Avec 5 millions de voyages en un an, le réseau gratuit de Châteauroux franchit un nouveau cap. Et apporte la preuve que gratuité ne rime pas forcément avec médiocre qualité: cadencement, renforcement de l’offre périurbaine, renouvellement du matériel roulant… Le réseau Horizon va de l’avant.
« Plus de 5 millions de voyages en un an… Jamais je n’aurais imaginé que nous atteindrions un tel résultat lorsqu’en décembre 2001, la gratuité a été instaurée dans nos bus! » Paul Pluviaud, l’élu en charge du réseau de transport de Châteauroux Métropole, savoure les chiffres de fréquentation du réseau Horizon: 5 002 020 voyages pour l’ensemble du réseau (lignes régulières et service PMR) en 2017, en progression de 4,78 % par rapport à 2016, avec une population de 73 950 habitants. Une performance qui ne doit rien au hasard. « Cette année, nous avons restructuré trois lignes et, en quatre mois, ces lignes ont progressé de plus de 10 %. Il s’agissait notamment d’aider nos amis Chinois à se déplacer », explique Paul Pluviaud. L’agglomération de Châteauroux accueille en effet depuis 2015 une petite communauté chinoise dans le cadre d’un vaste projet économique: la création d’une zone industrielle HQE de 500 hectares. Pour l’heure, le projet est en stand-by et seuls quatre hectares sont en activité. Mais la Chine a acquis une grande partie d’une ancienne zone militaire en périphérie immédiate du centre-ville, y a investi 20 M€ pour y créer un complexe sportif où viennent s’entraîner des athlètes chinois. Et 150 étudiants fréquentent le campus castelroussin. « Il n’y avait que trois passages de bus par jour dans cette zone, explique Paul Pluviaud. Désormais, nous en avons 17 quotidiens grâce à un avenant à la DSP, pour un montant de 200 000 €/an. »
La DSP a été signée en octobre 2015 pour une durée de six ans. « Avant, c’était un marché public. Mais la DSP est un outil plus précis et qui vieillit mieux », remarque Paul Pluviaud. L’appel d’offres avait été particulièrement disputé entre les trois grands opérateurs français et le groupe suisse TRS. Et si Kéolis est finalement parvenu à conserver le réseau Horizon, c’est au prix d’un gros engagement en terme financier et de fréquentation.
En effet, sur la durée de la DSP, le coût du service est estimé à 30,80 M€ HT – soit 1,15 M€ de moins par rapport au marché public précédent – avec une part fixe de 16 M€ et une autre variable liée à la fréquentation. Une fréquentation que Kéolis s’est engagé à faire progresser de 15 % d’ici décembre 2021. Un sacré pari que Kéolis s’est donné les moyens de gagner, bien soutenu par l’agglomération.
« J’ai rarement eu avec des élus des relations d’une telle qualité. Le dialogue est permanent et l’AO est vraiment à l’écoute de nos propositions, se réjouit Alexandre Flon, directeur de Kéolis Châteauroux depuis juin 2016. Ce qui explique la hausse de fréquentation qui est le fruit de plusieurs facteurs. » À commencer par une clause essentielle de la DSP: le regroupement dès 2015 du réseau urbain et du réseau périurbain. « Avant cette DSP, explique Emmanuel Gerber, responsable du service transport à Châteauroux Métropole, nous avions deux réseaux distincts. Désormais, nous avons le même type de véhicules, le même matériel embarqué, la même livrée. Du coup, la hausse de fréquentation est très forte sur les lignes périurbaines. D’autant que, depuis 2015, le réseau s’est développé dans les communes les plus rurales de l’agglomération. D’abord par des Services à la demande (SAD), avec horaires et points d’arrêt préétablis, qui nous servent de tests. Lorsque nous constatons que le service est déclenché quotidiennement, il devient une ligne régulière. Ce qui enlève la contrainte de la réservation téléphonique et, du coup, dope encore la fréquentation. » Autre facteur issu de la DSP qui favorise la hausse de fréquentation, le cadencement au quart d’heure sur sa partie centrale, à la demi-heure aux extrémités de la ligne 1, qui assure 42 % des voyages (+ 7 % en 2017). Et le maintien du dispositif