Saint-Étienne entend bien redynamiser son centre-ville et conquérir de nouveaux usagers grâce à l’extension de son réseau de tramways. Pragmatique assurément, la Métropole prépare également activement la relance de ses lignes de trolleybus. Enquête au sein d’une collectivité où l’on cultive volontiers le pragmatisme et l’ambition sur fond d’innovation.
Les 403 000 habitants regroupés dans les 53 communes de Saint-Étienne Métropole ne le savent peut-être pas mais ils disposent d’un des réseaux les plus complets pour une agglomération de cette taille. Souvent présentée comme la plus petite des grandes villes, Saint-Étienne dispose, en effet, à la fois d’un réseau de tramways, de trolleybus et de bus urbains. Le seul problème mais de taille, c’est que l’agglomération ne souffre pas – ou si peu – de problèmes d’embouteillages routiers, contrairement à sa grande voisine, Lyon. La fréquentation du réseau progresse certes mais à un rythme faible. De récents développements incluant la restructuration du réseau de bus ainsi que la mise en service de nouvelles rames de tramways ont, toutefois, permis au trafic de décoller enfin.
Tout l’enjeu, à présent, est de poursuivre dans cette dynamique et d’accroître, par là même, le report modal.
Une nouvelle extension du réseau de tramways entend répondre à cette ambition. Et il s’agit là de la priorité des priorités puisque c’est le plus important investissement porté actuellement par Saint-Étienne Métropole.
Décidée par la nouvelle équipe en place de Saint-Étienne Métropole dès la fin de l’année 2014, l’extension de la troisième ligne de tramway doit servir de détonateur « dans une stratégie d’attractivité du territoire et de développement urbain, en valorisant et en densifiant les quartiers traversés. Elle sera ainsi accompagnée de la construction de nouveaux logements et de l’amélioration de l’habitat existant, ainsi que d’une requalification de l’espace public, participant au renforcement de l’agglomération et de sa ville centre », indique Gaël Perdriau, président de Saint-Étienne Métropole et maire de Saint-Étienne.
La mise en service de la nouvelle infrastructure est prévue à l’automne 2019, « soit cinq ans à partir d’une feuille blanche. C’est un peu miraculeux. Nous avons aussi réussi à contenir au maximum les coûts de réalisation pour aboutir à un montant de 7,5 millions d’euros au km », se félicite Pascal Premillieu, directeur mission tramway au sein du pôle développement urbain de la Métropole.
Pour l’heure, et sans aucun retard sur l’échéancier de réalisation, les travaux battent leur plein. Ils ont effectivement débuté dans le quartier d’affaires de la gare de Saint-Étienne-Châteaucreux. Cette ligne reliera, en effet, le pôle multimodal de Châteaucreux au pôle d’échange de La Terrasse. Formant, pour ainsi dire, une boucle de 4,3 km de longueur, elle viendra se greffer à son terminus sur les lignes T1 et T2. L’ensemble du parcours sera desservi en 14 minutes seulement, soit un gain de temps de 5 minutes pour les usagers.
Surtout, cet équipement va accompagner et, sans doute, accélérer la restructuration du quart nord-est de la ville, déjà à l’œuvre depuis de nombreuses années. Elle s’est notamment traduite par la mise en place de grands équipements culturels et sportifs qui seront tous desservis: le Zénith, la Comédie de Saint-Étienne, le FIL, etc. Le stade Geoffroy-Guichard et ses 42 000 places verra également sa desserte considérablement améliorée grâce à la nouvelle desserte de même que la zone d’activité du Technopôle regroupant plus de 3 000 emplois. Au global, « ce sont 5 000 habitants et 6 000 emplois qui bénéficieront de l’arrivée du tramway. Le nombre d’habitants desservis pourrait doubler à un horizon de quinze à vingt ans », ajoute Pascal Premillieu.
Avec une fréquence de desserte de 8 minutes en moyenne, le prolongement de la ligne 3 pourrait engendrer une fréquentation supplémentaire de 13 400 voyages quotidiens. Si cette prévision se vérifie, le réseau tramway de la STAS dépassera, alors, le cap des 100 000 voyages quotidiens.
Fidèle au trolleybus depuis… 1940 tout comme elle l’a été pour le tramway, Saint-Étienne va le rester. La commande des quinze bus Diesel Urbanway soldée en 2017 sera, en effet, la dernière, la prochaine étant consacrée à l’acquisition de véhicules électriques, des trolleybus en l’occurrence. Comme s’en félicite Marc Petit, vice-président de Saint-Étienne Métropole, « nous avons fait le choix historique de privilégier les trolleybus pour nos commandes passées en 2019, 2020 et 2021. Nous commanderons, ensuite, des bus électriques. Ces achats de trolleybus constituent un retour aux sources et nous avons un réseau qui nous permet de favoriser l’utilisation de ce mode de transport non polluant ».
