Coup de frein pour le projet de billettique unique sur l’île de La Réunion. Alors qu’il était sur le point d’être attribué au groupement Ixxi/Parkeon, le marché vient d’être déclaré sans suite. Les élus privilégiant désormais des systèmes de billettique légère, sur fond de règlements de comptes politiques.
Ils pensaient que le plus dur était fait. Le groupement Ixxi/Parkeon, qui se trouvait en pole position pour développer le nouveau système de billetterie unique de l’île de La Réunion, vient de voir ce marché lui passer sous le nez dans la dernière ligne droite.
Le Syndicat mixte des transports de La Réunion (SMTR), qui regroupe les autorités organisatrices locales, vient en effet de classer sans suite son projet de Services de transports intelligents de La Réunion (STIR). La consultation, portait sur trois lots, notamment la mise en place d’un système de billettique mutualisée entre les cinq réseaux urbains des EPCI (Alterneo, Citalis, Kar’ouest, Car Sud, Estival) et l’interurbain Car Jaune, aux mains de la Région. A cela devait s’ajouter, par la suite, la mise en place d’un système d’aide à l’exploitation et d’information voyageurs (SAEIV) ainsi qu’un système d’informations multimodal (SIM).
En août 2017, une commission d’appel d’offres, a attribué le marché au groupement Ixxi-Parkeon pour un montant estimé à 17 millions d’euros. Environ 7 millions devait être pris en charge par les fonds européens et par le fonds de compensation de la TVA, ne laissant que 10 millions d’euros à la charge des collectivités. La facture a néanmoins été jugée trop importante par plusieurs élus siégeant au comité syndical. Les intercommunalités du nord (Cinor) et de l’ouest (TCO) plaidaient pour des systèmes de billettiques légères, qui se révélaient moins coûteux et plus rapide à mettre en œuvre que le calendrier prévisionnel du groupement. Ce dernier tablait sur un déploiement progressif, étalé entre 2020 et 2023.
Les élus réfractaires ont commencé par bloquer la notification du marché, en décembre, exigeant qu’une expertise technique soit menée au préalable. Puis, le 11 avril, ils ont fini par entériner son classement sans suite par 7 voix contre 1. Seul à défendre le projet, le président du SMTR, Alix Galbois, a été mis en minorité par son comité syndical, dans un contexte de vives tensions aux allures de règlement de comptes politique.
Originaire de Saint-Louis, cet ancien vice-président transports du conseil départemental (avant que la compétence soit transférée à la Région), a été élu président du SMTR, en décembre, en faisant le plein de voix dans les collectivités de droite (Région, Civis, Casud, Cirest, TCO). Six mois plus tard, alors que la droite locale se déchire, il essuie un vent de fronde au sein de l’instance, censée favoriser le dialogue entre les autorités organisatrices réunionnaises.
De plus en plus isolé, Alix Galbois n’a même pas réussi à obtenir la voix de son intercommunalité d’origine, la Civis, qui a voté contre le projet… alors même que le système de billetterie ne lui aurait pas coûté un centime, puisqu’elle l’a déjà déployé.
Les circonstances dans lesquelles le STIR a été enterré sont elles-mêmes sujettes à caution. Les 11 avril, plusieurs élus ont contraint le président à ajouter le point à l’ordre du jour, où il n’était pas prévu, faisant planer sur la délibération un soupçon d’irrégularité.
La crise de gouvernance au sein du SMTR menace de paralyser les projets d’intermodalité à La Réunion, une île où les réseaux sont mal connectés et les transports en commun peu développés, alors même que le territoire connaît d’importants problèmes de congestion routière.
Cette prise de conscience avait conduit à la création du SMTR en juin 2013, première étape d’un dialogue entre les différentes autorités organisatrices, qui ne se parlaient pas ou très peu jusqu’alors. L’une de ses missions principales, la mise en place d’un système de tarification coordonné, a fait l’objet de plus de deux ans de travaux dans un climat relativement consensuel jusqu’ici. Ceux-ci avaient démarré en novembre 2015, avec une mission d’assistance maîtrise d’ouvrage, confiée aux cabinets Ingetec et MT3.
Les élus affirment aujourd’hui être déterminés à poursuivre cet objectif. Mais le contexte y semble désormais peu propice. Alors que des collectivités menacent de quitter le SMTR si elles ne sont pas écoutées, le président leur rétorque dans Le Quotidien, qu’il ira « au bout de son mandat » de deux ans. Aujourd’hui, plus que l’intermodalité, c’est l’existence même du syndicat qui semble menacée.
