Expérimentations, initiatives et partenariats se multiplient en France pour développer le covoiturage et l’autopartage et lutter contre la pollution. Avec la généralisation des smartphones, la mise en relation entre covoitureurs et covoiturés devient plus facile et efficace. De plus en plus d’élus locaux sont prêts à donner des coups de pouce à ce mode de transport.
La prise de conscience est peut-être lente mais elle est bien réelle. Depuis une petite dizaine d’années, les collectivités locales multiplient les initiatives, les expériences et les partenariats pour développer le covoiturage ou l’autopartage sur leurs territoires. Avec parfois des accélérations spectaculaires comme celle donnée en septembre dernier par la région (voir encadré) lorsqu’Île-de-France mobilités [ex-Syndicat des transports d’Île-de-France (Stif)] s’est associé à 17 opérateurs pour lancer l’opération « Tous ensemble pour le covoiturage ». La large diffusion des smartphones et de nombreuses applications innovantes ont fait émerger ces dernières années de nouveaux outils numériques qui ont amélioré l’ergonomie des sites (interfaces) de mise en relation entre covoitureurs et covoiturés ainsi que les transactions entre eux.
Une nouvelle génération d’acteurs de la mobilité dite « collaborative » a ainsi vu le jour et renouvelé les usages partagés de la voiture. Parallèlement, à mesure que les dotations de l’État ont décliné, les collectivités territoriales, grandes et petites, ont dû faire évoluer les mentalités et faire preuve d’inventivité. Halte – autant que possible – à l’usage individuel de la voiture et aux transports en commun à rentabilité faible ou nulle, place « au renforcement de l’intermodalité » devenue désormais « la priorité et l’enjeu à explorer pour répondre aux besoins de mobilité des habitants, notamment dans le rural et le périurbain », comme l’expliquait voici tout juste un an, Charles-Éric Lemaignen, alors président de l’Assemblée des communautés de France (ADCF), en présentant une étude
Encore faut-il faire la distinction, il est vrai, entre le covoiturage longue distance – alors que les dessertes sont largement assurées par les transports publics traditionnels – le covoiturage courte et moyenne distances – qui peut être réellement complémentaire au maillage des transports collectifs – et l’autopartage – qui permet d’avoir l’usage d’une voiture de temps en temps, en libre-service près de chez soi, pour une heure ou davantage. Aujourd’hui, la grande tendance de la mobilité collaborative est au « covoiturage dynamique ». Lequel associent plusieurs technologies: la géolocalisation via le GPS et les connexions rapides à internet grâce à la 3G ou la 4G qui permettent de synchroniser en temps réel les demandes et les offres de trajets dans un territoire donné. Exemple: les « lignes dynamiques » – les Blablalines – que le géant français du covoiturage, BlaBlaCar, a lancées à la rentrée dans la région parisienne. Son ambition: faire décoller le covoiturage court en visant particulièrement les axes non ou mal desservis par les transports en commun comme Cergy-Pontoise-Guyancourt et Créteil-Vélizy. Dans ce nouveau système dynamique, c’est le conducteur qui annonce son trajet et ne fait plus de détours pour prendre un passager; le point de rendez-vous est fixé de manière automatique à l’heure de son passage et se situe donc toujours sur son parcours. Pour leur part, les passagers entrent leurs demandes dans l’app Blablacar qui leur trouve automatiquement le ou les conducteur(s) qui font le trajet demandé à l’heure qu’ils souhaitent et qui acceptent de les prendre. En outre, le géant français a simplifié l’organisation et automatisé les mises en relation: les automobilistes proposent une fois pour toutes leurs trajets quotidiens et n’ont plus qu’à accepter au fur et à mesure les demandes de passagers sur leur parcours, à l’heure qui leur convient.
