Le nouveau secrétaire général de l’Union internationale des transports publics livre sa vision de l’avenir et des développements de la mobilité à travers le monde. Il succède à Alain Flausch, qui va demeurer consultant au sein de l’organisation jusqu’à la mi-2018.
Mohamed Mezghani. Ayant été l’adjoint du secrétaire général précédent pendant quatre ans, je partage logiquement sa vision du transport public, d’autant plus que j’ai contribué à la porter. À savoir un transport conciliant des objectifs sociaux de mobilité pour tous avec un esprit entrepreneurial orienté client et prônant une meilleure efficacité tout en se mettant au service de la ville et de ses citoyens. Les bouleversements que connaît la mobilité urbaine actuellement ne remettent pas en question cette vision, bien au contraire. Le développement de services partagés et à la demande renforce même cette vision dans la mesure où ceux-ci permettent de diversifier l’offre de transport public, de la compléter, de la personnaliser, de mieux maîtriser les coûts et de rendre la ville plus accessible.
M. M. La révolution numérique améliore l’approche du transport public puisque celui-ci ne se limite plus dorénavant au transport collectif de masse mais englobe également le transport à la demande. Toute solution de mobilité partagée fait désormais partie intégrante du système de transport public. C’est là le principal changement. Grâce à la flexibilité et la facilité de déploiement du transport à la demande et/ou partagé, l’offre de transport public s’accroît dans des délais très courts. Toutefois, le transport collectif conventionnel restera la colonne vertébrale du réseau. Donc l’infrastructure physique continuera à créer de la valeur, en améliorant l’accessibilité aux emplois ou encore par la valorisation du foncier et de l’immobilier. Mais il est vrai que les nouvelles solutions de mobilité, par les données qu’elles collectent et qu’elles génèrent, créent de nouvelles opportunités de revenus grâce à l’exploitation de ces données. C’est ce qui intéresse notamment les nouveaux acteurs issus du monde du numérique. Les acteurs traditionnels ne doivent pas avoir peur de ces changements. Ils doivent saisir ces nouvelles opportunités et établir les bons partenariats. Ils ont à leur actif leur expertise de gestionnaire des transports, leur connaissance des clients et leur familiarité avec le tissu local. Un grand nombre de membres de l’UITP l’ont compris. Donc, je ne pense pas qu’il y aura un renouvellement des acteurs mais de plus en plus de partenariats capitalisant sur les forces de chaque type d’acteur.
M. M. Il faut comprendre que les transports publics ne sont pas une fin en soi mais un moyen pour une ville plus accessible, plus inclusive et plus agréable à vivre. Offrir l’accès au plus grand nombre bénéficiera à la collectivité dans son ensemble par une meilleure utilisation des ressources, un impact moindre sur l’environnement et un développement économique plus équitable. Il est donc important de tenir compte des bénéfices directs et indirects du transport public pour justifier la nécessité d’étendre le réseau et les services. Pour en garantir l’accès, il faut une approche orientée client qui tienne compte de la diversité des profils, qui se reflète dans l’offre de services, la tarification, la billettique, les conditions de voyage, etc. C’est dans ce cadre que des offres intégrées type MaaS vont permettre d’attirer les automobilistes, de se combiner avec l’utilisation du vélo… bref, d’optimiser sa mobilité. Enfin, il ne faut pas oublier les personnes à mobilité réduite.
