La première édition du Normandie Automobile & Aéronautique (NAA) Symposium s’est tenue à Rouen, le 13 septembre, à l’initiative du pôle de compétitivité Mov’eo et de Normandie AeroEspace (filière aéronautique, spatiale, défense et sécurité), en partenariat avec l’Université de Rouen, le pôle de compétitivité Astech Paris Région et l’Association régionale de l’industrie automobile de Normandie. La journée a été l’occasion de se pencher sur les passerelles existant entre les secteurs de l’automobile et de l’aéronautique, avec l’objectif de faire émerger des projets de recherche conjoints. Si des convergences technologiques existent depuis des années, les évolutions récentes liées à l’automatisation et l’efficacité énergétique ont encore resserré les liens, comme l’explique Marc Charlet, directeur du pôle de compétivité Mov’eo.
Marc Charlet. Les convergences entre l’aéronautique et l’automobile sont de plus en plus importantes. L’industrie automobile maîtrise la production en grande série et les coûts, le rôle croissant de l’automatisation l’amène à développer de plus en plus d’électronique embarquée, de capteurs, d’électronique de puissance. Le développement du véhicule autonome exige de parvenir à un niveau de sûreté très élevé, proche des standards de l’aéronautique, avec notamment la capacité à situer très exactement un véhicule dans l’espace, avec une précision très supérieure à celle des systèmes de géolocalisation type GPS. De son côté, l’aéronautique a besoin d’abaisser ses coûts de production, de développer de nouveaux matériaux, et de l’électronique de puissance. Nous avons d’ailleurs consacré une des tables-rondes au cockpit du futur, terme de plus en plus utilisé pour décrire le tableau de bord des véhicules autonomes.
La réunion des deux écosystèmes fait sens, et Mov’eo joue pleinement son rôle en contribuant à leur rapprochement, dans le but d’identifier de nouveaux champs d’innovation.
M. C. Le sujet fait beaucoup de buzz actuellement, mais il faut être prudent quant aux messages passés en direction du grand public. Les recherches concernant la voiture volante sont bien sûr intéressantes, mais elles nécessitent encore quelques années de développement avant d’être déployées dans la vie courante. La priorité est de mettre en place des solutions qui permettent de proposer de la mobilité au plus grand nombre, à des coûts acceptables pour la collectivité. Les technologies doivent être mises au service de la mobilité du quotidien. Avant de penser au taxi volant, il reste beaucoup à faire pour optimiser les infrastructures, réduire la consommation automobile, favoriser la généralisation du véhicule électrique, soutenir les nouveaux usages de voiture partagée… Quand on sait qu’en région parisienne, il y a en moyenne 1,2 occupant par voiture, on mesure le potentiel de progrès. C’est de cette manière que nous pourrons obtenir des résultats significatifs en améliorant la fluidité du trafic et en réduisant l’empreinte environnementale des véhicules.
M. C. La mobilité de demain s’invente en utilisant les compétences de l’ensemble des acteurs présents et en cassant les silos: les secteurs de l’énergie, des télécoms, et des infrastructures ont intérêt à travailler en commun. Et c’est la démarche de Mov’eo.
Mais le point de départ de la mobilité reste dans les territoires. C’est pourquoi nous avons renforcé nos liens avec les collectivités territoriales, notamment les agglomérations. Les frontières entre mobilité individuelle et transports collectifs sont en train de s’effacer, comme en témoigne le projet Rouen Normandy Autonomous Lab. Après six mois de tests, l’expérimentation de ce service de transport à la demande par des voitures autonomes vient de commencer sur la Technopole du Madrillet, au sud de Rouen, avec un panel d’utilisateurs.