Avant d’arriver en Île-de-France, le service Blablalines a été expérimenté depuis le printemps dernier à Reims et Toulouse où l’entreprise a enregistré 2 000 allers-retours par semaine entre Reims et Châlons-en-Champagne et 5 000 entre Toulouse et Montauban. Un succès qui a incité Blablacar à déployer son offre sur tous les axes du Grand Reims et de la grande agglomération toulousaine. En Île-de-France, où Blablacar est partie prenante dans l’opération « Tous ensemble pour le covoiturage », le covoiturage dynamique a même gravi une marche supplémentaire, celle qui consiste à combiner et optimiser l’information voyageurs des transports en commun avec celle du covoiturage. À noter que le covoiturage dynamique peut aussi prendre en charge la gestion automatique des frais: la géolocalisation en temps réel permet en effet de calculer avec précision le trajet exact partagé et donc de faire payer au passager l’indemnité kilométrique la plus juste. Tandis qu’à l’aide des porte-monnaie virtuels, les conducteurs et les passagers n’ont plus besoin d’échanger physiquement de l’argent: celui-ci est numériquement et instantanément transféré du compte du covoituré à celui du covoitureur.
Alors que ce covoiturage dynamique se développe, une nouvelle étape se profile déjà: le co-camionnage. Ce nouveau concept en devenir consiste à organiser des prises en charge de passagers – sur le principe des lignes dynamiques – par un routier professionnel pour des prix assez proches de ceux du covoiturage actuel, avec la possibilité supplémentaire de voyager avec de gros bagages voire avec un deux-roues.
Face à une ferme demande de leurs administrés et à la nécessité de réduire pollution et embouteillages pour gagner en qualité de vie, la difficulté pour les collectivités locales, c’est à la fois de ne pas rester les deux pieds dans le même sabot, sans pour autant sauter dans le mauvais coche. Or, leur rôle est crucial pour le développement du covoiturage ou de l’autopartage, grande source d’économie de carburant et de réduction de pollution. Pour les rassurer et les aider, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a notamment élaboré une sorte de boîte à outils du covoiturage disponible sur internet, avec moult documents, guides et modèles de chartes.
Si le nombre moyen de passagers par voiture circulant en Île-de-France passait de 1,1 à l’heure actuelle à 2 personnes, il y aurait un tiers d’automobiles en moins en circulation. Fort de ce constat, Île-de-France Mobilités a lancé en septembre 2017 l’opération « Tous ensemble pour le covoiturage ». Objectif: faire de ce mode de transport « une solution du quotidien ». IDF Mobilités a donc conclu un partenariat avec 17 entreprises de covoiturage: Blablalines, Citygoo, Clem’, Covoit’ici/Ecov, HopWays, IDVroom, Kankaroo, Karos, MicroStop, OuiHop, Proxiigen, Rezo Pouce, Roulez malin/Covivo, Trajet à la carte, WayzUp, Wever, Zify. Ces entreprises recevront chacune jusqu’à 50 000 euros d’aide financière pour développer de nouvelles offres promotionnelles visant à convertir davantage de Franciliens au covoiturage aussi bien côté usagers que côté conducteurs. Concrètement, il s’agit d’un coup de pouce financier de 2 euros par trajet pour le passager et le conducteur du véhiculé partagé, jusqu’au 31 décembre 2017.
Mieux encore, Vianavigo, la plateforme de recherche d’itinéraires qui regroupe l’ensemble des modes de transport en commun en Île-de-France (train-RER, métro, tram et bus), propose désormais le covoiturage. Une première en France! Vianavigo réunit et compare les offres de covoiturage urbain en partenariat avec les huit principaux acteurs du secteur, auxquels s’ajouteront les autres acteurs quand ils seront prêts. En sélectionnant l’onglet « covoiturage », la liste des trajets de covoiturage correspondant à la recherche s’affiche en précisant le lieu de prise en charge, les horaires de départ et le temps de parcours, et, enfin, le prix demandé. Une fois la solution choisie, Vianavigo redirige l’utilisateur vers le site du partenaire concerné qui finalise sa réservation et sa mise en relation avec le conducteur.
