Cela tourne presque au mauvais gag. Le calendrier de démarrage des discussions au Parlement de la Loi d’orientation des mobilités (LOM) va de nouveau déraper. Élisabeth Borne l’a admis à la radio le 11 janvier en indiquant que la lecture du texte sera « décalée de quelques semaines ». Il commencera à être débattu non pas en février mais mi-mars, en séance publique au Sénat. Mais le vote à l’Assemblée prévu en juin ne dériverait pas. La ministre espère même un passage du texte avancé en mai au Palais Bourbon, a-t-elle expliqué lors de ses vœux à la presse. La raison de ce retard à l’allumage? L’exécutif veut encore une fois remanier son texte pour intégrer des propositions en matière de transport qui émergeront du Grand Débat lancé le 15 janvier par le Président de la République, Emmanuel Macron.
En fait, la ministre a déjà deux idées très précises: « Il y a la prime à la conversion automobile à affiner », et « le forfait mobilité dans les territoires ruraux » doit faire l’objet d’une discussion avec les associations d’élus et le patronat. Objectif: créer une sorte de pass navigo des campagnes, qui permettrait aux salariés d’utiliser divers modes de transport, en n’acquittant qu’une partie du coût. Pour ces ajouts, le cabinet de la ministre prévoit le recours à des amendements.
Reste à savoir si ces ajustements vont redonner du souffle à ce projet de loi, à la genèse interminable. Au fil du temps, le projet de loi a perdu de sa substance, au risque d’un empilement de mesures techniques. La crise des Gilets jaunes a donné un coup de grâce au volet financement, déjà incertain. En abandonnant toute hausse de la fiscalité sur le carburant en 2019, le gouvernement a privé la mobilité et les infrastructures de toute nouvelle ressource. Pire, en l’état actuel, pour 2018, « il manque 200 millions d’euros attendu des amendes radars pour boucler le budget de l’Afitf » (2,4 milliards en principe), s’alarme Bruno Cavagné, le président de la FNTP. En cause, la mise hors état de plus de la moitié du parc de radars, victimes du mécontentement lié aux 80 km/h, phénomène qui va se faire sentir sur le budget 2019 de l’agence…
