Le Parisien serait-il prompt à critiquer? Deux des trois articles consacrés aux réseaux urbains – métro et autobus – peuvent le laisser croire. Le premier concerne les autobus. Ou plutôt les omnibus. Il est paru en décembre 1907 dans le magazine Nos Loisirs.
« Les omnibus automobiles que la Compagnie a mis en service à Paris, et que l’on a promptement appelés autobus, causent une infinité d’accidents. D’un poids terrible, ils ébranlent les sols et les maisons sur leur parcours; ils roulent avec un bruit effrayant; comme ils patinent sur le pavé gras, leur direction n’est pas sure, et leurs freins ne les arrêtent pas instantanément. D’assez nombreuses personnes ont péri sous les roues de ces monstres, et les habitants, surtout les boutiquiers des rues où ils passent, font entendre les plaintes les plus vives. Presque tous les journaux dénoncent chaque matin les méfaits des autobus. […] Les autobus en service ne valent rien. Cela ne veut pas dire qu’il faut renoncer aux autobus. Cela veut dire qu’il faut en construire de bons. La Compagnie des omnibus, qui a mérité depuis longtemps l’hostilité des Parisiens par le sans-gêne avec lequel elle les a toujours traités, par l’incommodité de son matériel, par sa cruauté impitoyable envers les chevaux. […] Obligée de faire quelques expériences d’automobilisme, elle a imaginé par économie d’utiliser les caisses de ses vieilles voitures et c’est avec des carcasses d’anciens omnibus à chevaux qu’elle fabrique des autobus. […] Ces questions relèvent de la municipalité. Les conseillers municipaux s’offrent à nos frais d’assez fréquentes tournées dans toutes les capitales de l’Europe. Ils n’ignorent pas ce qu’on fait ailleurs. […] Nous voulons dans Paris, à défaut de tramways électriques partout, des autobus pratiques, maniables, innombrables, à tarifs réduits. »
Le quotidien Carrefour – qui compte alors parmi ses plumes une certaine Françoise Giroud – n’est pas tendre non plus, à propos cette fois du métro, dans son édition du 3 août 1949. Et s’il s’interroge dans son titre « Si le métro était gratuit », c’est pour mieux affirmer que son déficit serait moins lourd.
« Il est surprenant qu’en 1949, la population de la région parisienne accepte avec bonne humeur d’être transportée dans de telles conditions d’inconfort. […] Il était indispensable de créer des lignes qui risquassent d’être longtemps déficitaires pour décongestionner la Capitale et d’accorder des réductions aux travailleurs et à d’autres catégories sociales. Mais ceci a eu pour grave conséquence de mettre de plus en plus l’organisation des transports sous la coupe des pouvoirs publics. […] Cette sujétion a entraîné non seulement la création de lignes électorales mais aussi la fonctionnarisation de l’entreprise. […] Si on additionne les primes de transport payées par les employeurs aux 5 ou 6 milliards qui seront versés par l’État ou les collectivités pour compenser les réductions de tarifs et combler le déficit, on s’aperçoit que cela suffirait amplement à rétribuer le personnel réduit d’un métro qui fonctionnerait gratuitement. »
Pour terminer cette balade parisienne, un entrefilet (paru dans les années 50) qui, lui, vante les mérite du métropolitain: « Le métro est peut-être le dernier endroit à Paris où l’on ait encore le loisir de rêver. Dans les rues, si vous relâchez un instant votre attention, vous risquez d’être écrasé par un taxi. Une fois dans le métro, vous voilà délivré de ce souci. Il y fait très frais en été, chaud en hiver. En toute saison direz vous, ses couloirs ne sentent pas bon. Je vous l’accorde, bien que l’odeur du désinfectant ne soit pas tellement désagréable… » Et de convier le lecteur à une balade instructive à partir du nom des stations. Mais nous devons descendre au prochain arrêt…
