Les Chinois ont-ils déjà remporté la course aux bus et cars électriques? Peu à peu, les constructeurs venus de l’Empire du milieu construisent leur stratégie en Europe. Ainsi, le géant des transports CRRC, qui contrôle le carrossier ardennais Clément Bayard, a-t-il annoncé un partenariat avec le groupe Trouillet pour le SAV. Pas de site production, à la différence de BYD, dont l’usine près de Beauvais n’en finit pas de sortir de terre. « Nous voulons créer la confiance en misant sur le service », déclare Bruno Le Roux, président de Clément Bayard. L’ancien ministre de l’Intérieur joue sur le parler vrai. Avec cette implantation ardennaise, le but affiché de CRRC est de développer sa gamme de bus et cars électriques pour l’Europe de l’ouest. Le constructeur a d’ailleurs répondu à l’appel d’offres Ile-de-France Mobilités – RATP avec son modèle de 12 mètres.
Pour certains, il est déjà trop tard. Impossible de résister à la puissance du rouleau compresseur chinois, propulsé par le soutien d’un État interventionniste et stratège. Les Européens qui obéissent aux règles de la concurrence régulée se tirent une balle dans le pied. Constructeur ferroviaire, CRRC a annoncé au début d’année son intention de construire un Maglev chinois, après avoir remporté un contrat de 200 rames pour les trains de banlieue de Buenos Aires. Un an plus tôt, CRRC avait vendu ses premiers trains à un opérateur ferroviaire tchèque, Leo Express. Le rapprochement Alstom-Siemens est d’ailleurs en partie la conséquence de cette offensive.
Combien de temps les champions européens pourront-ils résister face à cette concurrence de plus en plus pugnace, alors que ses marchés traditionnels s’essoufflent. Le patriotisme économique doit-il s’opposer au pragmatisme? Les alliances avec des partenaires chinois sont-elles vertueuses, ou mènent-elles inéluctablement à la fusion? L’exemple de l’automobile plaide pour une approche moins binaire. Et moins fantasmatique. Les Chinois, en tout cas, sont devenus des concurrents, voire des partenaires, à ne surtout pas sous-estimer. Avec la taille de leur marché intérieur, et le contrôle des cellules de batterie, les constructeurs chinois ont tous les atouts en main pour réaliser des économies d’échelle, et proposer des bus et cars électriques à des prix attractifs. Et ils n’ont pas attendu l’autorisation des Européens pour s’engager dans le développement de la filière hydrogène.