Flexo instauré en 2009, qui permet d’accroître l’offre de début de soirée sans mobiliser d’importants moyens. Les derniers bus du service régulier rabattent sur la place Voltaire, le principal pole d’échanges, les derniers clients et les employés des zones commerciales de périphérie. De là partent chaque soir à 20 h 10 trois bus, chacun affecté à un secteur de l’agglomération. « Autre facteur favorisant, reprend Emmanuel Gerber, les arrêts sur chaussée plutôt qu’en alvéole. Cela permet une meilleure insertion dans la circulation des bus qui, malgré la hausse de fréquentation et donc des temps de chargement, ont maintenu leur vitesse commerciale (17 km/h). »
Pour parvenir à ces objectifs de hausse de fréquentation, Kéolis Châteauroux – dont les effectifs sont passés de 58 à 73 ETP, essentiellement pour la conduite – s’est doté d’une agence en centre-ville et a instauré la relève en ligne. Jusqu’en 2015, les changements de conducteur s’effectuaient au dépôt, impliquant donc des kilomètres à vide. Désormais, la relève s’effectue au pôle Voltaire ou au terminus des lignes. « On gagne en efficience économique avec moins de kilomètres parcourus à vide et plus de disponibilité des bus, ce qui permet d’assurer une continuité de service entre 12 et 14 heures, explique Alexandre Flon. Nous faisons également un gros travail en termes de marketing, de communication, notamment sur les réseaux sociaux, et même de formation! » Ainsi, par exemple, l’opération Berry Christmas qui consiste à renforcer l’offre dominicale pendant les fêtes de Noël afin de desservir les commerces de centre-ville et les zones de périphérie. Avec des bus dont la vitrophanie devient support de communication.
Communication toujours avec les réseaux sociaux qui, au-delà des annonces de perturbation, permettent de s’adresser à une population jeune, parfois de manière décalée. « En faisant de la marque Horizon une marque communicante qui interagit avec la population, nous changeons l’image du bus. Nous en faisons un acteur de la ville à part entière, avec sa personnalité sympathique », poursuit Alexandre Flon. Kéolis Châteauroux organise régulièrement des ateliers découverte du réseau dans des lieux très divers: écoles, IUT, en mairie, lors de la réception des nouveaux habitants… « Nous organisons aussi des apprentissages à l’utilisation des supports digitaux – applications mobiles, Twitter, Facebook, etc. – auprès de populations plus âgées qui n’ont pas cette culture… », ajoute-t-il. Un travail tous azimuts récompensé lorsque, par exemple, la circulation d’un nouveau matériel devient un petit événement local. « Lors des essais en novembre d’un bus articulé Heuliez, nous avons eu énormément de retours sur les réseaux sociaux », souligne Alexandre Flon.
« Le bus articulé! Alors que nous pensions qu’il ne pourrait pas manœuvrer dans certaines artères, nous avons été très agréablement surpris, enchaîne Paul Pluviaud. Ces véhicules pourraient être une solution lorsque, à certaines heures, notamment lors de la sortie des lycées, les bus sont saturés malgré un doublement du service. » De quoi compléter un parc composé exclusivement – hors service PMR – d’Heuliez standards (GX 327 et GX 337) régulièrement renouvelés. « La moyenne d’âge du parc est de 7 ans et demi, précise Emmanuel Gerber. Cela participe à l’attractivité du réseau et évite les pannes invalidantes. » L’équipement en bus articulés pourrait toutefois pâtir de la taille modeste du dépôt actuel. Un nouveau dépôt sera construit d’ici la fin de la DSP, en tenant naturellement compte de la transition énergétique et des nombreux projets agricoles de méthanisation.
• 12 lignes régulières
• 2 lignes de renfort scolaire 8/8a et 9/9a
• 2 lignes dominicales (A/B)
• 1 service Flexo soir
• 1 service de transport de personnes à mobilité réduite Handibus
• Offre kilométrique: 1 649 040 km en 2017 (dont Handibus: 56 123 km), en hausse de 5,42 % par rapport à 2016
• 470 points d’arrêts (dont 168 accessibles à 100 %) + 1 pôle d’échange central
