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Trajets domicile-travail

Grenoble, en pointe sur les plans de mobilité

Pendant trois jours, du 28 au 30 septembre, ateliers, débats et festivités se sont succédé à Grenoble autour des déplacements de demain aux niveaux local, national et même international. Rattrapée par le calendrier gouvernemental, la toute première journée consacrée aux plans de mobilité se voulait contributive. La capitale iséroise fait figure de pionnière en la matière.

Bruno Renard, président de la Fédération des acteurs des plans de mobilité (FAPM) avait peut-être secrètement espéré la présence d’Élisabeth Borne, ministre des Transports, à ce troisième rendez-vous des acteurs des déplacements sur le territoire des entreprises, organisé à Minatec, le 28 septembre dernier. Le rendez-vous grenoblois avait en effet soudain fait le buzz après l’annonce du Président de la république, Emmanuel Macron, le 1er juillet, de la tenue des Assises de la mobilité, en vue d’une loi présentée au premier semestre 2018. « Tout le monde a d’abord cru qu’il parlait de nous (sourire). Mais le quiproquo a été levé. Nos travaux entrent de plain-pied dans les réflexions lancées par le gouvernement. Ils devraient aider à l’élaboration de la loi d’orientation des mobilités », assure le Grenoblois, président du PDIE Presqu’île Giant, co-organisateur de l’événement avec le Syndicat mixte des transports en commun (SMTC) de l’agglomération grenobloise. Ce qui devait être, en effet, un point à N-3 mois de la loi obligeant les entreprises de plus de 100 salariés à établir un plan de mobilité est en effet devenu l’opportunité d’apporter une pierre de plus à l’édifice. « Nous remettrons en mains propres à Madame la ministre un cahier d’acteurs qui synthétisera les conclusions de vos réflexions », s’est d’ailleurs engagé Bruno Renard auprès de son auditoire avant de laisser notamment le représentant du ministère, Cédric Grail, adjoint au directeur général des infrastructures, des transports et de la mer (DGITM), présenter le dispositif contributif qu’ouvre le gouvernement.

Ne pas opposer urbain et rural

« Le dispositif s’étendra du 19 septembre au 15 décembre, avec notamment un site Internet pour déposer vos contributions, des rencontres territoriales organisées par chacun des Préfets de région et des ateliers de l’innovation autour de thèmes comme le covoiturage courte distance, la mobilité active, le data et l’intelligence artificielle », a glissé le représentant de l’État. Les contributeurs ont donc une « fenêtre de tir de trois mois avant de remettre leur copie ». Un message bien reçu par les 200 acteurs présents dans la salle et qui planchèrent, en ateliers, sur six thématiques: covoiturage, travail à distance, vélo et législation, infrastructures et électromobilité, prévention et sécurité routière, communiquer et animer son plan de mobilité. Mais la séance plénière du matin aura également mis en exergue quelques constats généraux. Et notamment la nécessité de ne pas opposer urbain et rural. « Il faut sortir d’un regard daté, celui du rural à la bagnole et qui pollue. La situation est plus complexe, insiste Yann Mongaburu, président du SMTC. À Vizille, par exemple, commune la plus éloignée au sud (NDLR de la métropole grenobloise), 25 % des habitants ne possèdent pas de voiture individuelle. On vient d’ailleurs d’y lancer une solution de covoiturage longue distance. Une solution seule (autopartage, transports en commun, vélo…) n’arrivera pas à répondre à tous les enjeux. »

Un portage stratégique des entreprises

Autre constat: gérer les mobilités, c’est gérer toute l’organisation du travail sur un territoire, depuis les horaires de travail jusqu’au télétravail… « Cela demande un vrai portage stratégique des entreprises », a rappelé Stéphane Chanut, adjoint au chef du département déplacements durables du Centre d’études et d’expertise sur les risques (Cerema). Sourire de Yann Mongaburu. Car la métropole grenobloise parie justement sur l’implication des entreprises dans ce défi de la mobilité durable en les accompagnant pendant deux ans ou trois ans, selon la taille de l’organisation. Lancé officiellement en juin dernier, ce processus d’accompagnement labellisé M’Pro est désormais entré dans sa phase active. Les huit premières conventions ont d’ailleurs été officialisées à l’issue de cette journée d’assises. « M’Pro? Cela a totalement boosté notre démarche », témoigne Bernard Noell, directeur de Becton Dickinson Grenoble. Comme lui, sept autres responsables d’établissements de l’agglomération ont signé au côté de Yann Mongaburu, la convention qui leur permet de bénéficier d’une assistance technique gratuite et d’un ensemble de services et d’outils pour simplifier la mise en œuvre de leur PDM.

