Faudra-t-il faire payer la qualité de l’air ou l’espace disponible pour financer le développement des transports? La question, abordée dans une note rédigée par les experts de l’association TDIE, touche les deux principaux défis rencontrés aujourd’hui dans les grandes agglomérations: la pollution et la congestion. Elle interroge aussi les limites d’un modèle: les villes étouffent d’être ce qu’elles sont, à savoir des lieux de rencontres, d’activités et d’attractions. Alors que les zones rurales se sentent de plus en plus éloignées des circuits de décision et des dynamiques économiques. Il y a plus d’un siècle, Alphonse Allais ironisait déjà sur le sujet, suggérant de faire les villes à la campagne, car l’air y est plus pur. À l’époque, les fumées de charbon épaississaient l’air des centres urbains. Aujourd’hui, les experts du GIEC nous rappellent que l’urgence est là: il faut réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 40 %, ou bien nous résoudre à saccager la planète.
Alors que certains s’emploient à redresser la barre, tant bien que mal, d’autres se disent que le progrès technique viendra changer la donne. D’autres encore se préparent à quitter le plancher des vaches pour aller coloniser la planète Mars. Ou même la Lune, pour commencer. Les tenants de cette fuite en avant auront-ils gain de cause? Précurseur du tourisme spatial, chantre du transhumanisme, Elon Musk vient d’être rappelé à une autre réalité par ses actionnaires, qui viennent de le débarquer, après l’avoir gratifié d’une rémunération exceptionnelle au printemps dernier. Le fondateur charismatique de Tesla se retrouve directeur général, après avoir trop tweeté durant l’été… Il paie aussi les problèmes de production rencontrés par son nouveau modèle de berline électrique. À trop vouloir prendre de l’altitude, il aurait oublié de s’intéresser à ce qui se passait sur ses chaînes de production.
Comment faire la différence entre les visionnaires et les exaltés, aveuglés par leurs propres fantasmes? La société hyper technologique vantée par les startupers est-elle la résultante inexorable des transformations profondes de nos modèles de production et de développement? Ou simplement une hypothèse, presque trop simpliste pour être crédible? L’avenir des transports et des déplacements passe par une réflexion collective et des choix partagés, des arbitrages qui touchent non seulement à l’énergie et au numérique, mais aussi et avant tout à l’économie et à l’aménagement du territoire. Pour redonner de l’air aux villes, du ressort aux campagnes, et irriguer l’ensemble des territoires.
