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Alain-Jean Berthelet, président de Réunir

« On ne pourra pas toujours rester sur des capitaux 100 % familiaux »

Président de Réunir depuis 2009, Alain-Jean Berthelet est également le patron du groupe familial du même nom, basé en Isère. Figure du monde des autocaristes, il défend la liberté d’entreprendre dans le respect des règles de la concurrence, et incarne une certaine idée de la PME de transports de voyageurs. A l’occasion du Forum Réunir, organisé cette année à Nantes les 28 et 29 juin, Alain-Jean Berthelet répond à Bus&Car Connexion.

Bus&Car Connexion. Membre fondateur de Réunir, vous présidez depuis 2009 cette association qui regroupe aujourd’hui 200 acteurs indépendants dans le secteur du transport de voyageurs. Pourquoi cet engagement?

Alain-Jean Berthelet. Notre leitmotiv a toujours été de préserver les PME. Lorsque nous avons créé Réunir en 1998, il y avait trois groupes prégnants, Keolis, Transdev et Veolia. Aussi importants pouvions-nous être au niveau régional, nous étions des nains par rapport à eux. Et, individuellement, nous ne pouvions pas financièrement mettre en place les outils dont ils se dotent. Notre objectif était de mettre à disposition de chacun d’entre nous ces outils en nous regroupant et en mutualisant nos moyens. Avec la mise en place des procédures d’appel d’offres, il était temps de se donner ces moyens. Et cela reste toujours essentiel.

BCC. Quels ont été pour vous les dossiers les plus importants menés par Réunir?

A.-J. B. Ils l’ont tous été. Cela s’est construit petit à petit. La mise en place de Réunir Assurance en 1998 fut une évidence pour tous. Aucun d’entre nous n’est à l’abri d’un accident. C’est un risque majeur. Et nous avons même mis en place une structure de gestion de crise en 2000. En cas d’accident, elle intervient immédiatement, parle aux médias, accompagne le chef d’entreprise… Je me souviens avoir eu le déclic de cette nécessaire assistance suite à une émission C dans l’air, d’Yves Calvi, intitulée « Les autocars poubelles ». Il n’était pas possible que l’on parle de nous ainsi. Il fallait trouver une solution. Et je me souviens bien de la première fois où la cellule de gestion de crise est intervenue. C’était le 10 juillet 2008, pour un car transportant une équipe de jeunes footballeurs de Saint-Étienne. Deux voitures belges faisaient la course sur l’autoroute Lyon-Paris. L’une a touché l’autocar qui, déstabilisé, est parti sur le côté et s’est renversé. Un jeune a été tué, d’autres ont été blessés. J’ai été prévenu dans la première demi-heure. Tout a été géré de façon très professionnelle, en protégeant l’entreprise de la pression médiatique. L’accident est arrivé à 8 heures du matin, et le nom de l’entreprise n’a été connu qu’à 13 heures, après que des images aient été prises par hélicoptère pour une chaîne de télévision.

BCC. Certains sont-ils pour autant plus stratégiques?

A.-J. B. Encore une fois, tous ont leur importance. Et un mot d’ordre porte toutes nos initiatives, qu’il s’agisse de référentiel métier, de certification Afnor-Réunir LeRéso, du programme Cassiopée de formation au risque routier et à l’écoconduite… C’est prévention, prévention, prévention. Il est essentiel que les entreprises et leurs équipes soient dans cet esprit de prévention. Lors de notre assemblée générale, nous avons choisi d’évoquer les nouvelles énergies et la transition énergétique, pour montrer à nos adhérents que tout cela est accessible. Mais il y a des précautions à prendre. Et, en la matière, rien ne vaut le témoignage de vérité d’un confrère pour l’expliquer. Le patron des Courriers Rhodaniens est venu partager son expérience de création de station de gaz. Il faut que l’expérience des uns serve aux autres. C’est surtout cela, Réunir.

BCC. Est-ce dans cet esprit de partage et de solidarité que vous avez justement créé en 2013 Réunir Avenir, qui rassemble les jeunes et futurs dirigeants d’entreprises?

A.-J. B. L’histoire des PME, c’est l’histoire d’hommes et de dirigeants. Et celle de Réunir, d’une certaine solidarité entre eux. Nous avons été trop optimistes en imaginant que les jeunes qui arrivaient allaient avoir du temps pour engager ces démarches communes. Aujourd’hui, ils sont tout de suite dans l’action. Ils ne disposent pas vraiment de temps pour Réunir Avenir. Il va falloir redimensionner ce projet. Trouver un autre type d’implication, plus centré sur certaines thématiques à des moments donnés. Je me suis rendu compte que nous n’avons pas la même manière de travailler. Pour ma part, j’ai beaucoup plus travaillé avec des clients privés qu’avec des marchés publics. Les jeunes ont d’emblée été confrontés aux marchés publics et aux appels d’offres. C’est leur quotidien. On gagne, on perd des marchés. Ils n’ont pas besoin d’être réunis autour de cette problématique. J’ai imaginé Réunir Avenir avec mon vécu, mon regard. Notre erreur est de ne pas leur avoir demandé leur avis. Cela a fonctionné un temps, avec un président du nord de la France. Et depuis deux ans, Réunir Avenir est en sommeil. Il faut relancer l’initiative. Mais autrement.

