Très impliqué dans les énergies alternatives, le groupement Réunir s’est engagé fin 2016 dans une coopération avec GRDF. Les transporteurs adhérents bénéficient d’un accompagnement solide, pour mieux appréhender les évolutions en cours.
Premier réseau de transporteurs indépendants en France, Réunir a renouvelé, en octobre, son partenariat initié fin 2016 avec GRDF. Alain-Jean Berthelet, président du groupement Réunir, tient à préciser qu’il ne s’agit pas de l’expression d’un choix exclusif. « Cela ne signifie pas que nous nous engageons pour une énergie en particulier, affirme-t-il. Nous sommes prêts à nous adapter aux solutions énergétiques qui correspondent aux besoins de nos clients, et à nos contraintes d’exploitation. Aujourd’hui, l’électrique bute sur trois obstacles majeurs: le prix des véhicules, leur autonomie, et le maillage du territoire en bornes de charge. Dans le cas où les véhicules doivent être chargés au dépôt, il est nécessaire d’adapter ces dépôts, ce qui n’est pas toujours possible en raison de la réglementation. Pour le moment, le domaine de pertinence de l’électrique est donc limité, et son modèle économique reste à construire. Nous ne souhaitons pas nous détourner de l’électrique. Mon entreprise, les Cars Berthelet, est d’ailleurs propriétaire de trois Bluebus. » Même précaution du côté de GRDF, qui insiste sur la dimension de service public de sa mission, menée en lien avec l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et la Commission de régulation de l’énergie.
« Le partenariat s’articule en trois volets: faire connaître le GNV, mettre nos différentes compétences à la disposition des professionnels, et promouvoir ensemble la filière GNV auprès des pouvoirs publics », résume Clément Pichot, en charge du Transport routier de voyageurs (TRV) dans l’équipe mobilité GNV au sein de GRDF. Après une année 2017 consacrée à la pédagogie, « nous voulons montrer aux transporteurs qui ont fait le choix du GNV que plus que jamais nous sommes là pour les accompagner, poursuit-il. Il faut maintenant passer à la vitesse supérieure. » Le GNV, qui existe depuis une vingtaine d’années dans l’urbain, n’est d’ailleurs pas totalement nouveau pour les professionnels. « Néanmoins, si les bénéfices sont identifiés, les transporteurs souhaitent encore connaître davantage les contraintes liées à cette énergie, ainsi que les implications pour leur exploitation », explique Clément Pichot.
GRDF présente aussi l’avantage d’être neutre par rapport aux constructeurs de véhicules et aux équipementiers. De plus, GRDF gère le réseau en concession de service public pour le compte de 11 500 communes, ce qui lui apporte un solide ancrage territorial. « Nos adhérents ont obtenu les réponses aux questions qu’ils se posaient, sans perdre de temps, renchérit Alain-Jean Berthelet. C’est indispensable, car les transporteurs doivent être capables de répondre aux cahiers des charges établis par les autorités organisatrices de transport, dans le cadre des appels d’offres. D’un autre côté, nous avons pu également mettre en place des accords avec certains constructeurs. »
Pour Alain-Jean Berthelet, les avantages de ce partenariat sont indéniables: « Nous apprécions la qualité du conseil et la fiabilité des informations. GRDF nous aide par exemple dans la formation des conducteurs et des personnels chargés de l’entretien des véhicules. Très concrètement, GRDF peut nous envoyer des experts ATEx (risque d’explosion) pour contrôler les ateliers. Ainsi, nous gagnons du temps, et nous gagnons en expertise. » En effet, GRDF dispose de 300 responsables locaux et de onze ingénieurs d’affaires dédiés au GNV pour accompagner les porteurs de projet.
En matière de transition énergétique, il n’existe pas de solution unique. L’avenir verra probablement se dessiner un mix énergétique, en fonction des zones de pertinence des différentes technologies. « Le ressenti des transporteurs, c’est que tous les voyants sont au vert pour le GNV », remarque Clément Pichot. Les arguments positifs ne manquent pas: prorogation du suramortissement, gel de la TICPE sur cinq ans, classement dans le groupe 1 du décret Bus propres des véhicules qui roulent au bioGNV.
Pour Alain-Jean Berthelet, les raisons de choisir le GNV sont nombreuses: « Avec le GNV, il n’y a aucun problème d’autonomie, et les périphériques du véhicule (climatisation, info voyageurs…) peuvent fonctionner. La durée de vie du moteur est similaire à celle d’un diesel. Et on connaît le modèle économique. Les choses vont vite. Même si les véhicules restent 10 à 20 % plus chers qu’un diesel Euro VI, l’écart va continuer à se réduire. » Seul bémol: « Les véhicules disponibles restent inspirés de l’urbain, sur le modèle du low entry. » La principale difficulté demeure la question de l’avitaillement, même si les choses s’améliorent régulièrement. « Nous enregistrons une ouverture de station par mois », souligne Clément Pichot. Et 250 stations devraient être opérationnelles en 2020 sur l’ensemble du territoire national.
Le cabinet Enea Consulting et sept acteurs de référence du secteur ont publié fin octobre une analyse approfondie de l’état de développement de la filière biométhane en France. Aujourd’hui, notre pays est le 5e producteur européen de biométhane. 35 sites injectent du biométhane dans les réseaux de gaz, à hauteur de 315 GWh, soit une quantité triplée par rapport à 2015. Un total de 297 projets supplémentaires est inscrit en file d’attente de raccordement, soit une capacité d’injection de 7 TWh d’ici à 2023. L’objectif fixé par la Loi de Transition énergétique pour la croissance verte est d’utiliser 10 % de gaz renouvelable dans la consommation française d’ici à 2030.
L’étude d’Enea Consulting, qui identifie plusieurs leviers susceptibles de soutenir le développement de la filière, insiste sur la nécessité de dégager un volume de financement de 10 milliards d’euros d’ici à 2030. Les acteurs de la filière rappellent que le biométhane participe au traitement et à la valorisation des déchets, crée de la richesse pour la filière agricole, et soutient l’emploi local (chaque site de production génère un à deux emplois directs, non délocalisables). Enfin, la production de biométhane constitue une opportunité de consommer de l’électricité produite localement.
L’étude a été réalisée en partenariat avec Biogaz Vallée, Cryo Pur, GRDF, GRTgaz, Meridiam, TIGF et Total.