Outre Becton Dickinson, le CHU de Grenoble, Atos, Bonitasoft, le CEA, le Crédit Agricole Sud Rhône-Alpes, la SDH et Teledyne e2v Semiconductors devraient ainsi être les premières d’une longue liste d’organisations conventionnées. « Nous avons déjà rencontré 250 entreprises et 37 d’entre elles ont signé un acte d’engagement », se félicite Lorène Grand, en charge de ce dossier à Grenoble Alpes Métropole. Il pourrait donc y avoir plus d’acteurs d’entreprises en 2018 pour la prochaine édition de ces assises nationales des PDM made in Grenoble. Mais, nouveauté, elles devraient être payantes l’an prochain. Car, pour être si bien rodées, ces troisièmes Assises « ont été une réussite à 100 % », estime Bruno Renard, en raison de leur gratuité, « mais certains inscrits ne sont pas venus, au détriment de ceux qui auraient souhaité y assister ».

Le forum international Creative Mobilities, sur les liens entre les mobilités et la culture organisé le lendemain, sera-t-il lui aussi reconduit? Cette première édition organisée par le SMTC et l’ONG Culture & développement en collaboration avec Terra21 fut, de l’avis de tous, très riche. Trop dense sans doute aussi. Plus de 70 intervenants étaient en effet venus du monde entier pour témoigner de leur expérience. « Mais nous voulions créer une communauté et donner le goût de continuer le voyage avec nous », justifie Valeria Marcolin, déléguée générale du forum. L’envie de poursuivre est là. Reste à réunir les fonds pour réitérer cette belle expérience.

Jean Viard, sociologue des mobilités

« En France, la moitié des gens habitent dans ce qui était la campagne il y a quarante ans. Pour beaucoup, c’était une victoire d’accéder à ce mode de vie. Aujourd’hui, ils se retrouvent déclassés parce que le modèle a changé. Certains disent: “cette société, ce n’est pas pour moi, comment veux-tu que je me rende au travail à vélo?”. La révolution technologique concentre l’activité dans les grandes métropoles, mais il ne faut pas oublier les territoires mitoyens. Pour que tous aient un meilleur rapport aux mobilités durables, celles-ci doivent inclurent ceux qui ne sortent jamais ou ne partent jamais en vacances. Qu’on fasse culture commune. »

La mobilité durable récompensée

Pas de paillettes, mais une vingtaine de jolies tables, des saveurs locales (et bio) et de belles initiatives récompensées… Cette année encore, la soirée de gala du jeudi soir, que Bruno Renard s’est plu à animer sous le regard bienveillant des partenaires de ce grand rendez-vous de la mobilité qu’il a lancé en 2011, aura permis aux quelque 160 convives de découvrir ceux qui aujourd’hui préparent demain. Et cette année encore, les lauréats auront été applaudis pour leur inventivité sur des créneaux somme toute bien variés. Furent en effet récompensés du trophée:

Vision: Pierre Lombard pour Mc Phy, producteur d’hydrogène décarboné;

Innovation: Rémi et Sylvain Besançon, pour Ze Trott, start-up de location de trottinettes tout-terrain pour les balades et bientôt un usage urbain;

Audace: Jérôme Cucarolo et Thomas Hilaire, pour Tout à vélo, SCOP de transport et déménagement à vélo;

Impact: Alexandre Chureau, pour Enerstone, société spécialisée dans l’augmentation des capacités de batteries vieillissantes;

Prévention routière: Michaëlle Policard, Prescilia Langevin et Anne-Laure Nicolet, pour Déclic collectif, bureau de conception et de gestion d’espaces publics;

Accessibilité: Lucas Gebhardt créateur d’Handivoyage.net, site pour des vacances accessibles à tous;

Enfin, Vincent Gélin, créateur (avec Adrien Reguis) de la start up Nok Factory a reçu un chèque de 3 000 € du groupe Suez pour son projet de revalorisation d’articles de sport en fin de vie.

Quelques pistes tracées pendant Mouv’ 2017

Thierry Mallet, pdg de Transdev:

« Je suis convaincu de l’intérêt de toutes ces nouvelles mobilités comme le covoiturage, le transport à la demande qu’on va regrouper dans des plateformes. Et je voudrais avancer quelques pistes.

1. La mobilité physique et la mobilité virtuelle doivent se combiner aujourd’hui.

2. Il faut que le temps de la mobilité soit reçu comme utile et agréable. Mieux vaut 20 minutes dans le confort plutôt que 10 minutes en étant compressé.

3. Nous pouvons être partenaires, mais qui va gouverner tout cela? Le rôle des Régions me semble là important.

Et je finirai par une question. Comment définir des mobilités créatives sur des territoires en continuelle transformation? »

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Auteur

  • Nathalie Ruffier
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