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Concurrence

Cube veut redessiner les contours du marché français des transports publics

Après le rachat de VFD en mai, le fonds d’infrastructures luxembourgeois Cube a pris le contrôle du groupe Lacroix en juillet. Présent en Europe du Nord, le nouvel acteur soigne son entrée sur le marché français, et se prépare à occuper la scène. Avec une stratégie centrée sur les nouvelles dynamiques régionales, Cube se présente comme un partenaire financier respectueux, solide et responsable. Stéphane Guenet, directeur général de la Compagnie française des transports régionaux (CFTR), société française de développement de Cube, explicite la stratégie de Cube.

Bus&Car Connexion. Après VFD en mai, Cube a racheté le groupe Lacroix en juillet, et l’on parle d’autres projets en Île-de-France. Quelles sont vos ambitions et votre stratégie?

Stéphane Guenet. Ces résultats sont l’aboutissement d’un travail engagé il y a trois ans. Nous avons identifié l’opportunité de faire émerger une alternative privée sur le marché français du transport public de voyageurs, occupé essentiellement par trois grands groupes semi-publics. Avec la loi NOTRe et la constitution des nouvelles grandes régions, il y a aujourd’hui une place pour la constitution de champions régionaux. Il existe aujourd’hui un certain nombre d’entreprises indépendantes bien placées sur leurs territoires respectifs, mais qui ne sont pas en capacité de se positionner à ce nouvel échelon régional. Le projet porté par la CFTR est né de ce constat. Notre rôle est d’aider un certain nombre d’entreprises à passer du niveau de la grosse PME locale à l’ETI régionale.

BCC. Plus précisément, quels sont vos objectifs?

S. G. Nous avons établi une liste de cibles potentielles en France, qui compte un peu moins de 80 entreprises. Nous avons identifié trois critères déterminants: l’entreprise doit réaliser une part majoritaire de son CA avec des collectivités publiques; elle doit avoir la capacité d’émerger au niveau régional, et donc maîtriser tous les savoir-faire du métier; le management doit également adhérer au projet. Les régions au plus fort potentiel sont Auvergne-Rhône-Alpes et l’Ile-de-France. La part de marché des transporteurs indépendants y est encore importante, avec des entreprises dynamiques. Mais nous ne suivons pas de dogme, et nous avançons de façon pragmatique.

BCC. Quels sont vos arguments pour convaincre vos partenaires potentiels de vous rejoindre?

S. G. Nous avons établi une stratégie, mais notre développement est aussi et avant tout une histoire de contact humain. Les dossiers qui aboutissent résultent d’un intérêt mutuel. Jérôme Jeauffroy [dirigeant de Cube, NDLR] et moi-même sommes des professionnels du transport de voyageurs, et nous privilégions une relation de confiance. Nos partenaires sont nos meilleurs ambassadeurs. Quand j’emmène certains de mes contacts en Belgique, ils peuvent constater que les entreprises rachetées par Cube continuent à travailler sous leurs propres couleurs, et avec leurs propres équipes. Nos façons de travailler sont différentes de celles des groupes. Il n’y aura jamais d’autocars CFTR sur les routes de France. Chez nous, le reporting tient sur une feuille A4. Nous respectons le travail de nos partenaires. Avec la CFTR, il existe désormais une alternative pour les patrons de PME du transport routier de voyageurs. Cube investit en Europe depuis près de 15 ans, sur fonds propres, aux côtés d’investisseurs institutionnels. Nous ne faisons pas de LBO.

Qui est Cube?

Initialement soutenu par la banque Natixis, Cube a été racheté par ses dirigeants en 2016. Le fonds spécialisé dans les infrastructures est détenu par quatre associés: Renaud de Matharel, également pdg de Cube, Jérôme Jeauffroy, spécialiste des transports, Henri Piganeau et Jérôme Alméras. Basé au Luxembourg, Cube détient des participations dans toute l’Europe. Fin 2017, le fonds a pris le contrôle du cinquième opérateur de transport suédois, Mekka Traffic, qui opère 1 250 véhicules. On retrouve dans son portefeuille les 500 bus de Umove, troisième opérateur au Danemark; Hansea, deuxième acteur du transport routier de voyageurs en Belgique, qui opère les principaux réseaux flamands; Boreal, premier opérateur norvégien, avec 30 ferries, 900 bus et 6 tramways. Depuis 2011, Cube est présent dans le ferroviaire régional avec le rachat d’Arriva Deutschland (devenu depuis Netinera), effectué avec l’italien Ferrovie dello Stato. Au total, les activités de Cube dans le transport de voyageurs représentent 10 200 emplois et un chiffre d’affaires de 1,2 milliard d’euros en 2017. En France, Cube est représenté par la Compagnie française des transports régionaux (CFTR), dirigée par Stéphane Guenet, qui a effectué une grande partie de sa carrière chez Transdev.

La feuille de route de VFD

Repris en mai dernier, l’opérateur du réseau Trans’Isère, VFD était auparavant une société d’économie mixte détenue majoritairement par le département de l’Isère. Après un appel d’offres infructueux, les élus locaux sont entrés en négociations avec la CFTR, qui les a convaincus. VFD est devenue le 20 avril une SA de droit commun, filiale à 95 % de la CFTR. « Cette reprise est sans doute ce qui permettra à VFD de se relancer durablement et de s’adapter à l’évolution du marché des transports publics de voyageurs », a déclaré Pierre Gimel, le président de la SEM, lors de la passation des pouvoirs. Une dynamique qui pourrait entraîner l’entreprise vers de plus vastes horizons: « Auvergne-Rhône-Alpes est devenu notre territoire naturel d’expansion; le nouveau statut de VFD lui permet de se positionner sur de nouveaux marchés », a lancé Laurent Lejeune, directeur général délégué de VFD.

Jean-Sébastien Barrault, président du groupe Lacroix

« Je reste président du groupe Lacroix, et je suis transporteur en région Auvergne-Rhône-Alpes, puisque j’ai racheté les participations du groupe Lacroix dans cette région [NDLR, notamment les parts du groupe Perraud racheté en 2014 avec Réunir]. »

« Les défis qui nous attendent en Île-de-France sont importants. Nous nous préparons à la mise en concurrence et à la réponse aux appels d’offres. C’est un risque, mais aussi une opportunité. Cube croit en l’avenir de notre entreprise. »

Alain-Jean Berthelet, président de Berthelet Voyages

« L’arrivée d’un nouvel acteur sur le marché du transport de voyageur va secouer le cocotier! C’est aussi une bonne nouvelle, la confirmation que nos métiers sont encore attractifs, y compris pour des investisseurs chevronnés comme Cube. Je ne suis pas inquiet, mais je serai un spectateur attentif de leurs méthodes. »

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Auteur

  • Sandrine Garnier
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