Parallèlement, la région s’est lancée dans la création de nouvelles places de stationnement dédiées aux covoitureurs. D’ici 2021, sur les 10 000 nouvelles places de parking labellisées créées près des gares, de nombreuses places seront réservées pour les covoitureurs qui bénéficieront d’un tarif réduit (avec une double validation de la carte Navigo).
La Fédération nationale des associations des usagers des transports (Fnaut) ne sait pas trop sur quel pied danser: si elle est favorable au covoiturage de proximité, elle préférerait que les aides publiques favorisent les transports collectifs, le vélo ou… la marche à pied. En effet, cette organisation a présenté le 7 octobre dernier les résultats d’une étude sur les aides publiques au covoiturage réalisée par le cabinet Adetec pour le compte de l’association Qualité mobilité. Il en ressort que le covoiturage bénéficie d’environ 260 millions d’euros d’aides et avantages d’origine publique (chiffres 2015). « L’usage des infrastructures routières en représente 50 % (129 millions), précise le rapport. Suivent les fraudes fiscales et sociales (87 millions, 33 %) et la compensation des pertes de recettes des transports collectifs (26 millions, 10 %). Les politiques locales de covoiturage ne représentent que 5 % du total (12 millions). » Les collectivités locales supportent 51 % de ce coût (principalement à travers l’usage des infrastructures routières), l’État, 47 % (principalement via la fraude fiscale) et la Sécurité sociale 2 %.
La Fnaut considère que « les nouvelles mobilités comme le covoiturage – mais aussi l’autopartage, la location de vélos/voitures/scooter, les SLO, et les véhicules autonomes – doivent se développer » car elles représentent « un complément important des modes traditionnels de transport public ». Mais au nom de la défense de « l’équité concurrentielle entre tous les modes de déplacements », elle préconise trois grands types de mesures pour mieux orienter les dépenses publiques en faveur du covoiturage de proximité: réduire le barème fiscal actuel (0,57 €/km) au niveau du coût réel de la voiture (0,34 €/km), instaurer une taxe carbone pour les déplacements en voiture afin de « rétablir la vérité des coûts par rapport aux impacts pour la société » et créer une taxe sur les transactions via Internet.
Par ailleurs, l’étude d’Adetec propose que les financements publics en faveur du covoiturage soient mieux orientés afin d’éviter la concurrence avec les transports en commun, et conseille de développer le covoiturage spontané, c’est-à-dire « une forme intermédiaire entre le covoiturage et l’auto-stop, avec des arrêts ». Enfin, la Fnaut souhaite que les investissements routiers soient réduits et que les sommes ainsi économisées soient reportées sur les transports en commun, mais aussi le vélo et la marche.
Filiale covoiturage de la SNCF, iDVroom a lancé en septembre 15 nouvelles lignes de covoiturage de proximité en Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France et Bretagne. Au même moment, Rezo Pouce a propulsé « l’auto-stop 2.0 » sur l’appli de Cityway (Transdev). Gratuit, ce service a été imaginé par l’association Covoiturons sur le pouce issu d’une dizaine de collectivités du Tarn-et-Garonne et de la Haute-Garonne. Quant à CarPostal, il expérimente Covoit’Ici, son covoiturage de proximité sur son réseau Libébus entre Sénas et Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône). À chaque terminus, les passagers enregistrent sur une borne leur demande qui s’affichera sur un panneau lumineux situé à proximité de la station. Facturé 90 centimes, le trajet rapporte un euro au conducteur, la différence étant payée par la collectivité. Pour le trajet domicile-travail, le covoiturage de WayzUp est désormais disponible sur les pass transport public de Paris Île-de-France, Lyon, Toulouse, Bordeaux, Lille, Nantes, Rennes et Grenoble. Le coût pour les passagers est pris en charge par la start-up: en renseignant leur abonnement transport sur l’application WayzUp, ils bénéficient de deux trajets gratuits par jour, dans la limite de 40 km par trajet. Le conducteur, lui, gagne 10 centimes par km et par passager.
(1) Étude sur le besoin de cohérence intermodale dans les politiques de déplacements de l’Assemblée des communautés de France (ADCF) et l’opérateur Transdev, novembre 2016.
