Rendu obligatoire par le passage en agglomération, le jeune réseau de TC de Guéret, qui joue autant un rôle social qu’économique, doit sans cesse faire l’objet de modifications pour s’adapter à la fragilité du territoire.
Cinq années après la création ex-nihilo de son réseau de transports en commun, l’agglomération du Grand Guéret (Creuse) cherche toujours la bonne formule et améliore progressivement ce qui ressemblait fort à une gageure compte tenu de la démographie locale et des besoins en déplacements domicile-travail dans cette « agglomération rurale ». Pour cette rentrée 2018, le réseau agglo’bus a été repensé de manière très pragmatique. « Nous avons pris ce qu’il y avait de bon sur le réseau 2016 et sur celui de 2017 tout en optimisant l’existant », résume Claire Mory, la vice-présidente en charge des Transports. Ainsi, la ligne principale est dédoublée. « Cela permet de réduire la fréquence de passage en heures creuses de 60 à 40 minutes », explique David Dubuget, le responsable du service transport. Et les six autres lignes voient leurs trajets modifiés à la marge, afin d’améliorer les correspondances avec le TAD ainsi qu’avec les cars interurbains, ou pour desservir de nouveaux arrêts. En tenant compte de l’aménagement PMR de ceux-ci, alors que l’APF (Association des paralysés de France) avait épinglé le réseau Agglo’bus à ses débuts pour son manque d’accessibilité. Désormais, 35 des 84 arrêts des lignes régulières sont accessibles… même si certains trottoirs de la ville ancienne ne permettent pas, eux, la circulation de fauteuil roulant.
Autre ajustement du réseau guérétois: la création de deux nouvelles lignes de TAD afin de desservir les trois communes qui viennent d’intégrer l’agglomération (25 communes; 29 500 habitants, soit 61 ha/km2). 22 arrêts y ont été créés et de nouveaux points d’arrêt ont été aménagés dans des communes déjà desservies: au total, ce sont 353 arrêts TAD qui jalonnent le territoire du Grand Guéret. Les personnes âgées de plus de 75 ans et handicapées à plus de 80 % bénéficient quant à elles d’une prise en charge à domicile. « Nous passons dans tous les villages et ça marche très fort. Les gens nous disent que c’est formidable, qu’ils peuvent enfin sortir de chez eux. Ça crée un vrai lien social », s’enthousiasme Claire Mory.
Cette volonté d’offrir de la mobilité à une population souvent âgée, dépourvue de permis de conduire ou de véhicule, ou à des personnes socialement défavorisées faisait partie du cahier des charges dès la création du réseau en 2013. Une création qui était rendue obligatoire par la transformation de l’EPCI (Établissement public de coopération intercommunale) de communauté de communes en agglomération. Alors que la nécessité économique d’un réseau de TC n’était pas évidente avec un faible nombre de déplacements domicile-travail intercommunaux, estimés à environ 7 700 pour les 31 000 habitants des 22 communes qui composaient alors l’EPCI. L’autre difficulté était d’effectuer du rabattement sur Guéret, la ville centre, sans pour autant condamner les commerces et autres activités subsistants dans les bourgs périphériques. D’où la nécessité de tisser le réseau progressivement, presque par tâtonnements, avec, par exemple, trois lignes régulières seulement à la création, un cadencement à… l’heure, et quelques erreurs d’appréciation. Tels des bus de taille trop importante qui ne pouvaient circuler dans certains quartiers et obligeaient à négliger des secteurs pourtant générateurs de trafic.
Les améliorations apportées depuis ont permis de faire progresser la fréquentation de 73 000 en 2013-2014 à 120 000 en 2017-2018. Pour un coût d’environ 1,60 M€ financé à 50 % par le versement transport dont le taux est de 0,45 %.
Parmi les nouvelles évolutions des TC guérétois, la création en début d’année d’une régie spécifique. « Il s’agit plutôt d’une régularisation puisque le budget transport a toujours été un budget annexe dans le budget général de l’agglomération », explique Claire Mory. Mais le gros dossier à venir concerne la création d’un pôle intermodal à la gare où, actuellement, cars TER, cars départementaux, bus urbains, véhicules particuliers, deux-roues et piétons circulent sur les mêmes espaces, ce qui pose quelques problèmes de sécurité et de flux. « Trois postes à double quai (donc 6 quais) vont être aménagés devant le bâtiment voyageur, détaille David Dubuget. Et une gare routière de 10 quais, avec des stationnements pour les cars TER, les véhicules de transport scolaire vont être aménagés ainsi que de nombreux parkings longue durée. » Ceux-ci joueront le rôle de parc-relais.
Car l’objectif est aussi de libérer le centre-ville des voitures ventouses. « Nous allons donc aménager des liaisons douces avec le centre-ville », prévoit Claire Mory. Le projet, dont le coût de réalisation est estimé à 6,65 M€, comporte également la création dans la gare marchandises d’une rue qui offrira un accès direct au pôle intermodal et au quartier de la gare depuis un boulevard pénétrant, lui-même raccordé à la RCEA (Route centre Europe Atlantique, E62), le principal axe routier du département. Le tout, théoriquement, d’ici 2023.
