Ce qui ne coûte rien n’a pas de valeur. Pourtant, la gratuité semble devenir une des valeurs majeures de notre société. Portés par le développement de l’économie numérique, les nouveaux comportements de consommation privilégient la valeur d’usage. La possession des objets n’est plus une priorité, et l’on préfère l’accès à la propriété. C’est la société du coût marginal zéro, décrite par l’économiste américain Jérémy Rifkin. Dans les services, la tendance est identique, y compris dans les services publics, dont la tarification obéit pourtant à des règles différentes de celles de l’économie de marché, pour tenir compte des coûts d’accès à l’infrastructure.
La baisse des tarifs dans les transports publics, ou la gratuité pour certains publics, intervient à un an environ des prochaines élections municipales… et il y a fort à parier que les mois à venir seront riches d’annonces du même genre. En même temps, certains élus, à l’instar de la maire de Paris, Anne Hidalgo, durcissent encore les conditions d’accès de leurs villes aux autocars et aux camions. Bien sûr, personne ne peut sérieusement nier la réalité du réchauffement climatique et la nécessité de lutter contre la pollution atmosphérique. Mais une action efficace se doit d’associer l’ensemble des parties prenantes, et de tenir compte des réalités économiques.
Le développement du e-commerce s’appuie en grande partie sur la disponibilité de marchandises à bas coûts, acheminées sur des milliers de kilomètres, puis livrées gratuitement et en quelques heures seulement. La production et la livraison n’ont plus de prix, ou presque. Le transport de voyageurs va-t-il suivre la même trajectoire? Engagés dans une mutation liée à la transition énergétique, les deux secteurs doivent pourtant consentir des investissements importants. Qui en paiera le prix? Qui en fera les frais?
