À l’heure où nous bouclons ce numéro, le successeur de Nicolas Hulot au ministère de la Transition écologique n’est pas encore connu. Certains ont été soulagés d’apprendre le départ du ministre le plus populaire du gouvernement, d’autres se désolent devant cette preuve de la victoire des « lobbys ». Si personne (ou presque) ne conteste l’urgence environnementale, le pragmatisme oblige à accepter que le big bang attendu par de nombreux militants écologistes n’aura pas lieu. Comme en atteste l’intitulé du portefeuille ministériel, il s’agit de gérer la transition. Donc de passer de l’ancien monde au nouveau. Pas simple, avec 5 millions de chômeurs et une croissance timide, de relancer nos modèles économiques sur le chemin du développement durable. Le processus de mutation porte sa part de destructions d’emploi, liées à des évolutions profondes dans les process et la production de valeur. Conduire la transition, c’est aussi accompagner ceux qui auront à en pâtir. Et en atténuer les effets négatifs.
Dans cet exercice, le plus difficile n’est peut-être pas de savoir ce qu’il faut faire, mais de savoir comment le faire. La complexité de la transition énergétique dans le transport de voyageurs en est une belle illustration. Nombre de commentateurs, experts du « Yaka Fokon », invoquent le courage politique pour exhorter le chef de l’État à prendre des décisions historiques. En finir une bonne fois pour toutes avec la vieille économie énergivore et émissive, sans oublier de fermer les centrales nucléaires au plus tôt. Il est pourtant bien évident que les énergies renouvelables ne suffiront pas à recharger les batteries de milliers de véhicules électriques et autres infrastructures communicantes. Quant à la solution hydrogène, elle reste à ce jour à la fois très prometteuse… et très onéreuse! Plus accessible, le GNV progresse, à condition que les sources d’avitaillement soient disponibles, et finançables.
Pendant que les beaux esprits s’échauffent, les nouveaux acteurs de la mobilité ne se laissent pas distraire. Uber en tête, qui vient de conclure avec FlixBus un partenariat pour proposer une offre sur le dernier kilomètre. Le VTC est sans doute la meilleure solution pour rejoindre des gares routières mal desservies par les transports publics, ou s’y rendre à des heures où les bus et métro ne circulent pas. C’est aussi très pratique pour les bagages… et surtout, bien plus rapide et efficace que d’attendre les adaptations réglementaires, et compter sur le bon vouloir des exploitants de transports traditionnels. À Nice, c’est encore avec Uber que la collectivité a choisi de lancer une expérimentation d’offre nocturne, moins chère et plus performante qu’un bus de nuit. Le nouveau monde gagne du terrain.
