Après Autolib’ et Vélib’, c’est le scooter électrique en free floating ou libre accès qui se déploie à Paris. À une différence près: ce marché s’organise en dehors des contrats de délégation de service public. Il y a tout juste un an, Cityscoot débarquait dans la capitale, avec ses 1 000 deux-roues. Depuis, Mober et Coup l’ont rejoint.
« L’arrivée de la concurrence est le signe que notre service est vraiment utile », explique Bertrand Fleurose, fondateur de Cityscoot qui voit d’un œil plutôt bienveillant l’entrée de Mober et de Coup sur le marché de la location de scooters électriques en libre accès. Après une carrière dans les marchés financiers, ce quinquagénaire se reconvertit en 2005 dans le monde du deux-roues à Paris: réparation, vente, location. En 2013, l’idée lui vient: mettre en place le même service qu’Autolib’ et Vélib’, mais avec des scooters. « Scootlib’ était une promesse de campagne d’Anne Hidalgo quand elle visait la mairie en 2014, d’après une idée lancée par le Parti radical de gauche (PRG) en 2008, explique le dirigeant de Cityscoot. Nous sommes arrivés au même moment. » La mairie de Paris, probablement soulagée de voir des fonds privés gérer le service, encourage l’initiative. Elle a réitéré son soutien mardi 27 juin, à l’occasion du premier anniversaire de Cityscoot: « Je me réjouis de l’essor de cette entreprise, qui contribue à inventer la mobilité du futur au cœur de Paris, avec des véhicules à la fois plus propres et silencieux, respectueux de la santé et du cadre de vie des habitants. Ce nouveau service, fondé par une start-up parisienne, a aussi permis la création d’une centaine d’emplois, preuve que la transition énergétique représente aussi de véritables opportunités économiques. » Depuis l’ouverture au grand public en juin 2016, pas moins de 25 000 usagers réguliers empruntent les 1 100 scooters électriques partagés, qui se déploient progressivement dans plusieurs communes limitrophes de la capitale comme Neuilly-sur-Seine (92) et Levallois-Perret (92). Cityscoot enregistre 7 000 locations quotidiennes, soit plus d’une toutes les 10 secondes. La distance moyenne parcourue par trajet est de 4 km, pour une durée moyenne porte à porte de 15 minutes.
Le principe est simple: grâce à l’application smartphone, l’utilisateur localise un scooter disponible, visualise son autonomie et le réserve. Puis, il le déverrouille à l’aide du code à quatre chiffres reçu sur le smartphone. Un casque homologué est à sa disposition sous la selle avec des charlottes à usage unique. Pour terminer sa location, il suffit de garer le scooter sur une place publique autorisée aux deux-roues motorisés. À la différence d’Autolib’ et Vélib’, Cityscoot, comme ses concurrents, ne dispose pas de bornes ni de stations. Ce qui limite les contraintes liées à la voirie, au droit d’occupation des sols et à la maintenance. « L’utilisateur ne se préoccupe jamais de recharger le scooter, précise Bertrand Fleurose. L’équipe de Cityscoot se déplace jour et nuit en fourgonnette électrique afin de remplacer les batteries vides par des pleines. » Pour essayer de déloger Cityscoot de sa position de leader, le nouvel arrivant, la société Coup, filiale de Bosch, met en avant un scooter électrique plus maniable, plus compact et plus design. Déjà déployée à Berlin depuis un an, Coup annonce vouloir mettre en place 600 scooters. « Paris connaît de sérieuses problématiques d’embouteillage et de pollution, explique Maureen Houel, directrice de la filiale de Coup à Paris. Contrairement à Berlin, il existe dans la capitale française une vraie culture du scooter. L’urbanisme est aussi différent de celui de Berlin: à Paris, les rues sont moins larges, les densités plus fortes. C’est un vrai défi. » Le marché est si florissant qu’un troisième acteur vient enrichir le paysage du service de la location de scooters électriques en libre-service: Mober. Pour le moment, seule une vingtaine de véhicules, au look vintage et coloré, sont en service dans la capitale, jour et nuit, depuis janvier. Mais l’objectif de la start-up française est d’atteindre les 500 scooters d’ici à la fin de l’année. « Nous nous sommes actuellement engagés dans un processus de levée de fonds dont le niveau se situe entre 7 et 8 millions d’euros, précise Jean-Michel Gazagne, président de Mober. Le but est d’atteindre un parc significatif afin d’exister sur le marché. »
Sur le même système d’application smartphone, la politique tarifaire, sans abonnement, diffère cependant d’un service à l’autre. Mober facture 0,19 euro la minute. De son côté, Cityscoot demande 0,20 euro la minute si l’usager achète un pack et 0,28 euro la minute pour un usage ponctuel. Pour sa part, Coup réclame 4 euros par trajet jusqu’à 30 minutes. « Nous avons préféré le forfait pour des raisons de sécurité, afin que nos clients ne soient pas stressés et tentés de rouler trop vite, précise Maureen Houel. Les pré-inscriptions ont commencé et 6 000 personnes ont rempli les formulaires en ligne en six semaines. » Le marché parisien, estimé à 5 000 scooters environ, selon Mober, pourrait donc supporter, en plus de Cityscoot, l’arrivée de Coup et Mober. Le leader se montre même bon joueur puisque, le 15 juin dernier, lors de la conférence de presse de Coup annonçant son déploiement à Paris, des scooters Cityscoot attendaient les invités avec des affiches « Welcome Coup ». « Un signe de bienvenue sympathique », juge Maureen Houel. Mais Cityscoot ne compte pas se laisser faire. « Le parcours client et les opérations de terrain sont de meilleure qualité chez nous. La capacité à disposer d’une flotte disponible à 100 % tout le temps est aussi essentielle, analyse Bertrand Fleurose. Coup et Mober vont s’améliorer mais nous avons de l’avance. » Cityscoot a mis à jour son application en septembre, qui proposera de nouvelles fonctionnalités. L’entreprise prévoit également une augmentation de la flotte: 1 600 scooters d’ici la fin de l’année et encore 1 000 de plus en 2018. Le service s’exportera aussi à Turin et à Milan et dans d’autres villes de province.
