Le développement des mobilités suppose la modernisation du réseau routier, et la recherche de ressources pérennes. La ministre des Transports, Elisabeth Borne, a évoqué la possibilité de rendre payantes des autoroutes jusqu’ici gratuites, comme l’A75, suscitant les réactions hostiles des professionnels.
Scandaleuse pour les uns, surréaliste pour d’autres… La piste évoquée pour la future loi sur les mobilités (LOM) de financer la remise à niveau et l’entretien du réseau routier et autoroutier non concédé grâce à un péage sur ces axes aujourd’hui gratuits suscite de nombreuses réactions, notamment dans des régions comme l’Auvergne, le Limousin, le Berry. Des territoires qui ont été désenclavés récemment grâce à l’aménagement de l’A75 (Clermont-Ferrand – Béziers, dans le prolongement de l’A71), de l’A20 (Vierzon – Montauban, gratuite entre Vierzon et Nespouls) et de la RN145 (Route Centre Europe Atlantique). La mise en péage des infrastructures routières qui irriguent les départements concernés serait un handicap supplémentaire difficilement surmontable pour la population et, naturellement, pour les entreprises de transport, généralement des TPE ou PME. Comme un coup de grâce à une économie déjà très fragile.
Hausse des taxes sur le carburant, limitation à 80 km/h, verbalisation tous azimuts, refus de moderniser certains axes routiers et maintenant, cette volonté de faire payer l’usage de routes et autoroutes gratuites! Avec sans doute l’idée de les confier à des sociétés privées, à des amis du président! Décidément, ce gouvernement est totalement déconnecté des réalités du terrain, des préoccupations des PME! Il n’y a que la grande finance et les gros groupes qui l’intéressent! » Sous couvert d’anonymat, le responsable d’une entreprise limousine de transport de voyageurs tempête contre le projet. La FNTV d’Auvergne-Rhône-Alpes a quant à elle choisi de s’exprimer officiellement par la voix de son co-président, Michel Seyt, autocariste cantalien: « L’engagement de l’État, maintes fois répété, à la gratuité de l’A75 est motivé par une nécessaire politique d’aménagement des territoires ambitieuse et volontariste, indispensable à la survie et au développement des territoires ruraux traversés. La vision “parisienne” […] pour financer les autoroutes ne doit pas se traduire par une pénalisation des acteurs économiques locaux et notamment des entreprises de transport de voyageurs par autocar qui, d’une part, ont construit leur modèle économique sur la gratuité de l’A75 et, d’autre part, participent à une mobilité durable de tous les habitants de ces territoires ruraux. […] Rien ne justifie le recours aux péages, la FNTV Auvergne-Rhône-Alpes tient donc à rappeler son profond attachement au maintien de la gratuité et n’hésitera pas à se mobiliser avec les autres acteurs économiques locaux. »
Le 28 mai, la ministre chargée des Transports, Élisabeth Borne, a été reçue par plusieurs associations d’élus (AdCF, ADF, AMF, APVF, France urbaine, Fnau, Gart, Régions de France et Villes de France) et des parties prenantes partenaires des États généraux de la mobilité durable (UTP, Fnaut, TDIE et FNTV) pour une réunion de travail consacrée au projet de Loi d’orientation des mobilités (LOM).
Au terme de cet échange, les élus et parties prenantes présentes ont tenu à réaffirmer leur soutien à une grande partie des mesures incluses dans le projet de loi, lequel devrait constituer l’évolution législative la plus significative pour les mobilités depuis la LOTI de 1982. Ils ont proposé à la ministre, qui l’a accepté, de réunir régulièrement un comité de suivi de la mise en œuvre de la Loi lorsqu’elle aura été adoptée.
