Attendue, repoussée, retravaillée, reprise et complétée… la Loi d’orientation des mobilités (LOM) finira donc par être débattue en 2019. Ses objectifs sont connus, au premier rang desquels la construction d’une offre de mobilité alternative à la voiture en solo. Sans aucun doute, c’est bien là l’enjeu le plus impérieux des futures dispositions adoptées par le législateur. Les attentes sont telles, aussi bien parmi la population que chez les élus, que le gouvernement n’a pas droit à l’erreur. Pourtant, au fur et à mesure que le temps passe, le parcours s’annonce de plus en plus semé d’embûches.
Les discours de responsabilité portés tant par Élisabeth Borne que par François de Rugy sur la bonne gestion des infrastructures, le droit au transport et l’indispensable prise en compte de son empreinte environnementale, devront se confronter à l’épreuve des faits. Or, à l’heure où la loi sera prête à être mise en musique, la classe politique se retrouvera engagée dans une autre dynamique: celles des rendez-vous électoraux (européennes au printemps prochain, municipales en 2020, régionales un an plus tard). Comment contenir l’emballement populiste, de plus en plus sensible sur les questions de transport et d’énergie?
De l’avis des commentateurs, la mobilisation des gilets jaunes pourrait bien n’être qu’un avant-goût de ce qui s’annonce pendant la campagne des élections européennes. En parallèle, le débat sur la gratuité des transports publics s’ancre déjà dans les campagnes municipales. Dans un tel contexte, quel maire aura l’inconscience électorale de prôner la tarification de sa rocade au nom de l’intérêt général? Quel élu régional se présentera devant ses futurs électeurs pour annoncer la fermeture de petites lignes de chemin de fer, et leur remplacement par des services d’autocars ou de transport à la demande? Même si ces choix sont moins onéreux pour les finances publiques, ils n’en restent pas moins délicats à défendre face à une opinion publique parfois plus sensible aux symboles qu’au sens.
Ajoutons à tout cela la gestion des arbitrages issus du volet programmation de la LOM, qui ne feront pas 100 % de satisfaits… et le cocktail devient détonnant. Que restera-t-il des promesses d’innovation sur le dernier kilomètre dans les territoires enclavés? Sur quelles ressources les intercommunalités rurales pourront-elles compter pour développer une offre de transport? Comment les grands centres urbains menacés par la thrombose vont-ils mettre en place des ZFE et les faire respecter? Et que proposera-t-on in fine aux ménages coincés entre les charges du logement et celles des déplacements?
