après-vente. Ailleurs, elle doit s’appuyer sur d’autres réseaux, principalement ceux de DAF et de ZF. Créé en 1972, l’ITS (International Truck Service) est le service d’assistance de DAF. C’est une référence du marché. L’ITS répond en 12 langues, à n’importe quelle heure. Rappelons que DAF dispose de 87 points de service en France. Ces derniers seront probablement capables de résoudre les problèmes liés à la chaîne cinématique. Il n’en reste pas moins que ce réseau « orienté camions » n’est pas nécessairement familier des problèmes de portes, de wc ou de climatisation que pose couramment un autocar. Afin que l’après-vente soit correctement assuré, Irizar a mis en place plusieurs centres logistiques pour la distribution des pièces détachées. Le constructeur a également créé un outil de diagnostic IST (Irizar Service Tool), un site web iService pour la gestion de l’entretien (suivi de l’utilisation, de l’entretien et des réparations) également capable de fournir la documentation technique du véhicule, sans oublier un site web de gestion de la garantie IWS (Irizar Warrantly Management System) où chaque véhicule est référencé.
Au cours de l’année 2018, les trois principaux organes de la chaîne cinématique seront renouvelés. Les nouvelles versions des moteurs Paccar-DAF MX11 et MX13 apporteront en moyenne 3 % de puissance et 7 % de couple supplémentaires.
Lancée en 2002, la boîte automatisée ZF AS-Tronic arrive maintenant au terme de son développement. Elle sera donc remplacée par la nouvelle ZF TraXon qui se caractérise par une conception modulaire, une aptitude au stop’n start et une vitesse de passage de rapport améliorée. Enfin, un nouveau pont est attendu. Son rapport de démultiplication devrait être adapté à la plage de couple des nouveaux moteurs et ses frictions internes seront certainement diminuées. Comme la boîte de vitesses, le régulateur prédictif PreVision GPS sera fourni par ZF. Attendu fin 2018 sur l’i8, il tirera profit des déclivités de l’itinéraire pour optimiser la consommation et exploitera la roue libre. Autre tendance générale du marché, le troisième essieu directeur de l’i8 est à commande électrique, ce qui réduirait la consommation d’environ 0,5 l/100 km par rapport à une commande hydraulique avec pompe fonctionnant en continu.
En 2003, l’Irizar PB (sur soubassement Scania K124EB) a été élu Car de l’année 2004. Aujourd’hui, l’i8 a droit à la même distinction face à des compétiteurs aussi prestigieux que les Mercedes Tourismo RHD, Neoplan Tourliner et VDL FDD2. Ce titre de noblesse est une consécration pour la conception Integral d’Irizar et un magnifique hommage rendu aux membres de la coopérative Irizar dont le dynamisme force l’admiration.
Dimensions: 14,070 m x 2,550 m x 3,980 m
Rayon de braquage: 23,330 m
Capacité: 56+1+1
Soute: 13,5 m3
Moteur: Paccar-DAF MX13 510 ch/2500 Nm Euro 6 OBD C
Boîte de vitesses: ZF AS-Tronic 12 AS 2700 (12 AV + 2 AR)
Ralentisseur: Hydraulique, ZF Intarder
Refroidissement: Pompe hydraulique Bosch Rexroth, radiateur Nissens, échangeur de température (intercooler)
Essieux: ZF RL82EC à l’avant et en troisième position, pont moteur ZF A132
Suspension: Coussins pneumatiques Vibracoustic, amortisseurs Koni
Freins: Knorr Bremse, disques ventilés avec contrôle électronique (EBS) et détecteur de risque de collision frontale (AEBS)
Direction: ZF
Réservoirs: 670 l (gazole), 50 l (AdBlue)
Multiplexage: Continental VDO
Roues: Jantes Alcoa en aluminium Dura-Bright, pneus Michelin XZE2 en 295/80R22,5
Climatisation: Hispacold, indépendante pour le chauffeur et les passagers
Portes: Masats, à mouvement électrique avec alarme et commande à distance
Équipements complémentaires: Pare-brise chauffant, WC, sèche-mains électrique, machine à café Lavazza, prises 5 V (USB), phares et feux LED, système vidéo Bosch avec trois écrans plats et lecteur DVD, wifi Actia, caméra et sondes de recul, caméra sur portes avant et centrale, caméra dirigée vers la route, capteur de pluie, adaptateur d’éclairage, régulateur avec maintien d’intervalle (ACC), avertisseur de collision (FCW), avertisseur de sortie de file (LDW), GPS.
Jusqu’aux années 1990, Irizar proposait un car à double étage, le Dragon. Contrairement à Ayats et à Beulas, Irizar a abandonné le double-étage, préférant développer ses ventes de châssis de 15 mètres.
La production totale de l’i8 est de l’ordre de 1 000 unités par an. L’Europe n’en absorbant que 200, le principal marché de l’i8 est le Mexique où il est produit en version large (2,60 m) avec un moteur Cummins.
Irizar s’est implanté au Mexique en 1999 et y contrôle maintenant 60 % du marché tourisme et grande ligne principalement avec l’i8, mais aussi avec l’i6, ainsi qu’avec l’i5 qui est un modèle réservé au marché mexicain. L’absence de transport de personnes par train explique en partie l’importance des cars de grand tourisme au Mexique. La production mexicaine d’Irizar évoluera prochainement vers les caisses autoportantes.
Avant de s’installer au Mexique, Irizar était déjà présent au Maroc depuis 1996. Le Century fut ainsi assemblé à Rabat à partir de 2002. Un autre site marocain a été ouvert en 2008 à Skhirat. La production marocaine d’Irizar inclut le bus urbain Iria depuis 2009 et s’exporte partiellement vers l’Europe depuis 2013. Actuellement, la production de l’i6 au Maroc est envisagée. Irizar se présente comme le leader du segment des cars de luxe au Maroc, et comme seul constructeur sur ce segment implanté au Maroc. L’implantation d’Irizar au Brésil remonte à 1998. Toutefois, le site industriel de Botucatu (État de Sao Paulo) subit la conjoncture économique défavorable au Brésil. Cela dirige la production brésilienne d’Irizar vers l’exportation à destination de l’Amérique du Sud, de l’Amérique centrale et de l’Océanie, Irizar ayant une forte part de marché en Australie. Quelques succès sont rencontrés par les i6 brésiliens et des ventes notables sont réalisées vers l’industrie minière chilienne.
En Afrique du Sud, Irizar assemble ses véhicules depuis 2004 à Centurion près de Pretoria. La marque est présente sur le segment du car de luxe avec ses i6 et PB qui arrivent dans le pays sous forme de kits partiels (PKD) pour alimenter le marché sud-africain et ceux des pays voisins (Bostwana, Malawi, Mozambique, Namibie, Zambie, Zimbabwe).
