Fin septembre, « la Nouvelle-Aquitaine, l’Occitanie, Bourgogne-Franche-Comté, les Hauts-de-France, Centre – Val-de-Loire et Grand-Est, à travers le département du Haut-Rhin, avaient manifesté leur intérêt auprès de la mission parlementaire pour expérimenter des TER à hydrogène » constate un proche du dossier. Au final, dans lesquelles de ces régions rouleront ces rames d’un genre nouveau? C’est l’un des enjeux de la mission confiée par le gouvernement au député LREM de Gironde, Benoît Simian, secondé par son collègue du même bord, Michel Delpon, élu de Dordogne. Leurs travaux, conduits avec l’appui du ministère de la Transition écologique, doivent aboutir à l’homologation d’un train à hydrogène à la fin du quinquennat. Alstom, qui a pris une longueur d’avance avec son Coradia I-Lint, rêve de voir un marché s’ouvrir en France pour sa technologie conçue outre-Rhin. « Cela permettrait de créer une filière et d’offrir des débouchés à des sites comme Reischoffen », indique Jean-Baptiste Emeyoud, le patron d’Alstom France. Si trois régions (Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Grand-Est) viennent de signer un accord avec la SNCF et le constructeur pour développer des trains hybrides diesel-électriques, l’appétit des élus pour les alternatives au tout-diesel n’est pas rassasié.
Aussi, le pré-rapport, qui devait être remis à Elisabeth Borne le 4 octobre, doit faire office de gare de triage. Il propose trois critères pour sélectionner les régions et les lignes non électrifiées éligibles: desservir des zones dont l’air est pollué, ou au contraire à zéro émission; mutualiser les stations avec la route (camions, autocars, bus, taxis, etc.) pour amortir les coûts; être à proximité de zone de production d’hydrogène industriel (dit « gris », car produit à partir d’énergie fossile), comme Fos, Bordeaux, ou Lyon.
Avec deux élus de cette région aux commandes de la mission parlementaire, la Nouvelle-Aquitaine est en pole position. Depuis le début, Benoît Simian souhaite des TER à hydrogène sur la ligne du Médoc Bordeaux-Le Verdon. Le site de la future ex-usine Ford de Blanquefort, classé Seveso pourrait servir de station de recharge mutualisée, d’autant que la compagnie de taxi à hydrogène Hype veut s’implanter à Bordeaux. Ce qui n’exclut pas la désignation d’autres lignes.
Reste de nombreux obstacles à lever. Outre les contraintes techniques et réglementaires, la question du financement est centrale. Or, la crédibilité de la mission dépendra du déblocage des 100 millions d’euros annoncés avant l’été par Nicolas Hulot, dont 50 peuvent aller au rail. Or, dans le projet de budget 2019, cette ligne budgétaire n’apparaît pas. En outre, la SNCF, qui mise davantage sur la technologie hybride, semble réticente à co-financer la R&D d’Alstom dans l’hydrogène.
