Au sein de la grande région Auvergne-Rhône-Alpes, les transports sont un enjeu majeur pour l’aménagement du territoire et le développement économique. Si le rail reste la priorité de l’exécutif régional, ce dernier entend également mailler le territoire de la deuxième région de France, d’un réseau routier de proximité en misant sur la complémentarité et la multimodalité.
Paul Vidal. Bien évidemment, la réponse est oui, mais je souhaite avant tout repréciser le contexte dans lequel nous sommes. Le rail est une compétence historique des Régions tandis que les transports scolaires et interurbains sont issus du transfert de compétences défini par la loi NOTRe. La Région assume ce transfert de compétences des transports interurbains et scolaires en gestion directe pour les départements de la Savoie et de la Haute-Savoie depuis le 1er septembre 2017 et pour les départements de la Drôme et de l’Ardèche depuis le 1er janvier 2018. Afin de conserver la qualité et la proximité territoriale, nous avons créé quatre antennes transports régionales à Chambéry, Annecy, Rovaltain et Privas en nous appuyant sur la compétence et la connaissance du terrain des 60 agents intégrés à la Région afin d’assurer la meilleure qualité de service. Nous avançons donc sur ce sujet, et cette nouvelle compétence est un point clef de la mobilité. Le rail et la route sont complémentaires, notamment pour les zones rurales et montagneuses. D’ailleurs, je suis heureux de vous annoncer que la première rentrée scolaire organisée et gérée par la Région s’est très bien passée pour l’ensemble des usagers.
Paul Vidal. En consacrant un budget annuel de 550 millions d’euros aux transports scolaires et interurbains, la Région met tout en œuvre pour assurer le maintien de la qualité du service et de la proximité avec les usagers. Concrètement, ce sont près de 5 000 cars dédiés à la fois aux transports interurbains et scolaires qui circulent aujourd’hui sur le territoire régional. Parmi eux, 1 400 cars sillonnent à ce jour les routes des quatre départements en gestion directe. Ils seront progressivement revêtus de la livrée Auvergne-Rhône-Alpes avec un affichage en commun avec les départements qui ne sont pas en gestion directe.
Paul Vidal. Nous sommes en contacts constants pour assurer la meilleure efficience possible aux usagers. Je suis sûr que ce dialogue est le moyen d’offrir un service de qualité aux usagers. Nous travaillons donc notamment pour harmoniser les pratiques afin que nous puissions proposer une offre homogène fin 2022 sur l’ensemble du territoire de la région.
Paul Vidal. Là encore, nous venons de prendre cette compétence, il serait illusoire de penser que nous puissions dans un temps aussi court harmoniser la gestion des réseaux de transports interurbains sur l’ensemble du territoire. C’est un travail que nous effectuons pas à pas et qui doit se mener en concertant les acteurs et les usagers afin d’en assurer la meilleure efficience. En ce qui concerne les PME de transports, la Région fait le choix, comme dans toutes ses actions depuis deux ans, de la priorité régionale.
Paul Vidal. Laurent Wauquiez, président de la Région, a effectivement souhaité que nous donnions une nouvelle impulsion à l’ensemble de nos transports. En particulier en matière de sécurité. Dans nos transports scolaires, pour la sécurité de nos enfants, ce sera par exemple l’installation de systèmes de vidéoprotection dans les cars afin de garantir la sécurité de tous. Nous travaillons également sur l’installation d’un outil de géolocalisation des cars permettant aux parents et aux enfants d’être au courant en temps réel de retard ou de difficultés de trajet. La lutte contre la pollution est également une de nos priorités. Le développement de transports « propres » notamment avec des véhicules GNV, et à terme à hydrogène, est en cours.
Paul Vidal. Elle est ambitieuse. Nous voulons qu’Auvergne-Rhône-Alpes soit la première région décarbonée d’Europe. La lutte contre la pollution, en particulier dans les vallées alpines, a commencé. Nous expérimentons depuis cette rentrée des lignes de bus au GNV dans la vallée de l’Arve, régulièrement concernée par d’importants pic de pollution. Actuellement, le GNV est un moyen transitoire particulièrement adapté comme peut l’être le transport électrique dans les zones plus urbaines. À plus long terme, nous fondons de grandes ambitions sur la filière hydrogène. Le plan « zéro emission valley » qui représente un budget de 70 millions d’euros sur 10 ans et intègre des industriels comme Michelin et Engie prévoit la mise en service d’un millier de véhicules à pile à combustible. Il intègre aussi le déploiement d’une vingtaine de stations de recharges dont les premières seront implantées dès la fin de l’année à Clermont-Ferrand et à Chambéry.
Martine Guibert. Nous avons placé l’intermodalité au cœur de la politique régionale en développant des outils intégrant tous les modes de déplacements avec notamment le financement des pôles d’échanges multimodaux pour faciliter les usages ou encore avec le lancement de l’application régionale de covoiturage MOVICI qui rassemble aujourd’hui plus de 100 000 utilisateurs pour les trajets du quotidien. Nous avons également renforcé nos relations avec les autres Autorités Organisatrices de la Mobilité en ouvrant la communauté OuRA!, notre support de titres de transports multimodal. Vingt nouveaux acteurs de l’ex-région Auvergne et de l’ancienne région Rhône-Alpes l’ont rejoint. Cette coordination des sujets billettiques et tarifications permet des tarifs et des abonnements communs entre les différents réseaux de transports. Ainsi, nos usagers peuvent avoir sur une carte unique des titres de transports TER et urbains afin de faciliter leurs déplacements. Il s’agit de converger vers le titre unique de transport!
Paul Vidal. Nous avons organisé des réunions de concertation départementales tout au long de l’année 2017. Elles ont été riches en termes d’échanges et de contenus. Ces rencontres nous permettent aujourd’hui de construire un schéma sur la base de ce que nous ont fait remonter les territoires. Dans les grandes lignes, je rappelle que nous souhaitons que le contenu du schéma permette un équilibre des territoires pour positionner notre région sur un plan, à la fois, européen, national, régional et local. Sur un plan européen et national: parce que la région Auvergne-Rhône-Alpes est la 10e région la plus peuplée d’Europe, la 4e région européenne en termes de PIB (240 milliards d’€) et la 2e région de France. La Région doit donc construire un équilibre entre ses quatre métropoles: Lyon, Grenoble, Clermont-Ferrand, Saint-Étienne, et les positionner dans ce grand ensemble. Elle doit également continuer son ancrage dans la dynamique transfrontalière, en accentuant le travail de terrain sur le franco-genevois.
Sur un plan régional et local, il nous faut veiller à l’équilibre et au dynamisme des grandes villes et des villes moyennes. Enfin, nous devons consolider l’équilibre entre territoires urbains et territoires ruraux, dans la gestion du foncier et en veillant au désenclavement des territoires ruraux. Sur le plan des transports, cela passe par le désenclavement routier, mais aussi par le désenclavement ferroviaire. Le transport n’est qu’un volet de l’action à mener puisqu’il nous faut également travailler sur le désenclavement numérique et le très haut débit, et dans la lutte contre les déserts médicaux notamment.
Martine Guibert. La Région n’est pas à l’initiative de l’ouverture à la concurrence mais elle s’y prépare comme toutes les autres régions. Dans le cadre de la convention TER renouvelée en novembre 2017, nous avons contractualisé avec la SNCF la possibilité d’expérimenter l’ouverture à la concurrence sur deux lignes au profil particulier: la ligne Saint-Gervais – Vallorcine et le réseau de l’ouest Lyonnais. À ce jour, le processus n’est pas engagé.
