En écrivant son rapport sur l’avenir du système ferroviaire français, Jean-Cyril Spinetta n’a pas fait preuve de retenue: suppression du statut de cheminot, transformation de la SNCF en société anonyme, recentrage du réseau TGV sur les métropoles, audit sur les petites lignes… les réactions ne se sont pas fait attendre, plus ou moins mesurées. Si la CGT s’est empressée de crier à la casse du service public, les Régions n’ont pas manqué de souligner elles aussi leur inquiétude. Car si l’objectif commun est de restaurer la qualité de l’offre ferroviaire, tout le monde n’est pas d’accord sur les moyens d’y parvenir.
L’ancien patron d’Air France a peut-être négligé une dimension fondamentale du rail, à savoir son rôle dans l’aménagement du territoire. Et donc son rapport au service public. Même le TGV n’a pas échappé à cette logique, qui a conduit en partie à alourdir la dette de la SNCF. L’audit préconisé par Jean-Cyril Spinetta n’est pas synonyme de condamnation a priori pour les petites lignes. Pourtant, nombre d’élus locaux ont manifesté leur inquiétude, à commencer par Christian Estrosi, maire de Nice et ancien président de la région PACA, en tête des candidates à la libéralisation du TER.
Tous savent bien qu’un nouvel audit sur les petites lignes ne pourrait que confirmer les conclusions rendues en 2005 par le rapport Rivier (du nom d’un expert suisse), qui s’interrogeait sur la pertinence socio-économique du maintien de 14 500 km de lignes à faible circulation (soit 45 % des 32 000 km du réseau). Ce rapport avait été commandé à l’époque par RFF. On dit souvent que le temps ferroviaire est long, quand il s’agit de projets d’infrastructure à construire. Mais aussi quand il faut décider de les supprimer…
En rappelant le rôle des Régions dans l’avenir des petites lignes, le Premier ministre, Edouard Philippe, appuie là où ça fait mal. Les élus doivent prendre leurs responsabilités, décider et expliquer. Le réseau ferroviaire doit évoluer pour devenir plus efficace. Et s’articuler avec les autres modes. Souple et performant, l’autocar peut encore monter en puissance, comme c’est déjà le cas dans certains territoires. L’usager comme le contribuable y trouvera son compte. L’aménagement du territoire en sortira renforcé. Reste à définir des conditions d’exercice des contrats attractives pour les transporteurs.