C’est véritablement l’éclosion des trolleybus 2.0 qui a convaincu Saint-Étienne Métropole de s’intéresser à nouveau à ce type de véhicules. Ces nouvelles générations de trolleybus sont, en effet, équipées de la technologie In Motion Charging (IMC) qui présente l’avantage de recharger les batteries en roulant. Finis les moteurs auxiliaires thermiques polluants et le plus souvent insuffisamment performants, place désormais à des véhicules dotés de performances équivalentes qu’ils circulent sous ligne aérienne de contact ou pas. Outre la nouvelle régularité permise par la technologie IMC, les trolleybus ainsi équipés pourront desservir des bouts de lignes non équipés de ligne aérienne de contact (LAC), ce qui ne figera plus l’exploitation des trolleybus.
Pour l’heure, seule la ligne M3, longue de 10 km, est encore exploitée par un parc de neuf Cristalis. Ce matériel ne brillant pas par sa fiabilité devra être remplacé à partir de 2023 à l’issue de deux décennies d’utilisation.
La commande des nouveaux trolleybus IMC pourrait être passée avant la fin de l’année 2018. Ce sont quatre à cinq constructeurs qui pourraient se disputer ce marché de 20 à 22 véhicules standard (12 m).
Deux fois plus chers que des bus thermiques, les trolleybus présenteront, toutefois, une durée de vie supérieure de 25 %. En outre, leurs coûts de fonctionnement seront réduits de moitié. Pour cette acquisition, Saint-Étienne Métropole pourrait bénéficier d’une aide d’un million d’euros de l’État dans le cadre du programme territoire à énergie positive pour la croissance verte.
Ces matériels, livrables à partir du second semestre 2019, circuleront tout d’abord sur la ligne M7. Cette ligne ainsi que la M3, d’une longueur cumulée de 20 km environ, bénéficieront, entre-temps, d’une remise à niveau de leurs infrastructures. Puis, une à deux lignes supplémentaires pourraient être réactivées à l’horizon 2023-2025 », indique Fouad Belouannas, directeur adjoint transports et mobilité de Saint-Étienne Métropole.
La mise en service du prolongement de la troisième ligne de tramway ne s’accompagnera pas de l’acquisition de nouvelles rames. Construites par CAF, les seize rames devant à la fois renforcer les lignes existantes et pourvoir aux besoins de l’extension ont, en effet, déjà été mises en service à partir du 3 mai 2017. Grâce à leur longueur accrue de 9 m, elles ont permis d’augmenter la capacité d’accueil du réseau de 30 % aux heures de pointe. Un apport bienvenu alors que les lignes T1 et T2 étaient complètement saturées. Surtout, les nouvelles rames offrent beaucoup plus d’espace aux voyageurs grâce à leur largeur de caisse portée à 2,15 m.
Un effort supplémentaire va, toutefois, être porté sur la remise à niveau du parc de tramways. Ainsi, et au-delà de la rénovation tout juste terminée des vingt rames dites « Saint-Étienne 2 » mises en service à partir de 1998, huit des quinze rames « Saint-Étienne 1 » vont être rénovées à partir de septembre 2018. Le chantier durera un an. Les sept dernières rames de ce type seront, pour leur part, cannibalisées pour pièces.
Comptant sur sa politique tarifaire très attractive avec un tarif de 10 € pour dix voyages, Saint-Étienne Métropole met tout en œuvre pour convaincre les habitants de son territoire de délaisser la voiture au profit des transports en commun. Et le moteur de cette ambition est véritablement le tramway qui, dès la mise en service du prolongement de la ligne 3, dépassera la barre des 50 % des voyages assurés par ce mode de transport. Pour autant, l’étude d’une quatrième ligne de tramway n’est pas prévue pour l’heure.
De nouveaux besoins pourraient, néanmoins, découler de la mise en service dans le courant du premier semestre 2019 du pôle commercial Steel. Implanté à proximité immédiate de l’A72 et constituant, ainsi, une nouvelle vitrine pour Saint-Étienne, ce pôle commercial offrira plus de 50 000 m2 de surface de vente. Regroupant 600 emplois, Steel sera doté d’un parc relais de 200 places. Sans doute que les réflexions en cours autour de la desserte initiale pourraient laisser entrevoir la mise en place d’une ligne à haut niveau de service (BHNS), ce qui constituerait, alors, une première pour Saint-Étienne.
3 lignes de tramways
1 ligne de trolleybus
66 lignes de bus régulières
46 602 145 voyages en 2017
42 tramways
9 trolleybus
245 autobus
25,3 % de la production réalisée en mode électrique-tramways et trolleybus)
10 545 199 km parcourus sur l’ensemble du parc en 2017 dont 1 691 698 km parcourus en tramways
670 salariés