BCC. Quel regard portez-vous sur l’affaire Monventis au Pays de Montbéliard Agglo, à savoir la reprise en septembre 2017 du réseau jusqu’ici géré par Kéolis par la société Monventis créée par l’entreprise espagnole Marfina immatriculée à Barcelone?

A.-J. B. Nous avons été les premiers surpris. Nous leur avons servi de caution morale et nous l’avons appris par une information extérieure. Le service développement de Réunir a en effet été mis à contribution sans qu’aucun membre du CA ne soit au courant. Il y a eu clairement dysfonctionnement. Il faut savoir tirer les conséquences de toutes les expériences, et cela ne se reproduira jamais. Quant au fond, hormis le fait qu’ils soient espagnols, cela reste une entreprise familiale. Et elle a créé une société française, aujourd’hui adhérente de Réunir. Nous allons leur fournir le simulateur de conduite Cassiopée un mois pour améliorer le service.

BCC. Vous étiez déjà président lorsqu’en janvier 2014 un groupement d’entreprises, pour l’essentiel membres de Réunir, a pris le contrôle de la société Perraud en situation financière très délicate. Avec le recul, qu’en pensez-vous?

A.-J. B. Que du bien. Nous avons sauvé le groupe Perraud en créant un véhicule d’investissement avec 23 associés dont une vingtaine en provenance de Réunir. Nous avons aidé ce transporteur à sortir du mauvais pas. C’est une belle aventure. Mais moins on ira repêcher des gens à la barre du tribunal, mieux cela ira. Depuis cette affaire, nous avons mis en place un possible accompagnement économique – effectué en toute confidentialité – pour éviter d’en arriver là. Deux entreprises l’ont sollicité depuis, trop tard pour la première finalement reprise par un autre adhérent, et à temps pour la seconde, déstabilisée par des appels d’offres locaux. Seul principe de base: c’est silence radio le temps de travailler le dossier, et on ne l’évoque que lorsque les choses sont faites.

BCC. Face à la montée en puissance des groupes, Réunir peut-elle toujours aider ses adhérents à rester dans la course?

A.-J. B. Nous n’avons jamais travaillé contre les groupes, mais nous nous sommes dotés de moyens pour être en capacité de faire ce qu’ils font. Et, depuis, nous avons tous progressé. Trois choses nous préoccupent tout particulièrement aujourd’hui: la transition énergétique, la transition digitale et la taille des lots avec la prise en charge de ces compétences par les Régions. La taille de ces Régions a été pour certaines multipliée par deux, et celle de nos entreprises n’a pas bougé. Nous rentrons dans une époque charnière. Il ne s’agit ni de se plaindre ni de gémir. Mais de faire passer un message fort à nos élus. En leur disant: attention à ce que les PME puissent notamment répondre à la taille de vos lots. D’abord parce que plus les lots seront accessibles à un grand nombre d’entreprises, plus il y aura de concurrence. Ensuite parce que si big is beautiful, les PME amènent, elles, une valeur sociétale essentielle. Il faut préserver les équilibres.

BCC. Mais ces PME vont-elles toujours trouver les moyens de se développer et d’innover en restant indépendantes?

A.-J. B. Nos besoins en capitaux risquent de devenir prégnants. On ne pourra peut-être pas toujours rester sur des capitaux 100 % familiaux. Il va falloir trouver des solutions. Pourquoi pas des fonds d’investissements. On doit pouvoir discuter avec ces gens-là. Il y a des choses à partager. Il ne faut pas aller trop vite, mais nous ne pouvons pas fermer les yeux sur cela.

BCC. Votre mandat actuel s’achève en 2019, après déjà une décennie de présidence. Quelle empreinte aimeriez-vous laisser?

A.-J. B. Celle d’une association plutôt transparente où les gens se prononcent, où l’on ne se plante pas de couteau dans le dos. Cela demande du temps, de l’énergie, du rabâchage et surtout un item commun. La prévention et la qualité sont les deux socles inamovibles de Réunir et c’est à travers cela que l’on fait avancer nos entreprises adhérentes. Il nous faut rester pragmatique. L’image que je peux laisser est peu importante.

Un patron engagé

S’il passe progressivement le relais à ses deux fils, Aurélien et Séverin, respectivement directeur général et directeur général délégué depuis 2014, Alain-Jean Berthelet, 61 ans, préside toujours le groupe familial éponyme. Mais il est aussi à la tête de Réunir depuis 2009. Il est même l’un des membres fondateurs de cette structure qui regroupe aujourd’hui 200 entreprises de transport. « Réunir est un peu né dans le sillon de Skimania » explique l’Isérois. Le patron s’était en effet unis à quatre autres autocaristes de la région (Faure, Planche, Verney et Philibert) pour organiser des sorties skis avec leurs autocars sous cette enseigne commune. Une belle expérience pour se connaître. Elle leur a même donné envie d’aller au-delà et de fédérer les sociétés familiales de transport en France. C’est au final avec Olivier Planche, Raymond Faure et Alain Gros, un collègue d’Île-de-France alors patron de la société Darche-Gros, qu’Alain-Jean Berthelet dépose les statuts de Réunir. « Dès la première année, 25 entreprises nous ont rejoint » se souvient le chef d’entreprise, toujours très actif vingt ans plus tard.

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Auteur

  • Nathalie Ruffier
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